amelia tabeï | chalaa @ muzzart (fr)

Chroniques

Amelia Tabeï « CHALAA » (Permafrost/Carton Records/Silo/Wabi Sabi/La République des Granges, 23 octobre 2026)

Will Dum
28/10/2026

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Composé et enregistré en une seule prise dans une ancienne cuve à vin de 10m de haut et 6 de large, joué sur un instrumentarium arrangé, bricolé voire maltraité, le CHALAA d’ Amelia Tabeï génère une expérimentation unique. Les deux saxophones préparés, alto et baryton, s’associent à une lutherie sauvage, embouchures détournées sur tuba basse, becs de flûte sur baryton et flûte traversière, percussions et micros ajouté qui font le sel de ce disque où le saxophoniste Yohan Dumas joue onze pièces à l’ambiance sans égal. Beù, en ouverture, libère un souffle étiré, sombre. Sho, plus long, fait vibrer un jazz dépaysant. Fer, de retour au format court, emprunte un sentier similaire à celui du titre de départ. L’Ostalaria dels ausèls, feutré et obscur, valide les écarts imposés par Amelia Tabeï. J’ai le sentiment, tout à la fois, de me retrouver à la Briqueterie de ma ville, un soir de live, et dans le château d’eau de ma jeunesse, dans le rural, toutes portes closes, Dumas jouant pour moi et une poignée d’autres curieux. Par temps de rage, bien sûr, au vu de l’époque et au gré d’un déroulé, cette fois et sur cette plage, répété jusqu’à se cheviller. Méditatif, l’opus déroute. Organbidexka te joue une sarabande lunaire, mazette j’aurais mis des voix sur cette créa-là moi. Des bribes chelous, susurrées, fantomatiques.

Qu’importe, pour le coup l’instru tient la baraque ou plutôt, la cuve. Zurzūr fascine lui aussi, m’est avis qu’après 2/3 écoutes on devient captif de CHALAA. Le terme désigne par ailleurs, en occitan alpin, la trace laissée sur le sable, l’herbe ou la neige par le passage d’un corps en mouvement — humain, animal, pierre, tronc d’arbre ou avalanche. Dumas laissera la sienne, je vous en fiche ma pièce de 2 (les temps sont durs), le temps d’un Vol du vautour grinçant et captivant. D’aucuns prendront la fuite, à tire d’ailes, alors que les persévérants se paieront une immersion singulière. Chat-huant les perturbera, telle la chauve-souris fendant la night à la vitesse d’une matraque estampillée forces de l’ordre. Cho Oyu, de son côté, réinstaurera tout d’abord une forme de sérénité, sans pour autant se ranger. Il dévie d’ailleurs, sans délai, en errance fructifiante. C’est à c’t heure que Cavale décuve, ténu, à l’issue d’une dizaine de nature à s’y replonger à l’instant même.