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omertà | âmes bleues @ section 26 (fr)

Omertà, Âmes bleues (Standard in-Fi, Carton, ZamZam Records)

Auteur Renaud Sachet
Publié le 12 octobre 2026 Catégories chronique nouveauté ÉtiquettesAnnée : 2026, Label : Carton, Label : Standard In-Fi, Label : ZamZam Records, Lieu : France, Omertà

« Dormir dans les champs, entendre le vent effacer ton souvenir »

C’est en 2022 que Musique Journal, par la plume d’Etienne Menu, avait attiré mon attention sur ce super groupe lyonnais (encore un). Super au sens où il réunissait un aréopage de personnalités s’épanouissant chacun.es de leur côté dans la musique ou les arts. On rigole un peu avec cette notion de super groupe, parce que l’époque n’est plus à la bagarre d’ego, mais plutôt à la complémentarité, la transversalité, et tout cela fonctionne heureusement très bien à l’échelle du territoire et de ses souterrains. Avec, donc, pour ceux que je connais et ça suffirait déjà : Romain de Ferron, de Balladur, un des meilleurs trucs à voir en concert de ses dernières années, ou autre un autre Romain, Hervault qu’on a croisé dans Société Etrange. No offense, les autres, hein, comme on dit, de toute façon, « le tout est plus grand que la somme de ses parties ».

Après Collection Particulière (2022), donc, et un premier disque éponyme en 2017, le collectif, appelons ça comme ça, revient aux affaires avec Âmes Bleues qui s’inscrit dans la droite ligne du précédent : atmosphères planantes, aux rythmiques hypnotiques, qu’on situerait dans une sorte de new wave contemplative (flanger au diapason) derrière laquelle Maurice Deebank pourrait se tenir en embuscade (mais il n’est pas là),  coiffées par la voix obsédante de Florence Giroud. L’artiste se livre à travers des mots portés par les émotions de sa voix, sans que sa litanie ne livre clé en mains de sens trop précis. On ressent surtout des choses, mais sans que tout soit fléché, au contraire, plus on avance, plus on se perd (surtout quand le langage devient autre, italien je pense, mais j’ai des doutes), mais c’est ça qui est bien, sauf peut-être dans le désarmant et frontal Paranéa (sommet, clair). Même quand elle chante, même quand elle s’énerve, ou qu’on la surprend en plein petit hommage (face A, plage 3, parfait), son timbre continue de rassurer, malgré la gravité de ce qu’on croit comprendre (« le sacrifice et l’isolement », pas mal le résumé en deux mots de cette littérature).

Comme on est un peu retord et obsessionnel, on se dit que c’est un disque post Lithium dans sa façon d’imposer majoritairement ce parlé-chanté tant apprécié des pensionnaires de la maison de disques des années 1990. Les chansons non formatées imposent leur notion du temps (en moyenne plus de 5 minutes), toujours en douceur, un morceau instrumental pour s’installer, un autre pour se quitter, Omertà fait ça dans le respect, sans brusquerie instrumentale aucune. Tranquille intranquillité, le meilleur état possible.

Âmes bleues par Omertà est sorti chez Standard in-Fi, Carton, ZamZam Records

frantx | idutydu @ blow up magazine (it)

IMRONOISEDADAFOLK
Frantx
IDUTYDU · CD/LP/DL Carton Records · 11t-42:35

Arriviamo con qualche mese di ritardo a queste due recensioni di dischi carton records, etichetta francese che invece merita tutta l’attenzione possible. Quattro voci, tuba e synth giocattolo (Fanny Meteier), melodica e elettronica (Andrea Giordano), chitarra acustica ed elettrica (Pierre Pradier), batteria e elettronica (Marco Luparia, del quale abbiamo già scritto su BU#298): questo l’assetto per l’esordio dei Frantx, caleidoscopia internazionale avant-tutto che dichiara di muoversi da qualche parle tra Hello Kitty e Anthony Braxton. Al netto di qualche lungaggine forse e di qualche passaggio non sempre pienamente a fucco, il disco sorprende per feschezza e benvenuta follia: figlio ispirato e settimino di un quartetto coraggioso sino alla sfrontatezza nel mescolare davvero di ogni, tra gastriti imro, lucine pop Animal Collective, sgardi e sgorbi weird, libertà nella e dalle forma, caramelle noise-pop, ruggini industrial, bagliori avant, tecniche estese, amplificazioni eterodosse, folgorazioni glitch, estensioni elettroniche, fulmini jazz e chi più ne ha più ne metta, da Providence alla sede di un qualche conservatorio occupato da freaks 4.0. Su Bandcamp si definiscono une band glit-noise con sede a Parigi che crea musica in una dimensione iper-veloce in cui le individualità si sfociano, immerse in derive sonore post-internet. Suoni per ballerini dalle gambe strane, alla ricerca di nuovi modi di ascoltare e sognare, siamo molto curiosi di testarli dal vivo (è in preparazione un tour, speriamo capitino pure nel nostro derelitto paese): su disco sono molto, molto, molto promettenti. [7.9] Nazim Comunale

reviewSeb Brunfrantx, idutydu
séismes | seùlseùl @ monolithcocktail.com

The Digest for October 2026: New Music/Halloween Playlist/Archives

October 8, 2026

The Monthly Digest includes a clutch of accumulated new music reviews, this year’s Halloween Playlist selection, a piece from the Archives and jukebox selection of anniversary celebrating LPS.

Séismes ‘SeùlSeùl’
(Carton) 30th October 2026

Without upsetting anyone’s preferred pronouns, I’m assuming that its ok to state this is an all-female sextet working within – but very loosely – the free jazz and fourth world fields of experimentation and both magical and mysterious abstractions. And it shouldn’t be the case in 2026, but this is extremely rare.

Felt via healing balms of the near new age and exotic, and by passages of intensity, the Séismes (translates as “earthquakes”) lineup of Mélanie Loisel (on double bass), Tatiana Paris (guitar), Léa Ciechelski (saxophone, flute), Aline Bissey (also on flute), Yurie Hu (keyboard, viola) and Marine Flèche (drums) also all contribute vocals and electronic effects to an improvised recorded debut album that combines both European and Korean influences and cultural sources.

Encouraging the geographic, scenery and projections of dramatic introspection and bathos, the “alone” aspects of the SeùlSeùl album title describe both standing amongst the exotic foliage and moving in unison with the rhythms of nature: at peace and yet also animated and fidgety. The troupe’s scope of influences and improvised exploration draws (to these ears anyway) upon Jon Hassell, Roberto Musci, Nicole Mitchell, Laraaji, Alice Coltrane and Walter Smetek, but delves even further and broadly to conjure up some surprises along the way. In practice this means nature’s rustles, the air and breeze act as a backdrop to the group’s atonal wind and brass instrument huffs, chuffs, hinges, dreamy drifts and articulations; to the scratchy, textural, scrapes and chinks of the tin and metal percussion; and the flexed but also sensitive combination of scuttled stick rolling and more rhythmic drums. And then you have the electronic aspects – that’s various oscillations, generator like Fortean crackles and plastique resonance – and the voices, which can be either in a singing fashion or delivered through the duet of flutes and the saxophone – sometimes sounding very vocally cooed and at others like some odd cuckoos.

There’s much to pick out from this imaginative and stirring assemblage performance; the familiar recall of Max Andrejewski’s Hutte & Guests take on Robert Wyatt on the Nordic-sounded and deliciously blurry fresh look at the world ‘Glasses’, and the near Krautrock momentum built up on the plastic pipped and Metheny guitar harmonics tweeting, percussive shaking and intense climatic ‘Du Jaune’ (“yellow”). There’s a John Zorn dimension to the title-track, and a mix of Franco-Hawaii, the magically rural, and the Balkans on the vocoder-effected vocalised ‘Pasteque’ – the parting vocals sound very folksy, almost Celtic. And you could almost suggest a touch of Staraya Derevnya on the poetically abstract ‘Cheveux au Vent’ (“hair blowing in the wind”).    

All in all, an impressive debut of the ecological vibed, the organic fused with the electronic pulses and generators of modernity and dreamy lofty aspirations of untethered free sonic, atonal and rhythmical experimentation. Deerhoof meets Tortoise and Sam Rivers in a hinterland balanced somewhere on the astral panes between France and South Korea. In other words: this is for those who wish to immerse themselves in new soundscapes and visions.

electric rastrello | first of the list @ muzzart (fr)

Electric Rastrello « First of the list »

(EP. CARTON RECORDS/Burning Sound/Ur Suoni/Table Basse/Rotten / trash, 9 OCTOBRE 2026.

Will Dum
08/10/2026

Electric Rastrello continue d’explorer le mal qui jaillit de la bouche des politiciens italiens, mais plutôt ici en faveur du changement. L’optique change donc; le son, lui, creuse son inscription dans une veine électro (et autres) underground. Luciano Turella | drums et Mattia Benuzzi | electronics and vocals, dans le sillage d’un First of the List qui ouvre dans de sévères pulsions de drumming mâtinées d’électro sauvage, d’un chant volubile qui pourrait parfois évoquer (de loin) LCD Soundsystem, concoctent un registre audacieux. Hospital Ballroom, moins frontal mais tout aussi déviant, ondule spatialement. Ses phases aériennes font mouche, à l’instantané. Il hypnotise, ses sons envoûtent. La découverte est pour moi d’importance, dans l’esprit comme en termes de contenu.

Pour me conforter dans mes dires In Front of Your Heaven, saccadé, robotisé dans certaines parts de ses vocaux, indus, hip-hop tout ça mêlé et ouais Biggy!, marque la différence du duo. Sa non-déférence, aussi, vis à vis des normes. Des percées noisy s’immiscent, le rendu est entièrement hybride et surtout, addictif jusqu’au bout de la danse. On n’en décroche pas. The Coolest Summer of the Next 300 Years vient alors finir la série de quatre, au gré d’une trame vaguement drum’n’bass, jungle, percutante mais jonchée d’incrustes célestes. La toute fin se déploie en roue libre, ahurissante, au point de faire de ce First of the list l’un de immanquables de la « zik de lisière » de ce mois d’octobre.

upcoming gigs | concerts à venir

burning sound labs | la chaux de fonds (ch) | 15 october 2026
la gueule noire | saint etienne (fr) | 16 october 2026
café de la paix | arles (fr) | 17 october 2026
ojala este mi bici | barcelona (es) | 19 october 2026
plug in the gear | benicarlo (es) | 20 october 2026
galaxie xxiii | pau (fr) | 21 october 2026
tba | saint-jean de luz (fr) | 22 october 2026
tdf | tour de faure (fr) | 23 october 2026
les 9 salopards | marseille (fr) | 24 october 2026
cave 12 | geneva (ch) | 25 october 2026

bobo & behaja | aia haja? @ songlines (uk)

Introducing: Bobo & Behaja

14 May 2026

Lucia Gadau meets Maxime Bobo, the free-jazz-loving French saxophonist who, with Malagasy guitarist Behaja, is carrying Madagascar’s ceremonial tsapiky music to the world

An electric guitar and saxophone simultaneously kick into action on ‘Parepare’, the first track on Bobo & Behaja’s debut album Aia Haja?. The bass and drums jump as the song erupts into a non-stop tsapiky groove with vocals that playfully skip along.

Tsapiky is upbeat and rhythmic ceremonial music, played during weddings, funerals and local festivals in south-western Madagascar. Originating in the 70s, it takes its cue from indigenous Malagasy music, although Bobo & Behaja’s Maxime Bobo is quick to point out that it’s a living tradition, propelled by amped-up guitars and relentless percussion: “It’s played in the traditional context,” he says, “but it’s modern music because it was born with the electric guitar, bass and drums.”

Bobo now adds sax to the genre’s arsenal. Curiously, it was through free-jazz greats like Ornette Coleman that Bobo first found a route into African music. He explains that Coleman played “lots of very bright, joyous melodies, with major, diatonic scales”, saying that he “fell in love with lots of modern African music” because it had the same “repetitive riffs and major scales” and also allowed for lots of improvisation. In particular, he became fond of tsapiky, wanting to learn how to pick apart its tight rhythmic structure. “Subconsciously,” he says, “I wanted to be able to play it even ten years ago.” Older Malagasy musicians from the 90s like guitarist Damily and his brother Rakapo became artists that he looked up to. “I was hoping to meet them and be able to play with them one day,” he says.

In 2018, Bobo travelled to Madagascar with his then-band Electric Vocuhila to meet and rehearse with Rakapo, who took him to a mandriampototsy. This is a celebration, which could be a wedding or funeral, and can last from three to five days, and typically features tsapiky. It was his first encounter with the Malagasy guitarist Behaja. “We rehearsed for two weeks in Madagascar just so we could hear [Behaja’s] songs while trying to adapt them to what we were doing,” he says. The fruits of that trip can be heard on Kiteky, a 2022 album by Electric Vocuhila. The album featured Behaja and other Malagasy musicians and gained acclaim in Madagascar.

After Kiteky, Bobo wanted to continue working with Malagasy musicians, and he formed Bobo & Behaja. “Most tsapiky bands get their name from the guitar player,” says Bobo, but on this album it’s himself and Behaja who get equal billing. This is because, unlike most tsapiky bands, Bobo & Behaja are led by sax too. On the extended improvisations that are such a big part of the music, it is the two of them who alternately lead the charge. Rounding out the group are Bobo’s fellow Frenchman, bassist François Rosenfeld, and from Madagascar: Gérard Rakotoniaina on drums, and either Malala, Ekaly or Pelahita on vocals.

“It’s very important for me to collaborate with Malagasy musicians,” says Bobo, who doesn’t want to simply learn from tsapiky musicians and then teach the style back in France. In 2025, Sublime Frequencies released Tsapiky! Modern Music From Southwest Madagascar, a set of new tsapiky tracks recorded live by Bobo which featured Behaja, Rebona and other contemporaries. This was an extension of his work with Fifangaroa, a non-profit organisation supporting tsapiky musicians which has been publishing collections of recordings from Madagascar on Bandcamp. “As a musician, I feel I also have to help them be known,” says Bobo. “I’m trying to get tsapiky out of Madagascar.”

+ Aia Haja? is out now. ‘Rafoza Manday Tandra’ is on this issue’s Top of the World compilation, track 13

bobo & behaja | aia haja? @ radio student fm 89.3 (si)

Bobo & Behaja: Aia Haja?

Audio file

Predvajaj (6:09)

Vir: Naslovnica izdaje / Bobo & Behaja

Celostnost glasbenih potez, ki brbotajo od nalezljivosti

Carton Records, 2026

 

Pestra ritmika in navidezno nenadzorovani melodični prijemi, ki v sebi nosijo dobršno mero spretnosti izvedbe, so nepogrešljive sestavine glasbe, ki na poslušalsko uho v nemalo primerih delujejo z unikatnim izkupičkom ob boku. »Oh, ta glasba me pa kar spravi v nek trans!« bi brez težav slišali tudi v kontekstu albuma kvinteta Bobo & Behaja z naslovom Aia Haja?, ki ga obravnavamo v tokratni Tolpi bumov. Toda pri obravnavi glasbe francosko-malgaške zasedbe je smotrneje uporabiti kakšne bolj podkrepljene pristope. Subjektivno dojemanje je resnična stvar, in širši množici, ki ni nujno ciljna, morda raje le številčnejša, omenjeni obljubljeni trans pridoda dovolj – dovolj, da se bo nekdo kljub nepoznavanju konteksta glasbe ali pa osnovnih vprašanj, ki jih ta odpira, vendarle odločil za nakup vstopnice za obisk koncerta. 

Glasba zasedbe Bobo & Behaja se napaja v tradiciji glasbene zvrsti tsapiky, izrazito plesnega žanra z jugozahodnega dela Madagaskarja, ki se nanaša na zvočnost obredov bal-poussière, v osnovi tradicionalno družbenih in obrednih dogodkov. Gre za večdnevna praznovanja na prostem, ki pogosto potekajo ob pomembnih življenjskih prelomnicah, kot so poroke in pogrebi, pa tudi razni lokalni festivali. Že zaradi korenin glasbe zasedbe bi na prvo žogo zlahka zapadli v diskurz konstrukcije avtentičnosti, fascinacije z Drugim ali pojava omenjenega transa in pretakanja takšnih in drugačnih notranjih občutij. Seveda ne smemo zanemariti individualne izkušnje poslušalke – ki si jo v kontekstu Boba & Behaje nedvomno deli kar dobršna mera slušateljev – toda njihova glasba v maniri, ki je stabilna, v prvi vrsti vredna obravnave in podkrepljena z ničkoliko vidiki, še vedno uspeva oziroma živi.

Francoski saksofonist Bobo Maxime, sicer član zasedbe Electric Vocuhila, ki jo večkrat zasledimo pod nalepko tropikalni jazz, je v preteklosti velikokrat obiskal Madagaskar, kjer se je spoznal z žanrom tsapiky. Skozi raziskovanje se je povezal z lokalno zasedbo Behaja, poimenovano po njenem kitaristu, in danes lahko z albumom Aia Haja? opazujemo, na kakšne načine je saksofonist Maxime skušal zaorati ledino na področju srečevanja tsapikyja s tradicijo rocka in jazza. To mu zelo dobro uspeva prav zaradi prisotnosti njegovega inštrumenta, ki na albumu neredko prevzame vlogo gonilca zvočnega toka. Kljub temu glasba izžareva kolektivnost, kakršnekoli težnje po performativni glasbeni praksi, ki bi jo narekoval izključno Maxime in imel zasedbo Bahaja samo malo za zraven, pa niso navzoče. S sodelovanjem v ustreznem pomenu te besede se tudi s poslušanjem zazna hommage zgodovinskemu kontekstu žanra tsapiky, kar je najverjetneje v prvi vrsti tudi smoter tega projekta. 

V posameznih skladbah ne zasledimo kompleksnih modulacij v druge tonalitetne nastavke. Slušna izkušnja vztraja v določeni natempirani in vedri špuri, toda to še zdaleč ne pomeni, da glasba zasedbe Bobo & Behaja ni kakovostno izvedena in zasnovana – ravno nasprotno: neposrednost utrdi njihov izraz, ki, ko ga podrobneje analiziramo, deluje sila natančno. Izstopajo bogati ritmični segmenti, ki bi jih s poglobitvijo vanje lahko razstavili na manjše odseke. Kitarist Behaja note ubira kot za stavo, se pri tem navidezno spontano in brez napora ujame s preostalimi člani zasedbe in njihovimi inštrumenti ter gradi skoraj neprekinjen zvočni tok kompozicij, ki se spajajo v celoto. 

Gibanje je nekaj, kar nam brž pride na misel in se nenazadnje neposredno manifestira tudi v naše dejansko fizično stanje, kar se bo, si upamo trditi, izrazilo tudi na koncertu, ki ga bo zasedba izvedla na letošnji, 42. ediciji festivala Druga godba 29. maja v Katedrali Kina Šiška. Gibanje zaznamuje potek glasbenih pasaž, s katerimi koketira vokalistka Ekaly. Z inštrumentalno sekcijo vzpostavi izrazito prožen dialog, podaja odgovore na zaigrane fraze in utrjuje že predstavljene glasbene motive, najbolj nazorno v skladbi Kabosy, katere izmenjevalni odsek glasu in kitare bi pravzaprav lahko trajal v nedogled. Tudi ko Ekaly ne slišimo, denimo v skladbi Rodobey, odmev njenega glasu na nek način ostaja prisoten. 

Na prvi posluh Bobo & Behaja vseskozi ostajajo v istih kolesnicah, toda te kolesnice so tako dobro uvožene, da se med poslušanjem začnemo preizpraševati o zmožnosti glasbe, da popolnoma zaobjame svojo zasnovo in v njej tudi celostno deluje. Analiza posameznih skladb z albuma tako niti ne bi bila prikladna. Smiselneje se je osredotočiti na celostnost glasbenih potez, ki brbotajo od nalezljivosti in album Aia Haja? opolnomočijo z neomajno atmosferično napetostjo.

hassan k. | gharbzadeh @ the quietus (uk)


Hassan K

Gharbzadeh
Carton / Cheap Satanism / Extra Normal / Gandula / Industrie Musicale / Istotne Nagr. / October Tone

Franco-Iranian artist Hassan K. had Iran very much on his mind during the creation of Gharbzadeh, which is a word meaning ‘Westernization’ coined by Iranian critic Jalal Al-e Ahmad. Its clash of styles therefore feels deliberate and pointed, but it’s also thrillingly energetic. As with 2021’s Isteghana, this isn’t a melting pot, with disparate ingredients fused into a homogeneous whole. Instead, it is powered by fissures, friction and violent collisions: twanging, surfy setar meets bludgeoning metal riffs; dramatic virtual strings, midi flute and spirited keyboard lines all vie for attention throughout the rattling opening run of ‘Khwajeh Ye Hikmat’, ‘Zahir’ and ‘Karek Ve Taryak’. ‘Baba Karam’ adds filthy, fizzing synth bass and organ stabs that are like punches to the face, and the gnarly, proggy ‘Ma Bad Al Tabi At’ adds accordion from Charles Kieny of progressive jazz metal band Ckraft. ‘Asra’ is four minutes of brutal techno, thundering drums and clattery percussion, doom metal guitar and a preposterously dramatic finale that leaves you short of breath. Following that, the moody but relatively tranquil ‘Kangah’ provides momentary respite. Masto, formerly saxophonist with 80s squat-punk heroes Bérurier Noir, shows up on ‘Bazgash Bah Soal’, which builds patiently into a knotty math / jazz piece. Gharbzadeh is a wildly provocative ride.

frantx | idutydu @ citizen jazz (fr)

FRANTX

IDUTYDU

Andrea Giordano (voc, elec), Fanny Méteier (tu, elec), Pierre Pradier (g, elec), Marco Luparia (d, elec)

Label / Distribution : Carton

27 septembre

En musique comme en toute chose, être radical et en rupture est quelque chose d’assez binaire. On n’est pas à moitié radical, n’en déplaise à de nombreux publicitaires et politiques [1], et cette radicalité ne s’acquiert pas à force de postures et d’étiquettes mais dans la capacité à faire fi de tout cela pour se lancer dans la seule chose à faire. La liberté totale. Et rigolarde, s’il le faut, parce que ça fait du bien. Si l’on dit d’un groupe qu’il est animé par la tubiste Fanny Méteier, plongée jusqu’au cou dans l’électronique, ou par la chanteuse et compositrice Andrea Giordano, dont on connaît le travail sur les langues régionales piémontaises et la proximité avec la musique contemporaine, on sait qu’on est sur la bonne voie. « Orgasmic Kitchen », ses instruments jouets et son électronique contondante, sa batterie assumée par Marco Luparia qui reluque parfois vers des rythmiques Trap et son bazar assumé partout alentour, en est une confirmation.

FRANTX est un groupe sans étiquette. Il en a mille : glit-noise, emo jazz, experimental. Elles se valent toutes, elles ont toutes leur réalité. Il faut bien nourrir les algorithmes de BandCamp. Queer Punk surtout, la dernière, est le liant de tout cela. Elle trouve toutes ses couleurs et son étrangeté salvatrice dans le beau « Barbiecue » où le guitariste Pierre Pradier propose des nappes follement psychotropes sous le babil de Giordano. D’étiquette, il n’en n’a qu’une en réalité, et c’est l’orchestre lui-même qui se l’est trouvé : « Quelque part entre Hello Kitty et Anthony Braxton ». Quelque part entre la pétulance pop joyeuse et colorée et la rigueur technique de l’imagination. Braxton lui-même n’y trouverait rien à redire.

Comme il faut plusieurs fées autour de ce genre de berceau, FRANTX fait paraître IDUTYDU sur le label Carton et son compère Standard In-Fi qui témoignent depuis vingt ans de ces scènes fascinantes aux confins du rock, de la pop et des musiques contemporaines et improvisées. À bien des égards, le quartet franco-italien en représente la quintessence dans cette manière de prendre tous les risques bruitistes et de les assumer. On est impressionné par la droiture d’une musicienne comme Fanny Méteier qui fait des étincelles sur « Liquify » — une digression zappaïenne période Lumpy Gravy, nonobstant le perfectionnement des machines. Un manifeste d’indépendance

[1] Il arrive que ce soient les mêmes.

reviewSeb Brunfrantx, idutydu
omertà | âmes bleues @ muzzart (fr)

Omertà « Âmes Bleues » (Carton Records/Standard in-fi & Zamzamrec, 25 septembre 2026)

Will Dum25/09/2026

Omertà ne se tait pas, du jazz au free rock des années 1970 jusqu’à la musique pastorale il floute les cadrans et suspend le temps. Libre. Ses façonnages sonores adressés à l’esprit, incitant au voyage, prennent à nouveau forme sur ce troisième album nommé Âmes Bleues. C’est avec un Intermède, allez comprendre, que l’envolée se fait. Sur des tons paisibles, aériens, gentiment bruissant. D’entrée de jeu une atmosphère prend place, que Bleuité sertit d’un parlé-chanté aux mots évocateurs. De la retenue naissent quelques fissures, c’est le cas sur L’Étendue du lieu qui à son tour permet l’évasion. Omertà poste ses contours, impose de beaux détours. On n’en fait pas de prime abord le tour, il importe d’insister. Il fascine, Màzzulu au gré d’une fine et sombre étoffe en étend le champ lexical.

Avec Change le bridé tordu opère derechef, en volutes psyché. Brumeux et étiré, le titre implante Âmes Bleues et par extension, la méthode Omertà. Paranéa l’imite, dans l’économie de bruit. Enfin Anathème, au format trip-hop dirai-je, nacré, lo-fi et répétitif jusqu’à se cheviller, termine le tout en instrumental mental, assagi, au terme de sept plages introspectives et rarement incisives si ce n’est ça et là, dans les recoins et écarts qui parsèment l’ouvrage.

antoine ferris | [kaaarst] @ nitestylez.de (de)

Wednesday, September 23, 2026

Antoine Ferris - [KAAARST] [Carton Records Croix-Croix 042]

Released on May 8th, 2k26 via the French Carton Records label is "[KAAARST]", the twelve tracks and roughly 32 minutes spanning debut album album by bass player Antoine Ferris who, with this sonic outing, presents a ride through a variety of experimental solo and improvisational bass techniques backed by an at times both experimental and rather structured composed electronic foundation. With only half of the albums tracks exceeding the three minutes mark - and none of them being radio friendly - Antoine Ferris covers a musical ark from pure digital Noize eruptions to epic Mutant HipHop cuts - see the absolute groove bomb of violent destruction called "Shame's Coming" featuring Natacha Kanga on vocal duties for this - whereas pieces like "Stainless Steel" introduce more shrieking Noize violence with a surprisingly humorous lo-fi melodic edge seamlessly followed by the beautifully layered Ambient-leaning melancholia of "Knife" which is continuously disrupted by scattered Noize bursts and Oval'esque flutterings whereas "La Neu" featuring Louie Z on vocals weighs in an astounding fusion of Experimental Electronics and beatless Future Soul x Future R'n'B evoking faint memories of Fatima Al Qadiri and early Kelela whilst "Cataplasme" brings forth more syncopated Industrial Phonk havoc for Illbient dancefloors and the interestingly titled "Electronic Dance Music" might appeal as such to the most advanced and adventurous Rhythm Industrial headz only just to name a few favorites here. We love this. Get.

raphael vanoli | ventschau @ à découvrir absolument (fr)

16 septembre 2026 /
Raphael Vanoli
“Ventschau” (Carton Records)

rédigé par gdo

Sans m’en rendre compte, je venais d’écouter six fois de suite Ventschau. Ce qui est généralement un assez bon indicateur : quelque chose s’était installé, sans bruit, entre les oreilles et le cerveau, comme une musique dont on ne comprend pas immédiatement les contours mais dont on accepte volontiers qu’elle prenne possession des lieux.

Raphael Vanoli navigue ici entre électronique, musique expérimentale et matière acoustique, avec cette volonté de brouiller les frontières entre les deux qui traverse son travail. Guitariste, compositeur, improvisateur, habitué aussi bien aux musiques contemporaines qu’au jazz ou au rock, il semble avoir décidé de ne choisir aucune porte d’entrée. 

Il en résulte une musique tout aussi mystique que reposante, intrigante que profondément accueillante. Quelque chose d’étrangement ancien affleure parfois sous des sonorités qui paraissent pourtant venir du monde d’après. Comme si des vestiges médiévaux avaient été enfouis sous plusieurs couches de technologie avant de refaire surface, déformés mais encore reconnaissables. Les mélodies semblent souvent réduites à leur squelette, puis recouvertes de textures, de parasites et de matières électroniques. Une pop fantôme, débarrassée de ses ornements, qui aurait été abandonnée dans une cavité souterraine où l’écho serait devenu un compagnon de jeu. On écoute les sons revenir, se transformer, disparaître, puis ressurgir ailleurs.

Et puis arrive Old Sack of Coal, pièce magistrale qui donne presque envie de renvoyer Boards of Canada en studio pour reprendre quelques notes. Ce qui semblait impalpable devient soudain terriblement proche, presque tactile. Ventschau possède cette qualité assez rare de ne jamais réclamer notre attention tout en finissant par la capturer complètement. Une musique qui ne nous demande pas de comprendre, mais simplement d’entrer. Et une fois la porte franchie, visiblement, difficile de ressortir.

hassan k | gharbzadeh @ muzzart (fr)

Hassan K. « Gharbzadeh » (Carton records/Cheap Satanism Records/Extra Normal/Gandula/Industrie Musicale/Istotne Nagr./October tone, 11 septembre 2026)

Will Dum16/09/2026

Hassan K. est comme déjà dit le projet solo du franco iranien Keyvane Alinaghi, artiste sonore DIY et fervent défenseur de la culture numérique libre. Le bon homme a pour coutume de brasser les genres, il aime aussi à traiter de l’histoire de son pays d’origine. Avec Gharbzadeh, sa dernière cuvée en date, l’auditeur est d’emblée secoué par Khwajeh ye hikmat et son noise/math/surf aussi leste que fracassé. Les motifs dépaysent, ensuite Zahir trépide lui aussi avec force notes de là-bas. Surf, il ne s’y cantonne (surtout) pas. Karak ve taryak, au taquet, change de braquet. On est à nouveau désarçonné, les sons s’entremêlent et le malaxage est haut en couleurs. Baba karam s’ajoute, changeant dans le rythme, à la collection. Le style ainsi créé ne se définit pas, c’est ce qui le distingue. Ahang mahli, de son électro azimutée, le démontre.

Par la suite Ma bad al tabi at, à l’intro nuageuse, pose après ça une dégelée qui flirte avec l’orchestral-indus. Si si. Asra, du métal plombé à du tribal déglingué, ne se normera pas davantage. Nous nous en réjouissons. Khangah calme le jeu, linéaire et pourtant trippant. Sa répétition l’enracine. Morbarzeh kon lui fait suite dans un bazar bruyant aux rafales fatales. Synth et hors-cadre, agité comme c’est pas permis, en volutes cinglées, le track impressionne. Il précède Gij shoden, en ruades malades. L’élan se brise, on a ensuite du math hybride à se mettre sous la dent. Le menu est chargé.

A l’occasion du duo de fin Bazgash bah soal, d’abord psyché, laisse filtrer le saxo de Masto, et ouais Biggy! Il n’en est que plus décalé encore, on notera par ailleurs l’intervention ici et là de Sara Fontan (violin on #6), Charles Kieny (accordion on #6) et Tesla Manaf (prepared trumpet on #7). Bref, on est là entre gens qui ensemble différent. C’est de fait ce que fait Clibanarri, surf décapoté, électro en spirales déjantées, à l’issue d’un album dont on n’a pas fini d’explorer les méandres.

TOUR:
zku | berlin (de) | 11 september 2026
fahrradkinokombinat | kiel (de) | 12 september 2026
hafenklang | hamburg (de) | 13 september 2026
tba | plauen (de) | 19 september 2026
positive futur festival | innsbruck (at) | 17 october 2026
zentralwerk | dresden (de) | 18 october 2026
stereolux | nantes (fr) | 29 october 2026
dingwalls | london (uk) | 5 november 2026

générique mardi @ lastnite (ch)

La Bâtie 2026 | Générique Mardi, pour tous les jours de la semaine

par Anne Machuron | Sep 11, 2026 | Chroniques de Concerts

Pour sa dernière semaine de programmation, La Bâtie-Festival de Genève accueillait mercredi au sein du Bongo Joe le duo toulousain Générique Mardi. Un moment aussi dansant que suspendu dans la petite salle du centre ville.

Des disques vinyles tapissant les murs, sur lesquels sont gravées les œuvres d’artistes célèbres ou plus confidentiels. Aucun doute : on se trouve bien aux Halles de l’Ile, au Bongo Joe, ce magasin de disques à la buvette avec terrasse des plus accueillantes. Habituellement, le rituel est de sélectionner une pochette qui nous fait de l’œil, de prendre place sur un tabouret et d’enclencher le tourne-disque, le casque sur les oreilles, le regard tourné en direction du Rhône tout proche.

Cette fois pourtant, nul besoin de fouiller dans les bacs pour sélectionner une pochette : le groupe Générique Mardi est venu directement à nous, en chair et en os.

Un mercredi sous sonorités dansantes

Né en 2022 entre deux confinements, le groupe français se veut rafraîchissant malgré des textes abrupts déclamés par Bonella Holloway sur un ton assez sombre, appuyés par les rythmes de son clavier et les accords de Juliette Pym à la basse.

Cette esthétique n’est pas due au hasard. Issu•es du milieu de l’art contemporain, les deux musicien•nes s’intègrent parfaitement dans la ligne voulue par le nouveau directeur artistique du festival, Stéphane Malfettes, et ses équipes.

Dans leur album Rebecca (AB Records & Cœur sur toi), Générique Mardi explore les névroses de notre époque : la quête permanente de shots de dopamine, la consommation compulsive d’alcool ou encore les samedis soirs festifs qui s’enchaînent et se ressemblent sans trop savoir pourquoi… Un constat désabusé sublimé par des mélodies simples et des beats entraînants pour le public du Bongo Joe.

Le plus déconcertant dans tout ça ? C’est que l’on n’a qu’une envie : aller danser en club.

Le générique de fin est arrivé trop vite et l’on suivra avec attention les prochaines sorties de Générique Mardi. Quant au festival de La Bâtie, il se termine ce weekend. Toutes les informations sont disponibles sur le site officiel.

hassan k. | gharbzadeh @ à découvrir absolument (fr)

3 septembre 2026 /
Hassan K.
“Gharbzadeh” (Carton records)

rédigé par gdo

On a tous connu ces attractions foraines où l’on monte en pensant passer un bon moment avant de comprendre, une minute plus tard, que le responsable de la sécurité est probablement parti déjeuner. Gharbzadeh procure exactement cette sensation. Ça secoue, ça cogne, ça désoriente. On en ressort avec les jambes flageolantes et cette légère nausée qui accompagne parfois les expériences dont on ne sait toujours pas si elles nous ont procuré du plaisir ou si elles nous ont simplement survécu.

Le projet d’Hassan K., alter ego du Franco-Iranien Keyvane Alinaghi, ne cherche jamais à faire cohabiter paisiblement les styles. Il les percute de plein fouet. Les senteurs orientales tentent de conserver leur équilibre au milieu de rythmiques tapageuses, de guitares sauvages qui semblent perdre une roue à chaque virage, d’électronique bondissante, de métal, de math rock, de surf music iranienne et d’une multitude d’accidents sonores qui ressemblent parfois davantage à un chantier en activité qu’à un studio d’enregistrement. Pourtant, derrière cette apparente anarchie, le disque raconte autre chose : un pays traversé par les fractures de son histoire, pris entre héritage et occidentalisation, sans jamais transformer son propos en leçon de géopolitique. L’impression dominante reste celle d’un gigantesque grand huit musical. Chaque morceau ouvre une nouvelle porte, souvent pour la refermer avec fracas quelques secondes plus tard. (Baba Karam) constitue sans doute le point culminant de ce pilonnage en règle. Tout semble vouloir s’y entrechoquer dans une euphorie quasi incontrôlable, comme si chaque instrument cherchait à raconter une histoire différente sans jamais accepter de céder la parole. Le plus déroutant demeure cette capacité à faire dialoguer des mondes qui, sur le papier, n’auraient jamais dû partager la même pièce. Ici un violon espiègle vient provoquer des guitares déraillées, là des pulsations techno rebondissent sur des rythmiques traditionnelles avant qu’une déflagration métallique ne vienne remettre les compteurs à zéro. Hassan K. refuse obstinément le folklore de carte postale. Il préfère bousculer une culture millénaire au contact des sons d’aujourd’hui plutôt que de la figer dans une vitrine.

Douze morceaux plus tard, difficile pourtant de prétendre avoir trouvé le fil conducteur. Ou plutôt, il existe bien un fil, mais il s’emmêle volontairement entre les jambes de ce mariage improbable entre Moyen-Orient, rock, électro, métal et expérimentations bruitistes. La cohérence semble parfois portée disparue, remplacée par une fuite en avant permanente où chaque idée chasse la précédente avant même d’avoir totalement existé.

C’est probablement ce qui divisera. Certains parleront d’un laboratoire sonore fascinant, d’autres d’une indigestion en règle. Pour ma part, je me situe quelque part entre les deux. J’admire profondément la liberté de ton, l’absence totale de compromis et cette volonté de ne jamais folkloriser les racines iraniennes du projet. Mais j’aurais parfois aimé que ce train fantôme ralentisse quelques instants pour me laisser reprendre mon souffle avant de repartir de plus belle. Un disque qui ne demande pas simplement d’être écouté. Il exige qu’on accepte de perdre l’équilibre.

delphine dora | l'inéluctable pulsation du temps @ the quietus (uk)

Delphine Dora

L’ineluctable pulsation du temps

Marionette

Inspired by a German 'sociologist of speed', the French composer and improviser presents a suite of highly resonant compositions

Miloš Hroch
Published 6:00am 16 March 2026

On her latest album, Delphine Dora is concerned with temporality, its pace and pressures it produces. L’ineluctable pulsation du temps finds the French pianist, composer and improviser summoning a gentle collection of piano cycles with drone undertows. The record took shape during a time of intense touring, while Dora was simultaneously busy engaging with writings on acceleration and alienation by Hartmut Rosa, a “sociologist of speed”. According to Rosa, capitalist societies are programmed for constant economic growth, which forces us into a rat race, approaching the world instrumentally and as a competition. It may sound too esoteric for a German sociologist, but Rosa proposes a different mode of encountering the world, based on active and attentive presence, which he calls ‘resonance’. In other words, it’s about unlocking ourselves to affection. This must have touched Dora, a Parisian who more than a decade ago relocated to a village in rural France. She has used Rosa’s vocabulary as inspiration for track titles like ‘Désynchronisation’ on L’ineluctable pulsation du temps.

Different temporalities are woven into the album’s composition: brisk, fleeting cycles of piano arpeggios, as if chasing the foam of days, are, at least from the second third of the album, layered with sustained droning synths, symbolising the persistence of time. Dora’s piano style has often been characterised by melodic and instrumental asceticism, but on L’ineluctable pulsation du temps piano melodies are generous and colourful. She has been releasing music since the mid-2000s via labels such as Okraïna, Three:four, Modern Love or her own Wild Science imprint. Delivering into her catalogue is like opening a spiritist’s cabinet, and the reward is a sense of wonder, full of dreamy folk lullabies with murmuring vocals, avant-garde treasures or old pipe organ improvisations recorded in churches around Europe, which over time grew more complex.

L’ineluctable pulsation du temps was composed in 2018, around the time Dora was working on her collaborative 2020 album L’inattingible, which was praised by Julia Holter and presented Dora’s most ambitious work in terms of instrumentation and personnel. Her voice is entirely absent on the new album, but the opening ‘Ubiquité’ features Aby Vulliamy’s sublime tones on musical saw, which distantly echoes Dora’s previous lullabies. It’s the only addition to the album. Otherwise it’s just Dora, her piano and Nord Electro keyboard.

It is not the first time Dora has been concerned with temporality through drone-oriented compositions, as on her previous, 2020 album In Illo Tempore. Her approach to piano on the latest record can also recall albums like 2012’s A Stream of Consciousness. L’ineluctable pulsation du temps is best when these approaches meet halfway, as in pieces like ‘L’accélération ineluctable’ or ‘Les jours liquides’. This is when Dora evokes ethereal minimalism by Irena and Vojtěch Havlovi, who employed medieval tonality and “shadowy vocals”. However, the serene experience can in other pieces slip into an alienating sense of background listening. Even though L’ineluctable pulsation du temps doesn’t carry the unsettling qualities of her previous solo or collaborative releases, it still gives plenty of moments to resonate with.

delphine dora & jérôme bouve @ boomkat (uk)

Performed on organ and harmonium in various churches around Normandy and then shaped by sound artist Jérôme Bouve, ʻvents dʼaetherʼ is a blustery and sublimely beautiful melange of widescreen environmental recordings and unsettling kaleidoscopic drones that fully stops time. RIYL Florian Fricke, Virginia Astley, FUJI||||||||||TA or Kara-Lis Coverdale.

You should already know that if Dora's involved, things are gonna go off. Because the way she approaches her instrument, whatever that instrument might be, is always so distinct, informed by the way she improvises, channeling elements that aren't obvious. On 'vents d'aether', it's her surroundings as well as the various organs that invisibly shepherd her through the process, seeping into the compositions and mapping out the space for attentive listeners. And that's never more obvious than on the side-long title track, introducing us to the album without pulling any punches. A peal of church bells is joined by Dora's spontaneous, poetic reflections. Dora isn't hampered by some misguided sense of academic rigor; often labeled an outsider, she lets her own rhythm and her own sense of pitch steer the improvisations, not a meticulously overworked concept. And when her voice echoes wordlessly above the wheezing chords, blurred into recordings of winds beating down on wooden shutters, it's as if it's able to pick out the shape of the room itself, inhabiting a space between folk, sound art and sacred music without even trying.

Of course, the other piece of the puzzle here is Bouve, who'd been mulling over the idea of recording in and around the Cotentin Peninsula for years before he met Dora. He was fascinated not just by the organs and harmoniums that were contained in the various chapels and churches of Val de Saire, but the picturesque, rugged coastal landscape and the incidental sounds (seagulls, rushing waters, the omnipresent sea breeze) that often leak into the recordings. So the pair set off in late 2024 and stopped at every venue that would give them access, dubbing hours of improvisations that Bouve would later collage into the album. You can hear their journey unfold like a film; the field recordings aren't used for texture or to grandstand, they help us to perceive what it might feel like to walk from building to building on the coast and how the music might be eroded by sea spray just like the masonry itself. Dora's pitchy drones capture the persistence of the maritime weather, its near-constant noise and enveloping atmosphere and Bouve provides the frame, recording and mixing his elements to situate us in places that may or may not be real, times that bleed into one another. 

The result is disorientating but mad charming, a ride out through unfamiliar territory that's spotted by dramatic, outstanding cues that are among Dora's most memorable to date. If you need a quick taste, check the four-minute 'Le Vast XIII', where Dora's warbling tones (modified on the fly by Bouve who works the organ's drawbars) are offset by eerie, waterlogged knocks - it's like being marooned and serenaded all at once. 

reviewSeb Brundelphine dora
od bongo | bongoville @ solenopole (fr)

OD BONGO | Bongoville

Avec Bongoville, OD Bongo bâtit une cité instable, saturée de basses, de tôles froissées, de rebonds numériques et de mirages dub. Entre techno brumeuse, trap industrielle, juke, gqom et noise, Édouard Ribouillault et Amédée de Murcia transforment leur arsenal de machines en parc d’attractions clandestin, où les rythmes semblent courir plus vite que leur propre ombre.

Bongoville : bienvenue dans la mécanique sauvage

OD Bongo naît de la collision entre deux tempéraments déjà bien identifiés dans les marges électroniques françaises : Amédée De Murcia, également derrière Somaticae, au synthétiseur, et Édouard Ribouillault, alias C_C, aux boîtes à rythmes, sampler et effets. Depuis 2015, leur langage commun repose moins sur la fusion policée des genres que sur leur mise en friction : techno, dub, noise, industriel, bass music, puis ici des impulsions venues du juke et du gqom.

Le résultat ne ressemble pas à une simple addition d’influences. Bongoville fonctionne plutôt comme une zone urbaine bricolée après l’effondrement du plan cadastral : des artères rythmiques surgissent, bifurquent, se bouchent, repartent ailleurs. Les beats cognent avec une régularité trompeuse avant de se tordre ; les basses débordent de leur cadre ; les delays deviennent des couloirs sans fin. Rien n’est vraiment stable, mais tout demeure étonnamment dansant.

Une musique pensée avec les mains

Depuis près d’une décennie, le duo sillonne les scènes européennes avec un dispositif volontairement brut : machines, samplers, synthétiseurs et une interaction qui privilégie le réflexe à la démonstration. Ce rapport physique au son traverse tout Bongoville. On n’entend pas des machines soigneusement alignées derrière une vitre : on les imagine posées sur une table trop petite, câbles emmêlés, boutons martyrisés, circuits poussés jusque dans leurs retranchements.

Cette énergie live est pourtant passée par un long processus de décantation. L’album a été créé, enregistré et monté entre 2022 et 2025 à Grrrnd Zero, à la Citadelle Raspail, au Big Bost et à Olliergues Musique, avant d’être confié à Nicolas Esterle, au Studio de la Limite, pour le mixage et le mastering. Bongoville n’est donc pas une photographie instantanée : c’est une matière accumulée pendant trois ans, ensuite compressée jusqu’à devenir projectile.

Chez OD Bongo, la basse n’accompagne pas le morceau ; elle redessine la pièce autour de l’auditeur.

Tracklist

Bongoville | 24 Avril 2026

  • 1. bongoville - 05:16

  • 2. crystallinoron - 04:50

  • 3. pandora - 04:31

  • 4. monsieur fils - 06:14

  • 5. trident trust - 04:14

  • 6. ocorian - 04:34

  • 7. crystallinoron j version - 04:38

  • 8. crystallinoron d version - 04:58

Six rues principales, deux passages secrets

Le vinyle et la version numérique déploient six morceaux : « bongoville », « crystallinoron », « pandora », « monsieur fils », « trident trust » et « ocorian ». Le CD ajoute deux embranchements réservés à ce format, « crystallinoron j version » et « crystallinoron d version ». Le choix est révélateur : plutôt que d’ajouter deux titres étrangers au noyau du disque, OD Bongo fait muter crystallinoron, comme si une même créature revenait sous deux nouvelles formes.

Le morceau-titre ouvre les portes de cette ville imaginaire en installant immédiatement sa grammaire : répétition, masse, torsion. Monsieur fils, le plus long morceau, étire davantage la dramaturgie, tandis que l’ensemble avance par à-coups, accélérations et effritements. La structure évoque parfois du stop-motion sonore : chaque mouvement semble discontinu, mais l’œil intérieur reconstitue une course parfaitement fluide.

A propos des deux architectes

Amédée De Murcia cultive depuis 2006 une trajectoire volontairement indisciplinée : IDM, synth-pop, techno break, noise, musiques expérimentales ou néoclassiques, compositions pour la danse et les arts visuels. Somaticae explore une électronique organique et instable ; Balladur détourne les codes new wave vers une pop oblique ; Zone Bleue imagine quant à lui un minimalisme synthétique presque enfantin. Les différentes facettes de son travail semblent partager le même goût pour les machines qui cessent d’obéir exactement à ce qu’on attend d’elles.

Édouard Ribouillault développe de son côté, sous le nom C_C, une science très personnelle de la distorto-bass et des dub breaks. Fondateur du label ThirdTypeTapes, impliqué dans DistoMobile et dans plusieurs collaborations, il appartient à cette famille de musiciens pour lesquels fabriquer, diffuser, sonoriser et soutenir les scènes indépendantes relèvent du même geste. Sa musique solo elle-même s’est nourrie de contraintes volontaires, notamment de l’utilisation intensive d’un sampler réduit à devenir une véritable fabrique de paysages difformes.

tatiana paris | thalle @ citizen jazz (fr)

Tatiana Paris

Thalle

Tatiana Paris (g, voc, synth modulaire, objets, divers), Rachel Langlais (el org)

Label / Distribution : Carton

6 septembre

Figure incontournable de la scène expérimentale française, la guitariste Tatiana Paris livre avec Thalle un deuxième album presque solo, dans la lignée de Gibbon. « Presque », car la claviériste Rachel Langlais vient lui prêter main-forte sur deux des neuf pistes du disque (Thalle 1 et Thalle 2), qui en forment le cœur battant.

Le thalle, qui donne son nom à l’album, désigne le corps végétatif non différencié de certains organismes immobiles. Comme les lecteurs de Citizen Jazz titulaires d’un doctorat en biologie se comptent probablement sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt, une petite clarification s’impose. Le thalle caractérise une forme végétale primitive (comme le lichen ou l’algue) dépourvue de racines, de tiges ou de feuilles. Sans organes spécialisés, chacune de ses cellules fait globalement la même chose : elle croît et elle se nourrit. C’est une vulgarisation extrême, mais elle permet de saisir l’idée. Heureusement, la transposition musicale qu’en opère Tatiana Paris se révèle plus subtile.
Armée de sa guitare, de sa voix et d’une multitude de bidouilles analogiques, elle nous immerge dans des abysses où le temps perd de sa réalité et de son inexorabilité. Dans cet environnement aquatique, dénué de toute menace, le merveilleux surgit au gré des courants. Sous l’eau, alors que nos mouvements se font lents et que notre champ de vision se réduit à la lucarne d’un masque de plongée, nous découvrons une flore d’une étonnante harmonie : organique, mouvante et sensible.
Avec Thalle, Tatiana Paris confirme qu’elle a choisi la voie d’une liberté totale par la résilience sonore. Elle nous prouve que la beauté réside aussi dans le hasard des juxtapositions, pour peu qu’on s’abandonne à leur écoute avec une oreille ingénue.

she's analog | no longer, not yet @ citizen jazz (fr)

She’s Analog

No Longer, Not Yet

Stefano Calderano (g, perc), Luca Sguera (p, synth, perc), Giovanni Lacovella (dm, elec)

Label / Distribution : Carton

6 septembre

Après un premier enregistrement paru en période COVID, What I Bring, What I Leave (ce que j’apporte, ce que je laisse), le trio italien She’s Analog revient avec un second album au titre tout aussi elliptique et antithétique : No Longer, Not Yet (plus maintenant, pas encore). Un intitulé en forme de programme philosophique pour un disque qui, précisément, refuse de lutter contre la réalité physique du temps qui passe.
Pour donner corps à cette réflexion sur l’instant, le trio (qui bouscule la tradition de l’instrumentarium réglementaire en remplaçant la contrebasse par la guitare) fait le choix fort de la continuité. Les six pistes de l’album sont pensées comme une suite ininterrompue, un flux tendu sans la moindre coupure où les morceaux glissent les uns dans les autres. Ici, la musique se déroule comme un fil inexorable, sans jamais regarder dans le rétroviseur. La structure se refuse aux répétitions ou aux rappels de motifs entendus plus tôt. Seule exception : quelques samples fantomatiques de voix d’enfants glissés de-ci, de-là. Mais leur nature ontologiquement nostalgique ne fait, finalement, que confirmer la règle.
C’est sur le dernier titre, long de 18 minutes, que l’esthétique de She’s Analog se déploie pleinement et rejoint irrésistiblement celle de The Necks. Une différence notable cependant : là où les Australiens n’hésitent pas à prendre la durée d’un disque complet pour développer une ambiance hypnotique et totalement improvisée, le trio italien préfère brouiller magnifiquement les pistes entre ce qui est écrit au préalable et ce qui est inventé dans l’instant.
L’osmose entre les trois musiciens est assez bluffante de bout en bout. Reste qu’à l’écoute de cette matière sonore en mouvement perpétuel, on se dit que l’écrin idéal de leur musique sera, à l’avenir, l’enregistrement live plutôt que le studio.