Posts in interview
emmanuelle parrenin | targala @ benzine (fr)

[Interview] Emmanuelle Parrenin (1ere partie) : une enfance baignée dans la musique

Il fallait bien à un moment s’interroger sur cette magie qui opère à l’écoute à chacun des disques d’Emmanuelle Parrenin. Il suffit de quelques échanges avec cette dame au charme radieux pour commencer à comprendre ce qui nous attire tant dans sa musique, un je ne sais quoi d’humanité profonde, de naïveté intacte, de fraicheur d’un regard comme celui d’une jeune fille qui pose un jugement incertain sur le monde qui l’entoure. Retour avec cette femme généreuse sur un parcours passionnant.

Emmanuelle Parrenin. a quoi a ressemblé votre enfance ?

Emmanuelle Parrenin : Je suis née dans une maison à Paris qui était de trois étages avec le quatuor de mon père et chaque élément du quatuor qui vivait avec sa propre famille dans cette même maison. Au dernière étage, il y avait encore le chef d’orchestre de la Garde Républicaine. Je suis dans cette ambiance de cacophonie. C’est en plus une maison où Maurice Ravel avait vécu. J’étais très sauvage, je passais ma vie dans un arbre du jardin qui me permettait de prendre une hauteur de vue. J’avais besoin de monter dans mon arbre un peu comme dans le désert où mes amis c’étaient le sable et le vent, dans mon enfance c’était un arbre. J’étais un peu sauvageonne, j’ai eu une enfance particulière car il y avait cette histoire de musique. Dans la maison, tout était en relation avec la musique, tout tournait autour des répétitions. Il y avait une entrée, à droite c’étaient les appartements de mon père, il répétait dans la véranda. A travers les portes fermées, j’entendais toujours de la musique. A gauche du hall, il y avait les appartements où il y avait ma mère, mon frère et moi. Ma chambre était dans un espace de passage où tout le monde passait par cette pièce. C’étaient des départs de tournées, de concerts. Toute la vie de la maison tournait autour du Quatuor Parrenin, quand j’étais toute petite, c’était l’époque de la création du Quatuor, la création d’une œuvre et d’un répertoire.

Ma mère était professeur de Harpe à Lille, elle ne m’a jamais enseigné la harpe, ce qui fait que je suis autodidacte à la harpe mais j’ai vu et entendu toute petite cet instrument. Ce qui fait que la position de la harpe classique, les élèves mettent un an pour l’acquérir, c’est inné pour moi parce que je l’ai vu et m’en suis imprégnée pendant toute mon enfance. C’est un peu pareil avec les musiques et les danses traditionnelles à l’époque dans les années 70, je les ai apprises en regardant, je n’ai jamais eu de professeur.

Quel serait le son qui vous ramène telle une madeleine de Proust à votre enfance, un rapport à un souvenir de la mémoire affective ?

Emmanuelle Parrenin :  C’est vrai que la musique de quatuor à cordes, les quatre cordes me met toujours dans un état qui me fait parfois pleurer. C’est un son qui ravive beaucoup de choses cette musique des cordes. Et puis il y a aussi le silence dans la musique, sans silence, la musique n’existe pas. C’est toujours après le son, dans ce que l’on pourrait appeler le silence que l’émotion arrive. Après la vibration du son, il se produit quelque chose dans le corps. Quand j’étais enfant, quand j’étais toute petite, il n’y avait pas beaucoup de lien affectif entre mes parents et moi. C’était une autre époque sans doute…Mon père répétait avec le quatuor à cordes toute la journée. Ma mère, dans sa chambre, mettait la radio et tout était basé sur ce que j’entendais. Ma respiration, ma manière de ressentir les choses passaient par là à travers les portes fermées de mon père ou le chuchotement ambiant de la radio de ma mère, j’ai traduit tout cela dans mon imaginaire et je crois que l’on en trouve encore aujourd’hui des traces dans ma musique. Prenons un exemple : Ma mère écoutait à la radio de la musique classique et il y avait toujours des applaudissements à la fin et pourtant j’ai assisté à des concerts de mon père où je participais à l’enthousiasme de la salle en l’applaudissant également. Jusque tard dans ma vie, quand j’entendais des applaudissements à la radio, cela me renvoyait systématiquement à la mer Cela a été sans doute une réponse à un grand manque affectif que j’ai ressenti, c’était une époque où tout tournait autour du garçon, de mon frère donc. Il y avait beaucoup de choses que je ressentais comme étant injustes mais la musique dans laquelle je baignais tout le temps m’évadait d’une certaine forme de souffrance. Je l’ai vraiment vécu de manière intense.

Avez-vous su quelle perception se faisaient vos parents de votre propre musique ?

Emmanuelle Parrenin : Ils n’ont jamais écouté. J’ai vu mon père qui est venu une fois à un de mes concerts, cela m’a beaucoup surpris. Peu de temps avant de mourir en 2010, il m’a dit qu’il m’admirait sinon ce n’était pas du tout pris au sérieux, j’ai fait mon truc dans mon coin. Je crois bien que Maison Rose, ils ne l’ont jamais entendu. J’ai dû leur donner le disque mais je ne sais même pas s’ils l’ont écouté. Je n’ai pas du tout prise au sérieux, pour eux ce n’était pas de la musique car je n’avais pas fait le conservatoire. Chez mon père, il y avait pas mal ce mépris pour cette musique non-savante, c’était moins le cas pour ma mère. Elle a fait de la variété, elle a tourné avec son quintette de harpes et elle faisait de la variété. Ma mère était à la limite plus ouverte.

J’étais enfant dans les années 70 et comme nombre de gens de ma génération, j’ai vécu un peu cette période par procuration et aujourd’hui le filtre de l’idéalisation a magnifié la chose. Qu’avait cette période que nous avons perdu aujourd’hui ?

Emmanuelle Parrenin : Pour moi, si je devais définir d’un mot cette période, ce serait assurément le partage. Les instruments, on les a redécouverts, on a réinventé comme on jouait car on n’a pas eu de professeurs et dès que l’on a su, on a tout de suite appris aux autres. Je dis « On » car on était une grande équipe. Le partage n’existe plus de cette manière, dès que l’on savait quelque chose, on le repartageait et c’était vraiment la base de cette musique traditionnelle qui est une musique de tradition orale. Dès que l’on savait quelque chose, on le transmettait aux autres et on jouait ensemble. Il n’y avait pas ces avis tranchés du genre « Toi tu appris la musique et toi non ».

En 1968, en suivant vos amis du Club Folk Le Bourdon, vous partez collecter des chants anciens. Qu’avez-vous retenu de ces expériences-là et en quoi cela consistait de manière pratique?

Emmanuelle Parrenin : Les collectages, j’en ai fait beaucoup et j’en ai fait avec des gens qui étaient bien plus calés que moi, qui étaient des ethnomusicologues ou des chercheurs au Musée de l’Homme alors que moi je n’étais rien du tout, mais c’était souvent moi qui créais le lien avec des gens inconnus parce que je n’étais pas une universitaire.  Et puis il y avait aussi des journalistes. Moi je n’avais qu’une envie : vivre à fond ce qui se passait au présent. Il y  a des gens beaucoup plus calés que moi sur les collectages car ils ont conservé la mémoire. Moi si l’on me chante un début de mélodie, j’ai tout ça dans la tête. On commence une phrase et je peux continuer la chanson. J’ai eu la chance de rencontrer ces vieilles personnes qu’on a collectées qui sont toutes mortes maintenant et c’est vrai qu’il y a une manière de chanter la musique traditionnelle, il y a quelque chose de brut. Ce qui m’intéressait le plus c’était de rencontrer des gens, rencontrer des musiciens d’autres cultures comme au Canada et de voir que l’on se retrouvait tous quelle que soit la culture avec cette tradition orale, de percevoir qu’à travers cette histoire orale, un fil nous reliait tous même dans le comportement.

Avez-vous le sentiment d’avoir fait partie d’une dernière génération de collecteurs ou pensez-vous que cela puisse encore exister de nos jours ?

Emmanuelle Parrenin : Dans les jeunes qui font du Folk, certains disent faire encore du Collectage, je pense que cela peut être quelque chose qui peut se perpétuer avec des choses très différentes. Ma génération de collecteurs a eu la chance d’être en contact avec ces personnes qui ne sont plus là. Je ne crois pas que cette tradition orale soit perdue vu qu’elle est reprise par une plus jeune génération. Toutefois, je crois avoir eu le privilège d’avoir fait partie de cette dernière génération de personnes à avoir pu accéder à ce type de collectage. Quand j’entends les générations actuelles parler de collectage, je suis un peu étonnée.

Pour revenir à mon expérience de collectage au Canada où je me suis rendue deux fois, à L’Isle-aux-Coudres. On arrivait et on ne connaissait personne, on parlait avec les gens et on leur demandait s’ils connaissaient un chanteur ou un violoneux. Cela se passait comme ça de manière très spontanée. En parallèle, on a rencontré Gilles Vigneault, ce genre de rencontres était organisé un peu avant. En France, c’était un peu différent comme on avait John Wright et Catherine Perrier qui connaissaient bien mieux que moi le milieu des musiques traditionnelles, ils connaissaient les noms de chanteurs, ils savaient créer les liens pour aller dans les lieux où existaient des chanteurs traditionnels dont il fallait collecter le répertoire.

Parler de John Wright et Catherine Perrier c’est forcément évoquer le Folk Club Le Bourdon. C’était d’abord un lieu, on a d’abord été Rue de la sourdière à Paris ou encore dans les locaux du Café de La Gare les soirs de relâche le lundi soir. C’était un club où l’on invitait des musiciens de partout, que ce soient des vietnamiens ou des africains. Il y avait une véritable ouverture, on ne parlait pas de « musiques du monde ». On était vraiment ouverts à tout. Ce n’était pas le même système que le Hootnanny qui était une sorte de scène ouverte très formatée où vous jouiez deux ou trois titres maximum dans un temps donné. Le Hootenanny de Lionel Rocheman nous a permis de tous nous rencontrer et m’a permis d’entendre une vielle pour la première fois mais ce que nous avons proposé avec le Bourdon c’était vraiment autre chose. Qui voulait jouer et chanter le temps qu’il voulait le pouvait sur la scène du Bourdon. Cela durait toute la nuit. L’air de rien, Lionel Rocheman a été une grande source d’inspiration pour ma génération avec son Hootenanny à l’American Center, Boulevard Raspail.

La tradition folklorique a été mise à mal par le Régime de Vichy qui l’a instrumentalisé pour glorifier une imagerie d’Epinal de la ruralité et du milieu paysan, ce revival Folk dans les années 70 est-il à comprendre comme une réaction contre cet état de fait ?

Emmanuelle Parrenin : Pour être franche, je ne me posais pas la question à l’époque. Il y avait un mouvement à l’époque qui contestait le chemin emprunté par nos parents. Je voulais trouver un autre chemin que celui qui m’était tracé. Il y avait quelque chose de politique dans notre mouvement sans même savoir qu’il l’était.

Pour comprendre ce mouvement folk des années 70, il faut sans aucun doute le percevoir sous trois dimensions, sociale, musicale et politique. Qu’en pensez-vous ?

Emmanuelle Parrenin : Il y avait vraiment ce besoin de changer tout. C’était social évidemment, c’était politique sans savoir que cela était politique et musical également car il y avait cette autre manière de concevoir la musique et ce partage dont je parlais qui était là comme socle.

C’est étrange qu’une grande partie de la contre-culture, de l’avant-garde est venue des musiques traditionnelles dans ces années-là non ?

Emmanuelle Parrenin : Pour moi, c’est même très logique, Finalement, les blancs d’Europe et d’Amérique du nord ont poursuivi avec le Folk ce que les noirs avaient fait avec le Jazz. Le Jazz est issu des gospels, des chants des Evangiles, vieilles matrices s’il en est et d’un retour aux racines africaines, aux pulsions tribales et ancestrales que le pouvoir blanc réprouvait. Le Jazz a révolutionné la musique et a été la grande avant-garde musicale du Vingtième siècle, le Surréalisme n’a cessé d’en célébrer ce que l’on appelait alors l’Art Nègre comme nourritures essentielles de l’avant-garde poétique, littéraire et plus largement artistiques. C’est toujours de l’apport des musiques traditionnelles qu’émerge une forme d’avant-garde selon moi.

Selon vous quels messages cette scène folk française cherchait-elle à véhiculer ?

Emmanuelle Parrenin : Nous n’avions pas de message au sens activiste du terme, je ne faisais pas de Protest Song et mon mode de vie n’a jamais été la revendication de quoique ce soit, autour de quelque programme que ce soit. Avec détermination, j’espérais peut-être contribuer à changer l’ordre des choses mais pas plus que cela. J’ai toujours tout fait pour sortir des sentiers que l’on m’avait balisé par avance et il se trouve que la conjoncture d’alors, mon tempérament et le hasard peut-être m’ont permis de vivre avec la liberté qui me convenait. Je n’étais donc pas dans la revendication de telle ou telle idée mais dans l’affirmation simple de ma manière instinctive et intuitive de vivre et de faire de la musique.

C’est sans aucun doute ce qui permet à vos disques des années 70 de rester actuels et de ne pas paraître datés non ?

Emmanuelle Parrenin : Certains disques que j’ai faits à cette période-là ont mal vieilli. Le risque de certains disques de cette période sont qu’ils ont été parfois malgré eux des instantanés de leur temps et n’ont pas résisté à un caractère éphémère. Château dans les nuages, ce disque que j’ai sorti avec Phil Fromont et Claude Lefèvre en 1976 était déjà différent des disques de l’époque et c’est son caractère expérimental qui lui permet de conserver une certaine pertinence, je crois bien.

Pourquoi ce mouvement a-t-il pris autant de force durant ces années-là selon vous et en ces temps où l’on voit les nationalismes réémerger, les musiques traditionnelles n’auraient-elles pas un rôle à jouer dans cette vision d’un régionalisme positif mais aussi dans cet échange, cette imprégnation qui ont toujours existé dans les musiques populaires et folkloriques, ce métissage en somme ?

 Emmanuelle Parrenin : Les années 60 ont été le début d’une prise de conscience mais aussi d’un dépassement entre progrès et tradition. Comme l’idée écologique qui a de plus en plus d’écho dans ces années-là dans le champ politique, dans le champ musical est proposé le même retour aux racines non pas dans une vision moribonde ou réactionnaire de la tradition mais au contraire de l’intégrer dans un processus de grand changement. Je suis d’accord avec la seconde partie de votre raisonnement. La musique traditionnelle peut absolument venir redorer le blason de vertus que l’on peut croire dépassées, sclérosées ou instrumentalisées aujourd’hui par des valeurs nauséabondes. Par ailleurs, je ne suis pas au parfum de tout ce qui se fait dans les musiques traditionnelles chez les jeunes aujourd’hui.  Il faut peut-être que je réouvre mes oreilles.

Qu’est-ce qui distingue une chanson traditionnelle d’une chanson populaire et qu’est-ce qui peut faire passerelle ou communauté entre ces deux formats de chansons ?

Emmanuelle Parrenin : J’ai un exemple, Tri Martelod, un air traditionnel que j’ai d’abord entendu interprété par Alan Stivell puis par Tri Yann puis après il y a eu Nolwenn Leroy. Avec Alan Stivell, c’est un air traditionnel et avec Nolwenn, cela devient une chanson populaire et un tube. L’air traditionnel peut accepter les changements et les métamorphoses. La chanson traditionnelle est une chanson qui se passe d’oreille à oreille, la chanson populaire est aussi une chanson que l’on a entendue et qui a imprégné le cerveau. Elles ont quand même cela en commun. C’est dans la musique que la distance peut être immense.

Propos recueillis par Greg Bod

might brank | the masks @ le périscope (fr)

Vous entendez des voix ? C’est rien, c’est juste le nouveau Might Brank

ou quelques questions à Emmanuel Scarpa

Mieux vaut être seul que mal accompagné dit-on. Le projet solo du batteur Emmanuel Scarpa en a décidé autrement : mieux vaut être seul et bien accompagné, grâce aux musiques polyphoniques. En effet pour ce deuxième album sous le nom de Might Brank, Emmanuel Scarpa s'empare d'une multitude de voix pour remonter jusqu'aux origines des ces compositions médiévales. Un retour aux sources détonant dans notre paysage musical, qui nous permettera surement deux choses : profiter d'un disque de qualité, tout en se couchant moins bête ce soir. A cette occasion, nous avons échangé quelques mots avec le personnage principal de cet album pour en savoir un peu plus sur la génèse de ce projet canon (jeu de mot que vous comprendrez uniquement en lisant l'interview)

Hello Emmanuel. On te connaît sous plusieurs projets, peux tu nous dire la place qu’occupe aujourd’hui ce solo parmi tes différents groupes ?

Aujourd’hui une place centrale, mais alors je n’aurais pas prédit une chose pareille il y a encore quatre ans. Jusqu’à la naissance de ce solo j’envisageais la composition de manière totalement isolée de ma pratique de la batterie. Depuis que je nourris ce solo, un certain nombre d’idées partent de mon instrument, chose que je ne faisais pas avant alors que ce procédé me paraît assez naturel et surtout très répandu. Je pense que je fais une musique moins mentale à présent… ce qui ne veut pas dire moins complexe mais plus ressentie, plus habitée en quelque sorte.

On retrouve dans Might Brank une de tes marques de fabrique, une certaine obsession créative pour les musiques médiévales et polyphoniques. Qu’est ce qui ce qui te pousse vers ces registres et quels avantages en tires tu au niveau de la composition ?

J’ai de mémoire toujours été attiré par les musiques polyphoniques de manière générale, qu’elles soient issues des musiques écrites ou orales, mais c’est vrai que j’ai pas mal bloqué ces derniers temps sur la musique médiévale… Tout est parti je crois de ma fascination pour le canon (tu sais Frère Jacques ?), et bien à force d’en écrire (et d’en boire) j’ai eu envie de savoir à quel moment a été écrit le premier canon, en tout cas le premier dont on a encore la trace, et j’ai fait des découvertes fantastiques dans les 13e et 14e siècles. Notamment avec quelque chose que je pensais être une de mes marques de fabrique justement, qui est un canon assez particulier, et qui en fait existe depuis 600 ans… Se cultiver un peu apprend l’humilité beaucoup (rires)

Question piège, que trouve-t-on dans cet album qui manquait peut-être dans le premier ?

Question piège en effet, car je n’ai aucun recul. Le deuxième album est dans la continuité du premier, mais avec un peu plus de voix, un peu plus de gong et un peu plus de « spirit » si je puis dire

Cet album sort chez Coax & Carton records. On sait que tout n’est pas rose pour les labels indés qui font de la production à petite échelle en ce moment qui font un vrai travail en finesse, proche de l’artisanat. Un mot en tant qu’artiste sur l’importance de ce genre d’acteurs dans le parcours d’un·e artiste ?

Le travail que font ces labels indépendants est essentiel, voire crucial. Ils tentent contre vent et marée de faire découvrir autre chose que ce que propose – martèle je devrais dire – le média dominant, et tout ça avec une économie hyper fragile face à l’industrie du disque. Sans parler du fait que le cd est en voie de disparition, et que pour avoir de la visibilité sur Spotify ou Deezer, il faut investir beaucoup, du coup ces labels se tournent vers Bandcamp, qui est sans doute la plateforme la plus éthique, mais que personne ne connaît. Enfin si, tous les musiciens et les geeks de la planètes connaissent (rires), ce qui doit se résumer à 0,5 % de la population. Du coup pour finir de répondre à ta question, dans mon parcours et celui de plein d’autres, sortir un album sans l’aide précieuse de ces labels, ce serait juste comme envoyer un mail à ses potes pour dire : « ouééé, ya un nouveau cédé qui sort ! »

gilles poizat | champignon flamme @ exhimusic

French artist Gilles Poizat is releasing “Galet Dérivant”, the single from his upcoming album “Champignon flamme” on Carton Records

Scritto da Exhimusic - Percorsi Nella Musica 07/12/2020

French artist Gilles Poizat is releasing “Galet Dérivant”, the single from his upcoming album “Champignon flamme” on Carton Records

French artist Gilles Poizat is releasing today “Galet Dérivant”

together with an exclusive interview via Psychedelic Baby Mag.

The single is taken from his upcoming album “Champignon flamme”

due February 12, 2021 via Carton Records.

STREAM NOW THE SINGLE AND READ THE INTERVIEW:

https://www.psychedelicbabymag.com/2020/12/gilles-poizat-interview-with-exclusive-premiere-of-galet-derivant.html

Gilles Poizat (trumpet & modular synth), is a musician and songwriter born in 1967 in Lyon. After classical trumpet studies and a PhD in ecology, he led a double life between scientific research and musical experiences. Among striking meetings in Arles, Lyon and Conakry, Mazalda triggered his plunge into music. The power of bands makes him move intensely. The solo opens new fields he visits as a novice. He begins to sing, to write, finds again his teenage guitar, discovers elementary electronics, and relearns trumpet every day. Always attracted by new vivid experiences, he draws his own path and delivers atypical albums: Micro-vertige et l’expérience du flottement, Rev Galen (with Catherine Hershey), Horse in the house, Champignon flamme.

Nowadays, he is preparing a new solo set of songs, plays with Spat’Sonore, with Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp and composes music for “La séance” – a choreographic piece by Benjamin Coyle.

ABOUT THE ALBUM

This music of Champignon flamme was originally recorded from fall 2018 to spring 2019 as preliminary research for “La séance“, a choreographic piece by Benjamin Coyle (Cie Kopfkino) which finally focussed on songwriting. Then, this instrumental material, trumpet and electronics, became an autonomous album. It questions the invisible, intimate rituals and personal relationships with our dead.

Each track starts from a peculiar electronic set-up which reacts and uses the sound of the trumpet lively to generate sounds from electronic treatements and analogue synthesis. Sounds emitted by the set-up roll and modulate over time in a more or less random way. Trumpet playing is improvised in this unpredictable and interactive soundscape. Sometimes from the trumpet only remains its imprint. All electronic sounds are played live, no overdubs, except in the last track, Lignes de fuite.

This new album from Gilles Poizat comes after albums of songs in solo (Micro-vertige et l’expérience du flottement, Horse in the house) and duo with Catherine Hershey (Rev Galen), and after a long-term collaboration with Mazalda. Champignon flamme is his first instrumental solo album. He reconnects here with his first instrument, the trumpet, meanwhile augmenting it with a new one, the modular synthetizer.

Champignon flamme will be released on February 12, 2021 via Carton Records.

gilles poizat | champignon flamme @ it's psychedelic baby (si)

Gilles Poizat interview with exclusive premiere of ‘Galet dérivant’

December 4, 2020

Gilles Poizat interview with exclusive premiere of ‘Galet dérivant’

We are premiering a track ‘Galet dérivant’ from the upcoming instrumental solo Gilles Poizat album, ‘Champignon Flamme’ (out via Carton Records on February 12, 2021).

“It is a story of drifting pebbles in the bottom of a stream.”

Gilles Poizat is a musician and songwriter born in 1967 in Lyon. After classical trumpet studies and a PhD in ecology, he led a double life between scientific research and musical experiences. Among striking meetings in Arles, Lyon and Conakry, Mazalda triggered his plunge into music. The power of bands makes him move intensely. Thesolo opens new fields he visits as a novice. He begins to sing, to write, finds again his teenage guitar, discovers elementary electronics, and relearns trumpet every day.

Always attracted by new vivid experiences, he draws his own path and delivers atypical albums: ‘Micro-vertige et l’expérience du flottement’, ‘Rev Galen’ (with CatherineHershey), ‘Horse In The House’, ‘Champignon flamme’.

Nowadays, he is preparing a new solo set of songs, plays with Spat’Sonore, with Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp and composes music for ‘La séance’ – a choreographic piece by Benjamin Coyle.

This music of ‘Champignon flamme’ was originally recorded from fall 2018 to spring 2019 as preliminary research for ‘La séance’, a choreographic piece by Benjamin Coyle (Cie Kopfkino) which finally focused on songwriting. Then, this instrumental material, trumpet and electronics, became an autonomous album. It questions the invisible, intimate rituals and personal relationships with our dead.

This new album from Gilles Poizat comes after albums of songs in solo and duo with Catherine Hershey, and after a long-term collaboration with Mazalda. ‘Champignon flamme’ is his first instrumental solo album. He reconnects here with his first instrument, the trumpet, meanwhile augmenting it with a new one, the modular synthetizer. ‘Champignon flamme’ will be released on February 12, 2021 via Carton Records.

“The wish behind the whole album was that the trumpet playing would generate interactive sounds with randomness.”

What’s the story behind making ‘Galet dérivant’ and how will it fit with other tracks on your upcoming album?

Gilles Poizat: It is a story of drifting pebbles in the bottom of a stream. While the water flows continuously (although more or less turbulently), pebbles move very discontinuously, being stuck sometime and then raised and bouncing and bouncing till being stuck again, and jumping again. Pebbles positions influence water flow. And pebbles slowly dissolve in water.

The wish behind the whole album was that the trumpet playing would generate interactive sounds with randomness. In each track, I used a different patch of modular synth that interacts in a different way with the trumpet playing. And sometimes from the trumpet only remains its imprint. In ‘Galet dérivant’, the trumpet part was improvised. Electronic sounds come from 4 delays with randomly varying parameters applied to acoustic, filtered and synthesized sounds from the trumpet. In the last part, the sound of the trumpet is freezed in 2 delays and pitched randomly through time, creating a strangely-tuned organ choral.

What kind of album did you want to record?

Originally, I recorded most of this music while exploring ideas for ‘La séance’, a dance project by choreographer Benjamin Coyle about the care given to the invisible, relationships with our dead, and personal rituals with objects pregnant with memories. We got time to explore different musical directions and we finally focused on songwriting. But then, I thought that this unused instrumental material, with trumpet and electronics, was telling a story by itself. A kind of trip where you don’t understand what you are crossing, but by accepting to feel lost and by opening your mind to the unknown you may create conditions for enchantment to appear.

You’re also very active, playing with different bands?

Yes fortunately! Nowadays I am playing flugelhorn with Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp, a wonderful band from Geneva. With Spat’Sonore, an experimental spatialized brass orchestra, I play a spat’trumpet and sing, I also sing in an experimental choir which is involved in a project by composer Clément Edouard. Le Grand Bal des Cousins is a dance orchestra. ‘La Séance’ is a choreographic trio piece by Kopfkino Company in which I sing, play guitar, trumpet and dance. All these collective adventures are very exciting. I am also working on a new solo live set with songs, trumpet and modular synth.

You mentioned that Mazalda influenced you. In what way?

We created the band in 2001 and played together as our main activity till the end of 2017. It has been a very intense experience, lots of love and fun! We developed a deep musical intimacy and complicity. It opened my mind to many popular music all around the world, while being attentive to my proper musical aspirations. And eventually it lead me to quit the band to experience other musical adventures, by myself and with other people.

“I fantasize various sound devices and various song forms, and experiment ways to approach it.”

You were studying classical trumpet and ecology. Do you think there’s a certain pattern in your music that is influenced by your scientific research?

Yes probably! Quitting science to music was a way for me to engage a more personal research aiming to get free from conventions and to connect with my proper feelings and desires. In my musical research, I fantasize various sound devices and various song forms, and experiment ways to approach it. Although it is often unsuccessful, it is an exploration process and sometimes, I also find some nice things I wasn’t expecting. I was studying relationships between fishes and their habitat using statistics. In this album I use randomness to generate lively interactive soundscapes. Yes this could be linked!

Can you share some further details how your upcoming record was recorded?

For the first time, I did everything by myself, from recording to mixing. I was happy to experience this autonomy. I also got some good mixing and editing advices from friends. I learned a lot.

How are you coping with the current work situation?

Well, political regime in France is more and more violent socially and physically. The lockdown and other restrictions have heavy psychologic and economic consequences on people and organizations that already were in precarious situations. Although most of the concerts have been cancelled, I have got the chance to benefit from ‘intermittence du spectacle’ so I still receive unemployment subsidies for one year. We still manage to rehearse and record, so we will have many new proposals for live concerts and shows if one day it is allowed again. 

Klemen Breznikar

the world @ freak out (it)

Questo trio francese si esprime con un’attitudine vintage, radicata negli anni ’80. Stilisticamente variegati e difficilmente decifrabili, si muovono liberamente prendendo ispirazioni soprattutto dal sound e dalle ambientazioni electro-funk di una trentina d’anni fa. Molto vicini a gruppi come INXS e Talking Heads il trio si dilunga spesso in lunghe suite strumentali, eccedendo a volte in svisate prog o nel pop più becero di quel triste decennio. Tuttavia, in brani come “Drugs” dove il funky bianco domina e negli strani incroci tra l’hard-blues ed il pop di “When loves love”, il trio si esprime al meglio. Purtroppo, anche nei testi il trio ricorre i miti più perversi degli anni ’80, vale a dire quelli del successo a tutti i costi e quindi di quella figura antropologica che fu il prodotto della ‘Milano da bere/pere”, allora nuova, che erano gli yuppie.

the world @ du barbelé dans les tympans (fr)

Grosse journée pour Nicolas Cueille, qu’on retrouve tout seul derrière la six-corde, le micro et les machines de Seal Of Quality. Officiant depuis quelques temps également dans Room 204, celui-ci participe donc au split partagé avec Pneu qui sort ce même 16 octobre, toujours sur ce même label nantais (chronique ici). C’est également le rouennais qu’on retrouve ici à la manœuvre, s’adjoignant les services, notamment, d’un compatriote normand échappé desAgamemnonz. Etant donné le background chiptune et surf old school de ces deux protagonistes, ainsi que la propension du label à ne jamais fixer de limites de genre à ses sorties, il n’était guère aisé de deviner la direction qu’allait prendre ce petit LP. Bon en vrai, on pouvait quand même un peu le deviner, puisque le trio guitare/synthé/batterie a déjà sorti une démo l’an passé, dont certains titres figurent d’ailleurs sur ce disque. Il s’est donc attelé ici à en expurger les moins kitchs (je garde cependant l’espoir de pouvoir entendre à nouveau « Schizophrenia » et « Maximum Overdrive »), à réenregistrer le reste avec une prod’ encore plus vintage, et à leur adjoindre cinq nouveaux morceaux dans cette veine délicieusement régressive. The World nous ramène à l’âge d’or du soft rock, et s’écoute sur un transistor à piles en jouant au flipper, un verre de Tang finissant d’infuser sur une table en formica surplombant une banquette en skaï. Et si cette scène empreinte d’un modernisme désuet semble bien française, elle n’en reste pas moins symbolique d’une génération à la remorque d’un american way-of-life à peine plus visionnaire, inondée de hits mi-électriques mi-synthétiques importés d’Outre-Atlantique. The World, loin de courir après quoi que ce soit, digère ici après trente ans toutes ces influences mainstream pour finalement ne pas laisser grand chose dans les chiottes chimiques du mauvais goût. Quitte à rejouer la VHS, autant ne rien zapper. Les rouennais, tout en restant à bonne distance de la médiocrité pour faire preuve d’une efficacité tubesque, passent près d’une décennie d’hymnes radiophoniques, de slows de discothèques et de rock cathodique en revue, et nous transportent au coeur d’une pop culture qui partage son temps entre le cinéma de plein air, le café et sa borne d’arcade, le dancefloor à néons et la télé du salon. Les références sont innombrables et se révèlent par bribes à mesure que les titres défilent, de Ghostbusters pour « When Lovers Love » à INXS pour « Drugs » en passant par Nena pour « Highlights » ou The Bangles pour « The Club ». The World se révèle donc aussi imparable en instrumental que lorsque les voix font entendre leur soif de win, et se montre capable d’embuer les vitres du studio à coups de slows torrides (« Alone On The Top », « The Club »), d’animer l’aérobic matinal (« An Achievement », « City Life ») ou d’annoncer le début de la série familiale lambda (« The Better », « Highlights »). A peine regrettera-t-on quelques lignes de basse slappées qui brillent par leur absence, et une caisse claire qui pourrait faire encore plus « pschhh ». A l’origine d’un disque où chaque morceau se révèle être un hit, The World, sans qu’on sache bien s’il s’agit d’un hommage ou d’un pastiche (mais dans le fond, on s’en fout un peu), va au bout de ses principes pour jouer la carte du kitch ultime assumé, tout en faisant preuve d’une finesse d’écriture qui ne doit certainement rien à la paresse, et de facilités techniques qui se révèlent de façon encore plus flagrante en live. S/T de The World, c’est si tu n’as rien contre : Phil Collins, George Michael, INXS.

the world @ gonzaï (fr)

Hommes des années 80 jusqu’au bout des mains, ces Rouennais exhument avec leur premier album tout un pan de sous-culture qu’on croyait enseveli sous deux décennies de bon goût : des chansons à la hauteur du générique de sitcoms américaines, des synthés ras la gueule sur la plage arrière, les coudières cousues mains sur les vestes en jean à l’effigie de Van Halen. En toute modestie, ces enfants du tube cathodique ont choisi de s’appeler The World pour chanter un monde aux cristaux liquidés. A l’écoute du disque éponyme de The World, pas facile à repérer lors de vos prochaines requêtes Google, on se dit que l’anniversaire deRetour vers le futur, qui fête aujourd’hui ses 30 ans avec ses acteurs tantôt à cheveux blancs (Christopher Lloyd) tantôt tremblotant (Michael J. Fox) est tout sauf anodin. Evidemment le rock n’a pas la tronche qu’on espérait ; le Hoverboard est encore à l’état de prototype et la seule chose qui plane est encore cette impression de rendez-vous raté avec la modernité, et qu’on devine amer en regardant les photos promos des groupes d’époque. Rock smarties De ce retour vers les tutur’ pour faire joujou avec les traintrains à papa, le trio signé chez Kythibong a conservé les sonorités en éliminant tous les excès (drogues, ego, costumes à épaulettes) en rognant jusqu’à l’os la posture de héros MTV qu’on aura adorés ou haïs, selon qu’on était gamin ou adolescent fan de The Smiths. Restent les chansons, bien moins putassières que celles de Jamaica, qui restent en tête au point que certaines comme Drugsdonnent envie de s’enquiller un gym tonic après avoir fait son footing de golden boy en lisant les mémoires de Bernard Tapie. Réussir sa vie, se taper des gonzesses backstage après s’être taillé un rail de coke de la longueur de la bite à Rocco, aligner des solos à côté desquels ceux de Weather Report passeraient pour du Tchaïkovski ; tel est l’objectif de The World et de leur rock smarties avec double ration de supplément crème ; écœurant pour les fines bouches mais salutaire pour ceux fatigués des postures miséricordieuses de toute une partie de la génération des rockeurs traumatisée par Radiohead. Il y a évidemment sur cet album de quoi retapisser trois fois la chambre d’un ado ; c’est codifié à mort, révisionniste à blinde ; ça n’a pas la prétention d’être déniché par un digger à gants blancs en 2050 mais ‘’The World’’ est exécuté avec une telle sincérité (on peut même déguster un pain laissé au montage à 02’00 sur le bien nommé Highlights) qu’il en devient difficile de ne pas siffler ses mélodies au réveil comme si l’on était le Leonard di Caprio conquérant se vidant la vessie à l’avant d’un Titanic 8-bits. Devenir les rois du monde, les membres de The World ne le seront évidemment jamais, ce qui n’empêche pas d’espérer un futur moins déprimant qu’un nouvel album de Louise Attaque. La preuve : Nike vient tout juste d’annoncer la commercialisation des baskets auto-laçante portées par Marty McFly en 1985. Le futur ? Un éternel retour.

the world @ indie rock mag (fr)

Avec un nom aussi vaste, on pourrait s’attendre à ce que la musique de ce trio soit englobante ou bien qu’elle nous rappelle les sonorités exotiques d’un voyage oublié. Mais non, The World emprunte ses timbres et son vocabulaire aux années 80... C’est donc à grand renfort de synthés cheap, d’une batterie plate et de voix claires que le trio nous ramène à nos vestes trop grandes à épaulettes, aux joggings multicolores, aux coupes de cheveux embarrassantes qui épousent la nuque, à nos rêves naïfs de skates volants... Il n’y a rien de nouveau dans cet album qui, jusqu’à l’esthétique de la pochette, cherche à nous tromper : s’agit-il d’une vieillerie trouvée dans un bac d’invendus chez Noz ? Non, il s’agit bien d’une nouveauté. Et c’est cet effort minutieux, à la fois comique et très sérieux, pour paraître anachronique, qui fait tout le charme de ce projet. Le pastiche pourrait certes sembler vain si ces musiciens n’avaient pas ce sens aigu de la mélodie, du refrain qui fait mouche, du riff évident et du rythme entraînant. André Pasquet et Jean-François Riffaud, déjà techniciens du décalage au sein de Syntax Error, ainsi que Nicolas Cueille, prince du 8-beats dans son projet Seal of Quality, et nouvelle recrue de Room 204, se distinguent nettement par leur volonté de ne suivre aucun mouvement actuel, aucune mode et pour faire du mauvais goût un appui pour exprimer leur propre personnalité.