Mars 2026
Simon Hénocq m'avait laissé K.O. avec son précédent disque, le fantastique We Use Cookies, chroniqué dans les pages de votre revue préférée. Le voici de retour, cette fois-ci en duo avec Seb Brun, pour un disque acéré, asphyxiant, concassé et beau.
Oui, c'est possible. Seb Brun tient le rôle de batteur et d'électronicien, Simon Hénocq celui de guitariste et d'électronicien. Vallées est une traversée chaotique qui appelle à la transe bancale, tenue sur la longueur par des rythmes chahutés, rivalisant de contretemps et de déconstruction, où se mêlent basse menaçante et nappes instables. Les reliefs ne cessent d'évoluer, à une vitesse qui ne se dément pas jusqu'à la fin. Les faux départs se multiplient, les explosions réjouissantes nous éparpillent aux quatre coins de la pièce, sur un album à ranger dans un nouveau rayon : la noise groove. Pour entrevoir ce qui se répand sur ces Vallées, l'écoute intégrale de l'album est obliga-toire. En extraire un simple titre reviendrait à ne voir qu'une couleur chez Van Gogh. Le duo lorgne vers une forme d'abstract taillée dans la rouille ; les sonorités sont distordues, vachardes ; les motifs se délient, apparaissent, se bouclent quelques secondes, puis s'évaporent. Les quelques motifs de guitare nous projettent sur un dance-floor au parquet flottant avant de nous plonger dans l'obscurité. « Lighthouse » nous laisse croire à la lumière, mais nous traîne dans les décombres. La guitare apparaît plus clairement par endroits, mais elle est tellement malmenée, tellement lacérée, qu'elle ne devient qu'une part infime de cette lente et savoureuse déconstruction. Douze titres qui ne laissent pas le moindre répit, à quelques fenêtres de respiration près, vous emportent dans une transe chamanique et peuvent entraîner une danse désarticulée, comme un robot dont les circuits imprimés auraient fondu et qui perdrait le contrôle de ses mouvements. Genre Terminator en fin de vie qui tenterait le moonwalk pour nous faire croire que tout baigne. Oui, sous les sons désossés, crissant, à contresens, sous la patine du chaos et les étendues distordues, les vallées groovent méchamment.
Laurent NERZIC