Posts tagged société étrange
société étrange | heat @ sun burns out (fr)

par Dorian Fernandes

Nous évoquions dernièrement le trouble suscité par des groupes ou artistes dont on ne peut accoler aucun visage, à l’occasion du dernier album de Christine, quand les photos ne sont pas mises en avant, ou tout simplement parce que ces dernières sont inexistantes. Dans une même mesure mais sans qu’il soit ici question de ce besoin si humain de planter un corps sur une musique, il arrive qu’un alias de groupe suffise à  déclencher une attraction, du moins un mouvement de curiosité. Avec Société Étrange, nous ne pouvions que tilter. Heat est le troisième album du groupe lyonnais composé de Romain Hervault, Antoine Bellini et Jonathan Grandcollot. Ce trio tente une musique qu’on qualifiera, à défaut d’avoir les mots justes, d’ambient krautrock, nous poussant à faire un pas de côté et à regarder notre théâtre des banalités sous un angle décalé.

Vie à sens unique

C’est un ensemble de ronds-points, reliés par des lacets de routes, elles mêmes rattachées à des petites villes, à la fois uniques par leur nom et pourtant si semblables. Les pâtés de maison ont une trentaine d’années, formant un ensemble à la fois maussade et Coquet, classe moyenne installée. Ceci est traversé par quelques mouvements. Une certaine idée de la plénitude. Du Suicide social, aussi… Du synthé, une sorte de tension sous-marine émane, montant graduellement, derrière une apathie musicalement ambigüe. Comme si ce vernis d’urbanité allait un jour non pas s’évanouir, mais bien craqueler. Ou pas… Le groupe privilégie depuis son premier Au revoir (2015)  l’étirement des pistes, travaillant des atmosphères par sa guitare et ces motifs de notes répétées inlassablement. La station-service prend des allures de films. L’effet l’emporte, et nous ne sommes pas bien loin du récent travail solo d’Étienne Jaumet, de même qu’avec ses Zombie Zombie que l’on voit sortir du centre commercial plus éloigné, John Carpenter et des Goblins hantant là encore les lieux. Le battement métronomique et ces notes rétro-fururistes déformées font tout pour nous ouvrir à un arrière-monde, qui n’est autre que… le nôtre.

L’ordinaire devient étrange, avec Heat et son tambour de marche asthénique. On pense souvent à Fille Unique, le type de projet qu’on se réjouit de constater depuis une quinzaine d’années, évoquant instinctivement des ambiances périphériques, ni belles ni moches, mais dont il se trame un non-dit, un secret lourdement gardé. On écoute le vent, on se hasarde parmi les milliards de chemins et visions qu’offre une forêt. Sous un Soleil lourd, on va voir ce qui se trame de vie et de vide, dans une maisonnée (il semblerait) abandonnée sur laquelle on tombe au gré du hasard. Un buisson bouge, quelques ombres passent ; des cailloux déplacés au bon vouloir de l’Invisible marionnettiste. Puis… rien d’autre.

La possibilité d’un nid

Heat constituerait une excellente B.O. d’essais de Christophe Guilluy. Ou d’un bon film du duo KervernDelépine ; de la série de Guillaume Nicloux, Il était une seconde fois aussi. Revenu au Formule 1, on s’amuse à regarder le vis-à-vis, comme Fenêtre sur cour. On n’y voit pas grand chose ; des gens qui bougent, des enfants qu’on devine ; quelques accolades et paroles réconfortantes, un train-train rituel, mais ayant l’amabilité d’être là ; des tuiles qu’on se promet de retaper en des temps meilleurs. On ne verra le début d’un slip… Puis, la nuit venue, une petite télé comme seule loupiotte. Tout est sombre à présent, et il semblerait que le pays aille enfouir sa tristesse dans le sommeil assez tôt. Le temps passe comme des rides. Le groupe gagnerait à légèrement écourter certaines pistes, ce qui ne diminuerait aucunement leurs effets, mais permettrait de faire entrer une ou deux morceaux injectant un gain d’hétérogénéité dans le banal.

Il y a dans cette musique comme une angoisse du vide, comme s’il nous dardait du regard, sans fard. De phare, nous n’en n’avons plus. Le paysage est beau et désolé, il s’excuserait presque de sa banalité s’il le pouvait. Cette contrée a le ventre vide, souffrant d’un trop-plein dont il lui manque les mots. Société Étrange nous les refusera. Quant aux titres, ils semblent nus, énigmatiques, donnés au gré de l’aléa. Au niveau de la Place Saint Bruno, un petit monsieur tassé passe, comme chaque jour à 8h04, réglé comme un coucou. A t-il un proche qui pense à lui ? Il disparaît dans la rue, sa petite allure rapetissant jusqu’à devenir un point. Cette Société Étrange est pleine de suspension… Elle réussit à perpétuer l’hypnose, une sorte de stase dub similaire à celle ressenti avec la techno ambiant d’ugne&maria, pour mieux nous la révéler, dans ce langage mystérieux uniquement composé de notes. En cela, le groupe justifie parfaitement son nom.

société étrange | heat @ gonzaï (fr)

Société Etrange souffle un vent de chaleur sur le monde normal

Alors que prolifèrent les générations de contenus et de mots automatisés, il n’a certainement jamais été aussi anormal de composer des musiques instrumentales racontant le monde sans rien dire. C’est là que les Lyonnais de Société Etrange entrent en action avec un troisième album fondamental : Heat.

Depuis déjà plus de dix ans, le trio discret derrière Société Etrange réussit cette exploit de se frayer un chemin sinueux dans la musique dite instrumentale en possédant ce double atout rare de ressembler à un gang de serial killers lorrains extirpés d’un épisode de Faites Entrer l’Accusé, mais aussi d’être capable d’en écrire le générique. Un EP, deux albums et le tube de l’été 2022 que personne n’a entendu (La rue principale de Grandrif) : une ligne droite se dessine, voire un début de discographie solide confirmée avec ce troisième album Heat qui n’a a priori rien à voir ni avec le film de Michael Mann, ni avec la crème auto-bronzante. Encore que : en prenant le disque par la fin avec la plus belle réussite du disque (Fitfh et ses 8 minutes de nappes électroniques à la Principles of Geometry), le groupe le plus taiseux du circuit offre une fin alternative à la scène de duel entre Robert De Niro et Al Pacino sur le tarmac de l’aéroport, et se place sans difficultés dans l’interstice entre Brian Eno, Moby, Passengers (le projet secret de U2) et le Kronos Quartet ; pour ne citer que quelques uns des artistes présents sur la bande originale dudit film.

Do heat yourself

Soutenu et co-financé par la Région Auvergne Rhône Alpes, peut-être tenue d’une main de fer par un fan de Tangerine Dream ou de France, Heat ne réchauffe pas vraiment l’auditeur ; et l’inverse n’est pas plus vrai. Pendant ces belles 43 minutes, c’est un temps ralenti et étiré comme Elastic Man qui se joue ; une espèce d’outre-dub introspectif dont on est à peu près sûr que contrairement aux disques de Pierpoljak, il traversera les décennies sans rien perdre de sa force.
Au grand remplacement, le vrai, celui des musiciens par des robots algorythmés, Société Etrange oppose donc un réchauffement mélodique où le minimalisme élégant justifie toutes les notes jouées ; toutes les intentions, toutes ses références cachées. C’est d’une telle beauté primaire que dans un monde où une Brigitte Macron peut devenir DJ, où Gims se retrouver impliqué dans un trafic international à plusieurs millions d’euros et où Justin Bieber se faire payer 10 millions de dollars pour diffuser des vidéos YouTube à Coachella, la société qui dérape jusqu’à devenir malade n’est pas forcément celle que l’on croit.

Au rythme où vont les choses dans ce groupe de kraut-mou, Société Etrange devrait aborder les années 2030 avec optimisme : tout se sera pété la gueule mais eux disposeront d’une série de disques notables sur l’étagère, dont ce Heat, parfait pour cajoler l’âme au moment du grand hiver nucléaire.

Société Etrange // HEAT // co-production Bongo Joe, Carton Records & Standard In-Fi
https://societeetrange.bandcamp.com/album/heat

société étrange | heat @ section26 (fr)

Société Étrange, Heat (Carton Records)

par Renaud Sachet
Publié le 8 avril 2026

Musique instrumentale de pleins, de déliés et de vides, cette Lyonnaise des eaux troubles nous plonge dans un monde de l’attente : d’un trajet sur une route de montagne, d’une planque dans un quartier chelou, d’une salle du même nom d’un dentiste ou d’un doc, d’un rendez-vous dans un café désert, d’une journée fériée… C’est tout un univers cinétique quasi immobile qui s’ouvre dans sa lenteur et sa masse, devant nous.

Musique mentale qui met même le suspens en suspension : on prie pour un dénouement, il n’arrive jamais, puis de guerre lasse, on tombe dans l’hypnose de cette batterie-basse, recouverte de couches électroniques transparentes comme une fine couverture qui en épouserait les contours saillants. Il y a du dub dans la profondeur des échos et des reverb, il y a de la b.o. dans les lignes de basses inquiétantes et les hooks de synthé au ralenti : l’ennui et les kilomètres de musiques d’illustration audiovisuelle privées de leur support, métamorphosés en accomplissement transcendantal, ce grand truc français qui anime Zombie Zombie aussi – se transforment en sentiment concret, en appréhension du temps qui s’écoule et qu’on peut enfin saisir entre nos vieux doigts.

C’est ça, Société Étrange, une horloge intime mise en branle par trois musiciens mutiques, une animation du silence où chaque son est respecté, jamais parasité par son voisin. Comme des tableaux lumineux aux reliefs apparents et précisément détourés au fond d’une échoppe improbable, les plages semblent défiler comme par un tour de magie, alors que c’est juste un jeu de lumière qui imite le mouvement. Un diaporama où l’immobilité semble s’animer, par des tous petits motifs qui scintillent, s’allument et s’éteignent et provoquent une illusion d’optique. C’est de la dentelle, du micro détail qui demandent à l’oreille de chausser des loupes, mais le plaisir vient de cette nécessité de rester attentif à toutes ces variations extrêmement courtes qui jamais ne saturent l’espace. L’extase est au bout du chemin, d’ailleurs quand le disque s’arrête, le silence insupporte. Bon signe, ça.

société étrange | heat @ loop musikzeitung (ch)

de:
Der zweite Track, «Place Saint Bruno», ist ein kleines Mirakel: Neun Minuten lang schlängeln sich Schlagzeug, Bass und Synthesizer durch ein Gewirr an Grooves und Sounds wie durch die malerische Altstadt Lyons in der Morgendämmerung. Vordergründig mag das gleichförmig klingen, doch dank subtiler, kaum wahrnehmbarer Variationen und Verschiebungen erzeugt «Place Saint Bruno» Spannung und beschwört Bilder wie ein gelungener Soundtrack. Société Étrange, das Trio aus Lyon, bleibt auf dem dritten Album «Heat» seinem Ansatz treu: repetitive, minimale Instrumentals, die ihre Wurzeln in der experimentellen Elektronika deutscher Formationen wie Cluster und Neu! haben, in den verhallten Räumen des Dub und den Wiederholungen der Minimal Music. Auf «Heat» macht das Trio einen Schritt vorwärts in Richtung Pop: Die Tracks klingen melodiöser, die Rhythmen sind verspielter, die Loops lichter und die Atmosphären kinematografischer. Interessant ist dabei die doppelte Rolle des Basses: Er verleiht den Tracks ihren Puls und schmückt sie gleichzeitig mit melodischen Elementen, während Schlagzeug und Drumcomputer fremdartige Beats zum Schwingen und Klöppeln bringen, derweil die Synthesizer die Soundgemälde mit warmem Zirpen und Zwitschern ö&nen und «Heat» zur auralen Delikatesse machen.

fr:
Le deuxième morceau, « Place Saint Bruno », est une petite merveille : pendant neuf minutes, batterie, basse et synthétiseur serpentent à travers un enchevêtrement de rythmes et de sonorités, comme dans la pittoresque vieille ville de Lyon à l'aube. À première vue, il pourrait sembler monotone, mais grâce à des variations et des changements subtils, à peine perceptibles, « Place Saint Bruno » crée une tension et évoque des images à la manière d'une bande originale réussie.

Société Étrange, le trio lyonnais, reste fidèle à son approche sur son troisième album, « Heat » : des instrumentaux minimalistes et répétitifs qui puisent leurs racines dans l'électro expérimentale de groupes allemands comme Cluster et Neu!, dans les espaces réverbérés du dub et dans les répétitions de la musique minimaliste.

Sur « Heat », le trio fait un pas de plus vers la pop : les morceaux sont plus mélodiques, les rythmes plus ludiques, les boucles plus légères et les ambiances plus cinématographiques. Il est intéressant de noter que la basse joue un double rôle : elle donne aux morceaux leur pulsation tout en les embellissant d’éléments mélodiques, tandis que la batterie et la boîte à rythmes font vibrer et cliqueter des rythmes étranges, tandis que les synthétiseurs ouvrent les paysages sonores avec des gazouillis et des pépiements chaleureux, faisant de « Heat » une délicatesse auditive.

société étrange | heat @ novaradio città futura (it)

Le Selezioni Musicali del Martedì – 3 marzo 2026

Le Selezioni Musicali del Martedì, lo spazio in cui la ricerca è il motore e la musica è al centro, senza distinzioni di genere o epoca, con scalette sempre aggiornate, tra ultime uscite e ristampe, nuove leve e artisti di culto.

Playlist:

Delvon Lamarr Organ Trio – Chicken Leg
Memorials – Dropped Down The Well
The Saxophones – Winter Moon
Green-House – Under the Oak
Société Étrange – Heat
Goon – Atrium
TVAM – The Haunted
Poison Ruïn – Hymn From The Hills
Civil Partnership – Arnold
A Place To Bury Strangers – Acid Rain
EXEK – Spotless
Nothing – The Rain Don’t Care

société étrange | coquet @ section 26 (fr)

LA PLAYLIST DES NOUVEAUTÉS DE FÉVRIER 2026
par
Coralie Gardet

Publié le 1 mars 2026

25. Société Etrange, Coquet (Carton Records/Bongo Joe)

Tour de chauffe des post-rockers sans voix de Société Etrange avant la sortie le 27 mars de leur nouvel album Heat. Post, avant, pas rock, il y a toujours ce charme étrange du vague dans cette mixture instrumentale qui fait la part belle à une sorte de non-résolution : les gens de Lyon nous laisse de l’espace pour nous projeter dans leurs boucles, à nous de savoir si on danse dans une boîte de nuit un peu cheloue tricarde à la SACEM, assis devant un film muet gonflé par un funk sous anxyolitique ou vers à la main de vin blanc pétillant au vernissage d’un FRAC un peu déglingo qui programmerait ce trio de jazz non-jazz. A toi de choise ! (RS)

société étrange | coquet @ novaradio città futura (it)

Le Selezioni Musicali del Martedì – 3 febbraio 2026

Le Selezioni Musicali del Martedì, lo spazio in cui la ricerca è il motore e la musica è al centro, senza distinzioni di genere o epoca, con scalette sempre aggiornate, tra ultime uscite e ristampe, nuove leve e artisti di culto.

Playlist:

TVOD – Super Spy (live)
Ty Segall – L.A. Woman (live)
Société Étrange – Coquet
Green-House – Farewell, Little Island
Dialect – Sky Receiver
Tobacco – Step Animal
Mandy, Indiana ft. Billy Woods – Sicko!
RIP Magic – 5words
Walter Verdin / Peaking Lights – Miminalize
Exek – Arrivederci Back Pain
Weird Nightmare – Might See You There
Rolling Blackouts Coastal Fever – Sunburned in London
Beck – Michelangelo Antonioni

société étrange @ bandcamp daily

Earlier this year, a mysterious record appeared seemingly from out of nowhere, with music that could well have come from the post-punk scene of the early ‘80s, and enigmatic cover art to match. The album was credited to Société Étrange (Strange Society), and its songs landed somewhere between the dubby punk of This Heat, the kosmische of Cluster, and the kind of early ‘80s oddity that would be re-issued by the label Minimal Wave.

In fact, Chance was the second release by a new French group whose brilliant debut Au Revoir, had gone pretty much unnoticed outside of the Lyon scene from whence it emerged. Société Étrange (originally La Société Étrange) began in a Lyon squat located on the tree-lined Passage Gonin on the banks of the Rives de Saône in the north of the city. It was there that Antoine Bellini—who handles the electronic elements of Société—and his old friend Romain Hervault, who handles the bass, lived in a communal household of artists and musicians. “We found this great place and built our studios and art space there,” says Bellini. “There was a big group of people living there. We had a room that was about 100-meters square where we would have performances and exhibitions.”

Rehearsing and performing within this community provided the perfect environment for a group like Société Étrange to take shape. “I’ve always seen myself more as an artist than a musician,” says Bellini. “And it’s very important for us as inspiration for our daily lives to be amongst all these different art forms.”

Also living in the house was a conceptual artist named Lou Masduraud with whom Bellini began collaborating on sound installations and experimental performances. It was thanks to another artist friend that Bellini and Hervault found the name for their band. “‘Société Étrange’ came from an art project by a friend who was building this huge structure, like a big boat, that people could live in, like some kind of utopian community,” says Bellini. “We were very close to this friend, so we asked him if we could use that name and continue his idea of utopia through our music.”

Au Revoir was released as a 10” in 2015 by S.K. Records. The small indie label was set up in 1998 as a platform for Lyon’s DIY community and featured releases that ranged from the avant-garde hip-hop of Rature to the electronic prog rock of Deux Boules Vanille. “When we started, we had no intention of releasing anything,” says Bellini. “We just enjoyed our playing together. But then our friend Nico at S.K. said, ‘You should release a record.’”

The duo’s debut was indebted to the funkier side of industrial music, as well as the trancier end of the German kosmische scene. “We listen to so many different types of music, and all that filters in,” says Bellini “everything from Throbbing Gristle to early Plastikman,” says Bellini.

Another resident of the Passage Gonin house was a musician named Jonathan Grandcollot, a member of the avant-garde band Pan Pan Pan, who rehearsed at the squat. Grandcollot would eventually become an integral member of Société Étrange, his drumming steering the group into a more rhythmic direction.

After a few years spent playing live and developing their new sound, the trio released Chance earlier this year on Bongo Joe in collaboration with Standard in-Fi. Here, Société Étrange’s post-punk tendencies collide with ‘90s post-rock (think early Tortoise), going deeper into the dub that gives their music space and texture. (“I love using a lot of echo pedals in the studio,” says Bellini.) Check the opener “La Rue Principale de Grandrif” where Hervault’s woozy bass and Grandcollot’s agitated drums swirl around in a sea of reverb and effects.

As they begin work on material for their next album, Bellini reflects on the creative process that keeps their music moving forward. “We usually start out with a rough plan of what we want to make, then sketch it out a little bit in rehearsal before we start to play it directly live,” he says. “And so a lot of the tracks are actually composed live, so it’s quite improvised. Sometimes it works for the best and sometimes for the worst. But it always means things evolve.”

société étrange | chance @ backseat mafia (uk)

Though long established in the Lyon post punk/electronic scene, Societe Etrange look set to extend their wavelength with a pulsating new album ‘Chance’ (available on Bongo Joe March 4th onwards). Evolving from the partnership of Antoine Bellini (electronics) and Romain Hervault (bass), the music of Societe Etrange has been oscillating within their city’s cluster of collectives and creatives for over ten years now. Their previous LP ‘Au Revoir’ emerged way back in 2015 focusing on the motoric and minimal with Alan Vega/Martin Rev undertones but now ‘Chance’ looks set to up the ante. With percussionist and electronic musician Jonathan Grandcollot joining the group, the Societe Etrange sound has lost none of its fierce independent edge, just gained more dynamic possibilities.

It’s a record that depends less on the mesmeric but more on surging post rock heftiness, spikey post punk rhythms and the powerful undertow of dub electronics to push the six tracks over some imagined industrial hinterland. The entrance to Societe Etrange’s otherworld is via ‘La Rue Principale De Grandrif’, a bustling thoroughfare alive with shadowy basslines, clattering beat mechanics and minimal guitar coding. The track oozes atmosphere as it descends through some cavernous electronics before resting somewhere darker. From then the five instrumental components that combine to make ‘Chance’ unwind with a sense of purpose and coherence that elevates the trio’s sound beyond any sprawling anonymity.

Take ‘Nute’ as a prime example. Resolutely built around an expectant synth melody with Kraftwerk sensibilities and agile non-rock percussion, Societe Etrange show they have an intuitive grasp on the power of repetition. Here is a band that can take a theme, extend it, stretch it then distort and disconnect it, before returning to the starting point for the final push. Want proof then check ‘Nute’s’ prolonged key changing mid -section, all dub swirls and thuds, before its ascent back to the main hook – crowd pulling stuff.

Then there’s the angular urban-noir ‘New New York’ that skulks around to the judders of reverberating synth chords and drummed kinetics. As ominous as Martin Rev’s cityscape music, the band fearlessly lead the track underground with a prolonged climb down through the dub sub-strata. Audacious and incredibly effective, ‘New New York’ demonstrates a sense of detail with its deftly placed tambourine chinks and flute squeaks, reminiscent of This Heat at their most forensic.

Such an attuned dub aesthetic is a significant contributor to the Societe Etrange sound. ‘Sur La Piste De Danse’ takes that vibe deeper and lower with Hervault’s minimal bass booming upfront while Grandcollot’s drum patter adds some exotic warmth. It’s not surprising that co-founder Antoine Bellini has spoken of the band’s music being elevated by their newest member’s arrival. The rhythmic element on ‘Chance’ makes so much more than a beat making contribution. Grandcollot’s drumming adds colour and interest, light and shade, atmosphere and anchorage. Think the Jacki Liebezeit/Charles Hayward school of kit-work or a contemporary parallel in Valetina Magaletti’s work with Vanishing Twin and Holy Tongue. That versatility is pivotal to the sultry ‘A L’interieur Au Numero 97’ where a relaxed samba disguises a deceptively complex musical weave. Stabbing buzz-saw synth shapes, modular bleeps, root note bass, hissing hi-hat and supple conga pulses lock and bond to make an effortless meandering whole.

Maybe it’s at these moments, when experimental fluidity and defined structures combine, that Societe Etrange are at their most potent. Closing tune ‘Futur’ certainly lobbies hard in favour of that proposition with some immaculately controlled pace and drive. Call it anthemic, call it a ‘banger’, call it whatever, this is music that has a joyous uplift from the moment the highlife bass conjures up those harmonics, all the way to the tumbling drum play out. The track also stands as a fitting coda to an album that for all its energy and abstraction still reaches out and connects. For Societe Etrange to have achieved this on ‘Chance’ is not, despite the record’s title, lucky. ‘Chance’ is the result of natural chemistry, shared experience and inspired musical judgement.

société étrange | chance @ beats per minute (uk)

After a debut LP cheekily titled Au Revoir (“goodbye”) released on S.K Records back in 2015, Lyon-based trio Société Étrange is back with a brand new full-length. Composed of “6 love songs without words,” as the Bandcamp liner notes describe it, Chance is a captivating trip throughout the experimental terrains of new French kraut composed entirely in the studio. The album is now available via Swiss label Les Disques Bongo Joe in digital, vinyl, and CD formats.

société étrange | chance @ benzine (fr)

Amateurs de musiques aventureuse et non linéaires, cette sortie est faite pour vous. Il s’agit du nouvel album du trio Lyonnais Société étrange. Après Au revoir sorti en 2015, le groupe continue de s’inspirer des musiques expérimentales des années 70 et 80 pour composer des titres instrumentaux à partir de sonorités électroniques, de basse et batterie et de boîte à rythmes. Le résultat donne un disque difficile à ranger dans une case, qui doit autant au post-punk des années 80 qu’au post-rock de Chicago des années 90… Avec en plus une petite touche dub ici est là. (Les Disques Bongo Joe / L’Autre Distribution) – écouter

société étrange | chance @ lit zic (fr)

Avec un style qui rassemble tout un tas de vibes tel que l’expérimentale, le stoner, la lounge, sans oublier son côté jazz, Société Étrange est définitivement un coup de cœur. C’est tout un voyage musical. Ce groupe a une formidable capacité à instaurer une atmosphère relaxante qu’il s’amusera à délicieusement distordre pour nous offrir une véritable expérience sonore nous invitant à lâcher prise et à adopter leur tempo si bien mené. Pour vous donner une idée, leur album CHANCE est composé de 6 pistes :

1- La rue principale de Grandrif

2- Nute

3- New York New York

4- Sur la piste de danse

5- A l’intérieur au numéro

6- Futur

Leur son nous invite à un voyage introspectif, presque onirique. Avec leurs percussions rythmant à merveille des distorsions sonore épatantes, ce groupe nous transporte dans des recoins inattendus de notre imagination. Mais si vous savez bien, là où on peut trouver des artistes comme Salvador Dali, Lewis Caroll (Alice au pays des merveilles)… si on veut imager le sentiment que peut provoquer leur musique.

Opposés et complémentaires.

On retrouve des sons très opposés, pourtant complémentaires. Chaque instrument a sa place et dispose de plages d’expression qui finissent par s’entrelacer avec douceur. Leurs percussions offrent une lueur tribale sur la sonorité de certaines musiques.

Grâce à une introduction qui a du swing, on nous entraîne à la poursuite d’un lapin blanc. Ce dernier nous invite à tomber avec Alice dans son terrier sans fin menant au pays des merveilles. C’est un lieu étrange où la matière se tord au rythme de la musique.

Tandis qu’une guitare viendra fendre d’un grave et retentissant grondement le nuage musical des percussions, nous évoluerons vers une jungle de sons plus apaisés avec le titre NUTE. Nous nous retrouvons au milieu d’une course effrénée contre-la-montre, entre une basse et une batterie voulant guider le rythme, pour notre plus grand plaisir dans leur titre FUTUR qui clôt leur album.

Au casque.

Notre recommandation est simple : se munir d’un casque audio pour profiter au maximum de la réverbe car elle offre une subtilité et un corps particulièrement dense à l’ambiance générale, un régal. Ce genre de son peut être apprécié en solo en duo ou lors d’une soirée : un magnifique moyen d’éveiller les sens des invités. Et si en plus vous êtes amateurs de jeux de société ou de rôle c’est votre jour de chance car cet album saura, selon nous, offrir une atmosphère envoûtante.

Vous pouvez les retrouver sur leur bandcamp et sur facebook, leur album CHANCE paraîtra le 4 mars 2022, il est déjà disponible en précommande sur leur site.

société étrange | chance @ silence and sound (fr)

L’album de Société Étrange, résonne comme un instantané de notre époque, collapsant avec une partie de l’histoire de la musique.

Avec Chance, dub, krautrock, cold wave, post-punk, psychédélisme, étirent leurs vibrations sur des horizons brumeux où les réverbes tournent à en perdre le fil, laissant les rythmes dériver vers des sphères aux limites indistinctes.

Le trio compose une musique instrumentale aux loops entêtants, downtempo déviant à la lueur vacillante. Dans un minimalisme racé, Société Étrange joue avec les nuances, élargit sa palette avec discrétion mais assurance, plantant la rondeur de ses basses dans des tempos à la martialité presque mécanique, auréolé de sonorités électroniques à la fugacité poétique. Superbe.

société étrange | chance @ melomania (uk)

The 2020’s have seen a major comeback in artists chasing after that danceable but experimental Downtown NYC 81 sound. Societe Etrange is a gauzy, dubby, slightly motorik revamp of ESG (but more laid back on “La Rue Principale de Grandrif”) and Liquid Liquid (heavy rubbery bass on “Sur La Piste de Danse.”) Their synth sounds are strangely subtle and the best tracks (the closer “Futur”) oozes out of your speakers without announcing itself. Six hypnotic songs (that pitch blend on “Nute” is made for someone’s druggy dreams) that make you listen closely.

société étrange | chance @ gonzaï

Une plaque de vomi bicolore recouvrant un lingot d’or ayant transité par l’Allemagne et les Tropiques. A regarder ce qui s’apparente à l’une des pochettes les plus laides de l’an 2022, c’est la première image qui vienne à propos de « Chance », deuxième album du groupe Société Étrange fraichement publié chez Bongo Joe et qui, en seulement 6 titres, redonne à la transe ses lettres de noblesse en lorgnant plus du côté de CAN que du côté des cracheurs de feu altermondialistes.

Que penser d’une société où les gens pédalent dans des gares pour recharger leurs smartphones ? Et d’une époque où une partie importante de la population refuse préfère mourir que de se faire piquer de peur de se faire inoculer la 5G ? Et que penser de ces esthètes de l’orthographe qui écrivent sans trembler « comme même » ? A toutes ces épineuses questions, le désormais trio de Société Étrange répond, si ce n’est avec du silence, du moins un mutisme éloquent. Des paroles, sur « Chance », il n’y en a pas. Du rythme, du groove blanc, des longues phases d’incantations parfaites pour la morning routine des instragrameurs accros au crack (ça doit bien exister), ça en revanche, c’est un peu le manifesto de ce deuxième album en dix ans d’existence pour un groupe occupé à prendre son temps dans les sous-sols de l’industrie du disque français.

On ne s’étendra pas en longueur sur le « pari esthétique » de la pochette de « Chance » ; le résultat étant peut-être destiné à saloper les bibliothèques Ikea des 1000 audiophiles fans d’anarchisme à la limite du terrorisme. La vérité est à l’intérieur, comme disait Mulder à Scully dans un épisode X de X-Files. La vérité, ce sont donc 6 pistes chamaniques qui rappelle que lorsqu’il est question d’installer des ambiances oscillant entre l’inquiétant et le jouissif, Société Étrange apparaît en première page de l’annuaire. « Allo, j’aimerais la bande-son imaginaire d’un téléfilm allemand qui se passerait dans les égouts avec John Carpenter dans le rôle du plombier ». Aucun problème, voici La Rue Principale de Grandrif. « Bonjour, j’ai besoin en urgence d’une musique d’attente téléphonique pour ma startup spécialisée dans le sacrifice humain ». Qu’à cela ne tienne, il y a New New York. On ne va pas faire toutes les pages comme ça, mais « Chance » est l’un de ces rares albums contemporains réussissant à passer entre les gouttes du médiocre et de l’inaudible pour proposer une update krautrock ambitieuse sur un mid-tempo constant, et sans jamais s’écarter de ce rythme lent-hypnotique où tout semble avancer à la même vitesse ; à la manière d’une ballade dominicale sur l’autoroute avec des zombies de chaque côté de la voiture.

Est-ce du Beak passé au ralenti, ou un hommage à Phantom Band, le projet proto funk dub du batteur Jaki Liebezeit publié en 1980 sur les cendres de CAN ? Un peu des deux, surement, voire pas du tout. Et « Chance » de rappeler qu’avant l’objectif commercial et réputationnel, un groupe dit underground se doit avant toute chose, à l’heure TikTok, de creuser la marge pour en faire sortir discrètement du sang, comme on expulserait du pus d’un bouton.

On ne s’avancera pas trop sur le groupe sanguin d’Antoine Bellini Romain Hervault et Jonathan Grandcollot – les trois larrons derrière ce disque sans faute – mais il coule assez de bizarrerie dans leurs veines pour qu’on ait envie de retourner le monde à l’envers, et que cette étrangeté-là devienne la norme. On s’amusera, au passage, que cet Ovni discal sorte chez les Suisses de Bongo Joe. Comme quoi, on peut venir d’un pays de banquiers adeptes de neutralité, et pourtant oser une radicalité si belle que la majorité des mauvais danseurs français n’y comprendra rien.

Société Étrange // Chance // Bongo Joe

https://societeetrange.bandcamp.com/