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3 septembre 2026 /
Hassan K.
“Gharbzadeh” (Carton records)

rédigé par gdo

On a tous connu ces attractions foraines où l’on monte en pensant passer un bon moment avant de comprendre, une minute plus tard, que le responsable de la sécurité est probablement parti déjeuner. Gharbzadeh procure exactement cette sensation. Ça secoue, ça cogne, ça désoriente. On en ressort avec les jambes flageolantes et cette légère nausée qui accompagne parfois les expériences dont on ne sait toujours pas si elles nous ont procuré du plaisir ou si elles nous ont simplement survécu.

Le projet d’Hassan K., alter ego du Franco-Iranien Keyvane Alinaghi, ne cherche jamais à faire cohabiter paisiblement les styles. Il les percute de plein fouet. Les senteurs orientales tentent de conserver leur équilibre au milieu de rythmiques tapageuses, de guitares sauvages qui semblent perdre une roue à chaque virage, d’électronique bondissante, de métal, de math rock, de surf music iranienne et d’une multitude d’accidents sonores qui ressemblent parfois davantage à un chantier en activité qu’à un studio d’enregistrement. Pourtant, derrière cette apparente anarchie, le disque raconte autre chose : un pays traversé par les fractures de son histoire, pris entre héritage et occidentalisation, sans jamais transformer son propos en leçon de géopolitique. L’impression dominante reste celle d’un gigantesque grand huit musical. Chaque morceau ouvre une nouvelle porte, souvent pour la refermer avec fracas quelques secondes plus tard. (Baba Karam) constitue sans doute le point culminant de ce pilonnage en règle. Tout semble vouloir s’y entrechoquer dans une euphorie quasi incontrôlable, comme si chaque instrument cherchait à raconter une histoire différente sans jamais accepter de céder la parole. Le plus déroutant demeure cette capacité à faire dialoguer des mondes qui, sur le papier, n’auraient jamais dû partager la même pièce. Ici un violon espiègle vient provoquer des guitares déraillées, là des pulsations techno rebondissent sur des rythmiques traditionnelles avant qu’une déflagration métallique ne vienne remettre les compteurs à zéro. Hassan K. refuse obstinément le folklore de carte postale. Il préfère bousculer une culture millénaire au contact des sons d’aujourd’hui plutôt que de la figer dans une vitrine.

Douze morceaux plus tard, difficile pourtant de prétendre avoir trouvé le fil conducteur. Ou plutôt, il existe bien un fil, mais il s’emmêle volontairement entre les jambes de ce mariage improbable entre Moyen-Orient, rock, électro, métal et expérimentations bruitistes. La cohérence semble parfois portée disparue, remplacée par une fuite en avant permanente où chaque idée chasse la précédente avant même d’avoir totalement existé.

C’est probablement ce qui divisera. Certains parleront d’un laboratoire sonore fascinant, d’autres d’une indigestion en règle. Pour ma part, je me situe quelque part entre les deux. J’admire profondément la liberté de ton, l’absence totale de compromis et cette volonté de ne jamais folkloriser les racines iraniennes du projet. Mais j’aurais parfois aimé que ce train fantôme ralentisse quelques instants pour me laisser reprendre mon souffle avant de repartir de plus belle. Un disque qui ne demande pas simplement d’être écouté. Il exige qu’on accepte de perdre l’équilibre.