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Société Etrange souffle un vent de chaleur sur le monde normal

Alors que prolifèrent les générations de contenus et de mots automatisés, il n’a certainement jamais été aussi anormal de composer des musiques instrumentales racontant le monde sans rien dire. C’est là que les Lyonnais de Société Etrange entrent en action avec un troisième album fondamental : Heat.

Depuis déjà plus de dix ans, le trio discret derrière Société Etrange réussit cette exploit de se frayer un chemin sinueux dans la musique dite instrumentale en possédant ce double atout rare de ressembler à un gang de serial killers lorrains extirpés d’un épisode de Faites Entrer l’Accusé, mais aussi d’être capable d’en écrire le générique. Un EP, deux albums et le tube de l’été 2022 que personne n’a entendu (La rue principale de Grandrif) : une ligne droite se dessine, voire un début de discographie solide confirmée avec ce troisième album Heat qui n’a a priori rien à voir ni avec le film de Michael Mann, ni avec la crème auto-bronzante. Encore que : en prenant le disque par la fin avec la plus belle réussite du disque (Fitfh et ses 8 minutes de nappes électroniques à la Principles of Geometry), le groupe le plus taiseux du circuit offre une fin alternative à la scène de duel entre Robert De Niro et Al Pacino sur le tarmac de l’aéroport, et se place sans difficultés dans l’interstice entre Brian Eno, Moby, Passengers (le projet secret de U2) et le Kronos Quartet ; pour ne citer que quelques uns des artistes présents sur la bande originale dudit film.

Do heat yourself

Soutenu et co-financé par la Région Auvergne Rhône Alpes, peut-être tenue d’une main de fer par un fan de Tangerine Dream ou de France, Heat ne réchauffe pas vraiment l’auditeur ; et l’inverse n’est pas plus vrai. Pendant ces belles 43 minutes, c’est un temps ralenti et étiré comme Elastic Man qui se joue ; une espèce d’outre-dub introspectif dont on est à peu près sûr que contrairement aux disques de Pierpoljak, il traversera les décennies sans rien perdre de sa force.
Au grand remplacement, le vrai, celui des musiciens par des robots algorythmés, Société Etrange oppose donc un réchauffement mélodique où le minimalisme élégant justifie toutes les notes jouées ; toutes les intentions, toutes ses références cachées. C’est d’une telle beauté primaire que dans un monde où une Brigitte Macron peut devenir DJ, où Gims se retrouver impliqué dans un trafic international à plusieurs millions d’euros et où Justin Bieber se faire payer 10 millions de dollars pour diffuser des vidéos YouTube à Coachella, la société qui dérape jusqu’à devenir malade n’est pas forcément celle que l’on croit.

Au rythme où vont les choses dans ce groupe de kraut-mou, Société Etrange devrait aborder les années 2030 avec optimisme : tout se sera pété la gueule mais eux disposeront d’une série de disques notables sur l’étagère, dont ce Heat, parfait pour cajoler l’âme au moment du grand hiver nucléaire.

Société Etrange // HEAT // co-production Bongo Joe, Carton Records & Standard In-Fi
https://societeetrange.bandcamp.com/album/heat