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simon henocq
— chronique


par guillaume malvoisin
photo © COAX

cet article est extrait du numéro 9 de notre revue papier

Simon Henocq électronique
Luca Ventimiglia électronique (tr. 8)

carton records
avril 2025

Il y a des dissolutions qui réussissent mieux à certains qu’à d’autres. Pour Simon Henocq, c’est certain. Sa musique, au « langage physique et instinctif » revendiqué, fait même de la dissolution une pratique aussi familière que pourrait l’être le simple geste d’ouvrir la cabine d’une douche pour vous et moi. Sans faire le zouave avec les épithètes, c’est important de remettre sur l’établi des notions comme le liquide, le familier et le dissolu pour évoquer We Use Cookies, dernier disque d’Henocq. Pilier du Collectif Coax, militant olympien, artiste bruitiste, l’électronicien délicat pousse un peu plus loin l’intimité du désordre. Liquide, la musique qui s’écoule de We Use Cookies l’est d’évidence. Organisée en couches fluides et multiples, avançant dans une progression régulière au fil des 10 plages du disque, à la cohésion impressionnante, malgré les sautes d’humeur et de dynamique. Ainsi, Kill Switch perturbant jusqu’à s’en faire le promontoire, les traitements d’Argile, track précédent. Ainsi chaque pulse sonore est propulsé par l’idée qui la suit, sans s’effacer mais en se dissolvant, avec ce qui ressemble au bonheur, dans les idées suivantes. We Use Cookies devient alors un artefact de sédimentation sonore, une action qui doit être autant plaisante à entendre que fascinante à voir.
Mais la dissolution, radicale et brutale, à l’œuvre dans le disque, travaille, par ailleurs, un supplément au simple jeu de tension/pulsation. Et c’est là que la familiarité entre en action. Le sonore de We Use Cookies pourrait se faire aussi accueillant qu’un bureau de vote un matin de dissolution inopinée. Pourtant, ce qui est joué et se joue dans ce disque relève moins de l’étrangeté que de l’évidence. Laissant la stratégie du chaos à quelque vieux stal’ en campagne, Simon Henocq joue le jeu de la noise en rendant les sons « à leur état sauvage » comme le formulerait Catherine Guesde, sans les perdre de vue pour autant. Son instinct le pousse à canaliser cette sauvagerie pour non pas la ramener du côté de l’apprivoisé mais sur le terrain du sublimé, ouvrant des passages audios impressionnants, comme cette bascule de la fin de S.T.I.R. Moins dissoute que magnifiquement dissolue.

reviewSeb Brunsimon henocq, wuc
simon henocq | we use cookies (live) @ pointbreak (fr)

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7.02, biennale souffle
ici l’onde – cncm
— chronique


par Selma Namata Doyen
photo © ici l’onde

Le cadre est posé d’emblée et se construira peu à peu. : We Use Cookies est une forme articulée en séquences nettement dessinées, avec ses paliers d’intensité, ses suspensions, ses fractures. Joie intime, Simon Henocq en donne la première version jouée sur acousmonium. Son écriture reste au centre des enjeux mais trouve un espace d’interaction supplémentaire à ce qu’on a pu entendre sur disque. Nouvel espace particulièrement fin, trajectoire sonore rigoureuse. Des blocs électro-noise compacts, saturés, presque abrasifs, cèdent la place à des étendues plus aérées où chaque grain, chaque vibration devient perceptible. Henocq travaille la durée avec une précision d’orfèvre : il installe une boucle, la laisse proliférer, s’éroder, muter. Puis bascule. Pas d’effet gratuit — les transitions structurent réellement le parcours. La partition existe, tangible. Pourtant, elle respire. Certaines sections s’allongent, d’autres se resserrent selon l’énergie du moment. À plusieurs reprises, une tourne se stabilise, permettant au musicien de se mettre en retrait, d’écouter comme un·e auditeur·ice parmi d’autres, d’ajuster imperceptiblement. Cette vigilance fait partie intégrante du dispositif : la composition n’est pas figée. Elle avance. Mieux, elle se déploie. La spatialisation sur l’acousmonium Alcôme, assurée par Armando Balice, reste secondaire dans la hiérarchie des enjeux musicaux, mais elle sous-tend avec force la réussite de représentation. Elle impressionne, au sens premier du mot, par sa précision. Les masses circulent, les impacts surgissent latéralement, certaines fréquences enveloppent littéralement le corps. À chacun·e son degré d’abandon : hypnose pour certain·es, contemplation pour d’autres. Henocq demeure, quant à lui, intensément connecté, à son set comme à la salle. Charisme discret, nonchalance apparente, bienveillance tranquille — et concentration totale. Une tension traverse l’ensemble — brute et scintillante à la fois — comme le pigeon mort et pailleté d’or fin de la pochette du disque éponyme de ce set : image dérangeante et brillante, trivialité assumée, éclat inattendu. La musique tient ce même équilibre. Ça cogne, ça irradie. On coche « accepter les cookies ».

reviewSeb Brunsimon henocq, wuc
simon henocq | we use cookies @ les inrockuptibles (fr)

Live techno renversant

De 19 heures à 23 heures, tout s’est passé dans la salle en sous-sol. Entièrement conçue pour l’acousmonium (ensemble de haut-parleurs) de la compagnie Alcôme, en lien avec le Conservatoire à rayonnement régional du Grand Chalon, la soirée a alterné diffusion de courtes pièces electro-acoustiques et live spatialisés.

Côté pièces, mention spéciale à Parturition (2026) de Aude Husson Patru, très puissante évocation sonore d’une mise au monde. Côté live, acclamation totale pour Simon Henocq, qui a sculpté durant près d’une heure sans temps mort un intense matériau électronique – tendance techno industrielle – avec autant de finesse que de vigueur. On recommande au passage fortement l’album We Use Cookies, sorti en 2025, qui constitue la matière première de ce live renversant. L’incontestable pic de la soirée et du week-end.

Le festival Souffle s’est déroulé du 30 janvier au 8 février 2026 à Dijon.