amédée de murcia @ 89.8 hossegor

Vous venez d’enchaîner trois résidences à Lyon Genève et Paris. Pour Paris, on sait que c’est un duo avec Claire Gapenne, plus connue sous le nom de Terrine. Ça risque d’être assez terrible, on peut en savoir plus ? Et sur les autres résidences ?

Avec Claire nous avons eu la chance de faire une résidence aux Instants Chavirés à Montreuil en janvier 2021, puis une autre à Grrrnd Zéro à Lyon en avril 2021. Claire est une artiste que j’ai souvent croisé sur la route et dont j’apprécie beaucoup la musique, dans son solo Terrine ou encore son duo Me donner. Comme nous utilisons de manière non conventionnelle la même marque de machine, il était temps que l’on essaie de faire un duo. Duo qui s’appelle maintenant Jazzoux, dont je suis très enthousiasmé par les premiers résultats ! Je dirais qu’on mélange différents styles comme la noise, la techno et l’electronica avec une pointe de dérision. On espère réussir à faire une sorte de jazz de machines du futur.

J’ai pu aussi faire une résidence au Confort Moderne à Poitiers, et à l’Autre Canal à Nancy pour mon duo Od Bongo avec Edouard de C_C. Nous avons entamé la création d’un live spécial qui sera un show lumière immersif créé par deux régisseurs lumières de Poitiers, Louis et David.

D’autre part, j’ai aussi commencé un nouveau duo avec un ami écrivain et musicien, François Fournet : on commence à produire une musique électronique assez dansante, avec des rythmiques coupé-décalé juxtaposées à des mélodies plus mélancoliques.

Vous travaillez sous différents pseudos, pouvez-vous nous les présenter ?

J’emploie mon nom et prénom, Amédée De Murcia, lorsque je tente une incursion vers les territoires de la musique électro-acoustique, comme pour le disque que j’ai sorti sur Tanzprocesz “Mangé par les oiseaux”, qui utilise différents dispositifs de larsens de pédale d’effets ainsi que des appeaux pour oiseaux. J’ai aussi utilisé mon nom et prénom lorsque je m’amusais à utiliser le champ électromagnétique d’une perceuse, pour un concert lié à une exposition à la galerie L’œil de bœuf à Lyon, tandis que le pseudo “Roger West” était une courte tentative dans un univers proche de la vapor wave, du plunderphonic et de la house lo-fi. Mais actuellement en solo, j’utilise surtout mon alias Somaticae, alias que j’emploie en réalité depuis mes débuts. Pour synthétiser, je dirais que c’est le pseudo que j’utilise lorsque je mélange des rythmes, des bruits, des sons concrets, avec parfois des mélodies plus ou moins dissonantes. Le résultat est un croisement entre techno, noise, electronica, dub, ambient, industriel, mais aussi électro-acoustique.

Vous êtes sur de nombreux labels, dans des formats toujours différents, chez Fougère et Third Type Tapes en K7, sur In Paradisum en vinyle, sur Tanzprocesz en cd ; le support physique conserve une importance pour vous ?

Le support physique me plait toujours car j’aime beaucoup demander à des ami.es artistes visuel.es dont j’admire le travail de créer mes pochettes. J’ai ainsi eu la chance d’avoir une pochette de K7 par Willy Tenia de Kakakids Records pour “Le premier matin”, ou encore le graphisme du vinyle “Amesys” par Alban de Liquide Test Press.

Vous faites de la musique depuis votre enfance, quelle autre passion/activité vous anime ou occupe votre temps ?

Pour être honnête cette passion a absorbé toutes les autres depuis longtemps, et je ne sais pas faire grand-chose d’autre. Presque toutes mes activités tendent vers la musique. Par exemple, parfois j’aime bien organiser des concerts (dans le collectif Si), m’occuper d’un fanzine musical avec des amis (Fond De Caisse), ou encore prendre des photos de la petite vie musicale et alternative que je fréquente entre la France, la Belgique et la Suisse.

Pour Oligarchie, les bénéfices étaient reversés, pour Amesys* aussi, c’est important de vous engager ?

Oui, à ma petite échelle d’artiste j’ai parfois souhaité afficher mon engagement dans différentes luttes que je soutiens. Les bénéfices de la K7 “Oligarchie” étaient reversé à une caisse de solidarité lyonnaise qui aide les victimes de violences policières, tandis que les bénéfices d’”Amesys” seront reversés à la quadrature du net, une association qui lutte contre la surveillance de masse favorisée par différents logiciels.

*Amesys est le nom d’une entreprise française, fleuron technologique « responsable des technologies logicielles de surveillance utilisées par plusieurs dictatures à travers le monde »

Le quotidien Libération vous présente comme « l’un des explorateurs du boucan français », ça représente quoi pour vous ? Le public augmente, l’écoute sur Bandcamp explose ? Les ventes ? Une suite de projets s’empile dans votre boite mail ?

J’ai la chance d’avoir eu quelques articles dans de la presse (spécialisée ou non), d’avoir joué dans quelques festivals avec de l’affluence, mais malgré cela je reste conscient du fait que ma musique reste et restera toujours confidentielle. Donc évidemment non, pas d’explosions de vente, de likes ou d’écoutes. Mon but est de faire de bons morceaux, de bons albums et de bons concerts, qui je l’espère inspireront certain.es comme certain.es m’ont inspiré. Et puis peut-être que de cette manière, je serais un jour reconnu plutôt que connu. Par contre j’ai toujours pas mal de projets sur le feu, en effet !

Vous jouez et vous avez joué dans de nombreux lieux où la programmation est pointue, et le public « spécialiste » ou ultra curieux. Vous arrive-t-il de jouer dans des lieux moins habituels ? Pour un projet particulier, pour un public différent ?

Il est vrai que pour l’heure je n’ai pas souvent rencontré un public diffèrent de celui de la musique de spécialiste, même si suivant les lieux ce public change : ce ne sont pas toujours les mêmes personnes lorsque je joue dans un squat, une galerie, une salle alternative ou encore une SMAC. En tout cas, passer d’un lieu à l’autre reste très stimulant.

J’aimerais un jour rencontrer le monde de la danse contemporaine et son public, car c’est un univers qui m’intrigue et qui m’est encore bien étranger.

Sinon, j’ai eu le plaisir de jouer dans la rue avec le projet DAB, projet où nous rendons audible le champ électromagnétique des distributeurs de billets de banque avec Jérôme Finot et d’autres amis. J’ai aussi réalisé une performance amusante avec un autre ami, Romain De Ferron, où nous jouons à partir d’une Peugeot 205 amplifiée par divers micros. Cette performance appelée “Sacré Numéro” ne peut pas se jouer partout, comme on peut le deviner. À l’avenir, si nous nous amusons à reproduire cette performance, nous pourrions peut-être la jouer pour du théâtre de rue, mais c’est là encore un monde que je connais bien peu.

Pouvez-vous nous confier l’évènement qui vous a marqué dans votre carrière/parcours musical ?

Je pense que l’un des évènements qui m’a marqué fut la rencontre avec un lieu alternatif de musique et de film expérimental à Grenoble, lorsque j’étais étudiant : le 102 rue d’Alembert.

J’ai vu là-bas des artistes utiliser de vielles machines en les détournant : par exemple des projecteurs 16 millimètres projetant de la pellicule détériorée en live, des enregistreurs à bandes bouclées sur eux même, des jouets pour enfants circuit-bendés, des improvisations vocales acoustiques, ou encore un énorme tambour dont la peau était frottée avec une cymbale, etc… et on peut ajouter à ces découvertes le documentaire expérimental, le vin naturel, la nourriture vegan ou encore la sérigraphie ! Donc on peut dire que j’ai fait mes premières classes dans le DYI au 102.

Enfin, auriez-vous un disque sorti cette année, à nous recommander ?

Alors la chose la plus récente que j’ai adorée en musique, ce n’est pas un disque. C’est le streaming d’un concert de Jessica Ekomane au Haus der Berliner Festspiele. Dans ce festival en l’honneur d’Halim El-Dabh, pionner arabe de la musique électronique, elle joue sa pièce « Une musique enrichie par des traditions venues du fond des âges ». J’ai beaucoup aimé le minimalisme, la simplicité de sa musique lors de ce concert. Il me semble qu’elle travaille sur ordinateur avec un logiciel modulaire où on peut construire sa musique avec des lignes de codes, des algorithmes. Pourtant, le résultat est très différent des autres auteurs de ce style (je pense à Renick Bell, glacial et mental). Ici la musique n’est pas tellement froide et moderne, mais plutôt douce et chaleureuse. Il y a quelque chose d’un peu 70’s qui me rappelle le sentiment qu’on peut éprouver en écoutant les plus beaux morceaux de Laurie Spiegel. C’est intelligent sans être chiant, et on peut écouter distraitement comme attentivement. Bref, j’espère que ça sortira en disque !

od bongo | mami wata @ le drone

OD Bongo sort le disque parfait pour accompagner la crise des missiles nord-coréens

On écoute Mami Wata avant le passage du trio ce soir à La Station. Le trio electronica tribale OD Bongo - soit le pilier d'In Paradisium Somaticae + le producteur techno-bruitiste C_C + le vidéaste Hugo Saugier - sort un nouveau disque en coproduction S.K Records / Serendip Lab.

Un casting qui ressemble pas mal à un rêve mouillé de la rédac du Drone et un premier morceau en écoute qui ressemble très précisément à l'idée que l'on se fait d'une rave party dans une warehouse de Libreville dans sa combinaison entre techno martiale et transe maboule.

Le trio sera ce soir de passage à La Station - Gare des Mines aux côtés de Bajram Bili, Vox Low et Christeene, Niobium Beats se commande ici et ici, "Mami Wata" s'écoute ci-dessous.

Seb Brunod bongo
od bongo | niobium beats @ libération

Puisqu'aujourd'hui il suffit d'aller faire une descente dans les bas-fonds de Google pour faire le tour du monde, OD Bongo ne se gêne pas. Hugo Saugier, vidéaste spécialiste du «feedback» et vidéo-jockey en chef du groupe, y a glané l'intégralité des images du film cinétique et coloré qui accompagne la longue excursion industrielle et virtuelle d'Horus que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui. Et le dépaysement est total, à la condition de se plonger dans le noir pour le regarder, puisque l'esprit passe en huit minutes de la savane à Wall Street par l'œil, et d'un accélérateur de particules à l'Egypte ancienne par les oreilles, sans avoir besoin de poser les pieds dans un moyen de transport en commun ni d'ingérer la moindre molécule psychédélique.

Magie du montage, de la synesthésie et des couleurs désordonnées, l'expérience est à prolonger muni de Niobium Beats, premier disque vinyle d'Eduardo Ribuyo (alias C_C), Hugo Saugier et Somaticae (alias Amédée de Murcia), récemment paru chez Serendip/S.K. Records.

Seb Brunod bongo
amédée de murcia @ way back machine

Souvenez-vous bien, en Juillet 2013, le jeune Somaticae, nous avait aimablement giflé avec la sortie de son LP, Catharsis sur In Paradisum, habile métissage de Noise, Dark Ambient et Techno industrielle. Repéré auparavant par le biais du single Pointless puis grâce à une prestation Noise Techno chevronnée en première partie de Vatican Shadow lors de la dernière édition de la Villette Sonique. Intrigués et admiratifs, nous avons donc décidé d’en savoir un peu plus sur cet artiste prometteur pour qui la musique ne se pense pas en points, virgules, brisures et segmentations mais comme une lente expiation, un cheminement vers l’hybridation sonore.

CV : Salut Somaticae, peux-tu nous parler de ton parcours ? De ce qui t’a amené à la musique ?

S : Salut ! Alors, je vais essayer de commencer depuis le début. Personnellement mon parcours s’explique en grande partie avec la musique. Depuis que je suis ado’, mes 12 – 13 ans en fait, je bidouille de la musique électronique. J’ai commencé parce que dans l’ancienne maison de mes parents, mon père avait une petite boite à rythme avec un vieil enregistreur sur lesquels il s’enregistrait à la guitare. J’ai tout de suite joué avec. Je m’enregistrais sur des cassettes, tu sais. C’est peu de temps après le truc que tu as quand tu es gamin où tu fais tes propres compilations, et bien, moi, très vite, je me suis fait des compilations avec mes petites expériences sur boîte à rythme et du coup, cette approche a influencé tout le reste. Rapidement je me suis mis à chercher des musiques qui avaient été composées seul, en musique électronique et dans d’autres styles d’ailleurs. Ouais donc effectivement tout a commencé très jeune.

CV : Comment la transition du DIY enfantin « je fais mes compils et mes bidouillages dans mon coin » à l’idée de sortir un album s’est-elle faite ?

S : En fait, ça s’est fait très tôt, de façon quasiment simultanée à ma découverte de la musique électronique. J’allais régulièrement à la médiathèque du coin, je cherchais des albums avec des pochettes bizarres – typiquement une nana avec une énorme poitrine et la tête d’Aphex Twin (Windowlicker, NDLR) –. J’ai découvert tous ces trucs un peu par hasard et puis j’ai fait le recoupement petit à petit. Je me suis dit : « C’est dingue ça ! Je ne sais pas comment le faire mais je veux le faire ! ». Ca a été une révélation, dès que j’ai eu 14 – 15 ans, je savais que c’était ça que je voulais faire. Bon, évidemment quand tu es au collège \ lycée, ce n’est pas vraiment la meilleure ambition que tu puisses avoir pour ton parcours professionnel, mais qu’importe…

CV : Malgré tout, tu as grandi avec des parents musiciens, si j’ai bien compris. Tu as sans doutes bénéficié du soutien de ces derniers, non ?…

S : Oui, mon père était musicien amateur. C’est grâce à lui que j’ai pu écouter des trucs comme Vangelis et pas mal d’autres choses, des sons qui sont restés.

CV : D’accord, tu parlais tout à l’heure de Windowlicker d’Aphex Twin. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur les artistes qui t’ont influencé, ceux qui t’ont amené à la musique que tu produis actuellement ?

S : Ouais, comme je le disais tout à l’heure, j’allais à la médiathèque et je demandais des trucs bizarres. Tu sais, c’était toute cette époque du sampling, du Hip Hop sans paroles. On m’a conseillé des trucs comme le premier Peuple de l’Herbe, Troublemakers, etc. Mais assez vite, je me suis mis à chercher des trucs plus bizarres et sans vraiment savoir où je mettais les pieds, je me suis retrouvé à écouter Windowlicker et l’album d’Autechre de 1997, Chiastic Slide. Ce qui fait que je suis rapidement tombé dans l’Electronica et l’IDM avec tous les artistes du genre que tu connais certainement aussi et par la suite, je me suis demandé qui avait inspiré ces artistes-là. C’est comme ça que je me suis mis à chercher et à écouter de la musique contemporaine, de la musique concrète. J’étais comme tous ces mecs qui cherchent sur internet les influences de leurs artistes préférés sans vraiment se soucier du genre.

CV : Oui, d’ailleurs toute cette démarche de recherche, de digging, elle se ressent clairement dans tes productions. On y retrouve beaucoup de genres mêlés, d’influences. C’est sans doute ce qui nous a marqué dans tes sorties. On y retrouve de l’Experimental, du Dark Ambient, du Drone parfois, sans doute du Métal et aussi une vraie empreinte Techno. Quelles ont été tes influences dans ces genres plus particulièrement ?

S : Oui, c’est vrai que je fouillais sans vraiment me soucier du genre. Et d’ailleurs, j’ai pris des claques notamment pendant ma période Breakcore, je pense à Venetian Snares où on retrouve aussi des tracks Ambient très sombres qui m’ont amené vers la Dark Ambient. Je pense récemment à The Haxan Cloak par exemple. Tous ces artistes m’ont aidé à trouver ce que j’aimais et à élargir ma palette de sonorités et l’approche que j’avais de mes productions.

CV : Ouais effectivement, nous aussi on aime beaucoup The Haxan Cloak. Mais assez parlé d’influences, revenons-en à toi. Peux-tu nous parler de ta première sortie, Coninae sorti sur Annexia ? Comment cela s’est-il passé ? Comment as-tu rencontré le label qui a accepté de sortir ton LP ? En bref, le début de ton parcours musical \ professionnel.

S : En fait, tout ça s’est passé à ce que j’appelle la grande époque de Myspace. Voilà, à l’origine, je n’avais aucune connaissance en logiciels de musique ou peu, bien qu'à l'époque, je composais de la musique sur mon ordi depuis à peu près 2 ans. C’était une démarche complètement virtuelle, je n’avais pas encore, rencontré de personnes dans le milieu. J’étais sur Myspace qui était à l ‘époque une vraie communauté, c’est d’ailleurs comme ça que j’ai rencontré Paul (Mondkopf, NDLR). Et puis, au bout d’un certain temps, j’ai été contacté par des toulousains, qui me disent qu’ils montent un label, Annexia et qu’ils aimeraient sortir un album de mes compositions. Moi, j’étais très jeune, j’étais en seconde, et j’étais super heureux. J’en ai tout de suite parlé à Paul qui a aussi produit un album pour eux qui est sorti peu de temps après. Malheureusement, il me semble que le label s’est assez rapidement cassé la gueule… En fait, au moment de la sortie de mon album j’ai été assez surpris, ils ont sorti 500 copies de CD, dont 200 CD promo qui m’ont été envoyés. Ce que je n’ai compris que plus tard c’est que c’était à moi d’envoyer mes promos ! Ils n’avaient pas vraiment de canal de distribution. En fait je crois que le distributeur s’était retiré alors que eux avaient déjà pressé et packagé tous les CDs. D’ailleurs, je crois que j’en ai encore plein dans des cartons. Ce qui fait qu’au final, le CD n’est jamais vraiment sorti. J’avoue avoir été à la fois fier et très déçu mais j’étais jeune et je voulais vraiment continuer sur cette voie donc j’ai continué à parler à pas mal de personnes sur Myspace. Je me suis mis à sortir ma musique sur des Net labels, comme Cold Room ou Brainstorm Lab. Je n’avais plus vraiment d’espoir de sortir quelque chose sur un vrai label mais je ne me suis pas arrêté pour autant. J’ai continué à produire de mon côté et à envoyer des démos un peu sans conviction. Malgré tout, je continuais à faire des lives car j'en avais un que j’avais composé sur Reaktor. Enfin bref, j’étais quand même resté en lien avec Paul qui, lui, avait super bien marché pendant tout ce temps. Il rencontrait de beaux succès avec son manager. Et en 2010 ou 2011, ils ont lancé In Paradisum. Ils se rappelaient de moi mais mes compositions ne les intéressaient pas forcément, c’était trop IDM pour eux. J’avais malgré tout un certain nombre de compos Dark Ambient et aussi Techno live, Experimental qui, en revanche, les intéressaient. C’est comme ça qu’ils ont sorti mon EP, Habillé Comme Un Chewing Gum (Dressed Like A Bubblegum, sorti en 2012, NDLR). C’est ce qui m’a relancé dans mes productions. Ca m’a aussi permis de m’intéresser de plus près aux productions Indus plutôt que Braindance. Du coup, les trucs comme les nouveaux Mondkopf ou Perc. Et c’est devenu très clair, je me suis dit : « Ca je peux le faire, ça j’aime » et c’est aussi de là qu’est venu l’album Catharsis (chroniqué ici).

CV : Ouais, ce qui est plutôt bien tombé puisque 2012, c’est aussi la pleine résurgence Indus \ Techno. On l’a vu et on le voit avec des labels comme Perc Trax, Sonic Groove ou She Works The Long Nights, etc. C’est aussi ce qui nous a fasciné avec ton album Catharsis, c’est qu’à la fois on avait l’impression que c’était complètement dans l’air du temps avec cette tonalité Indus mais aussi et surtout que ça avait commencé bien avant cela que c’était plus profond que cela puisque tu y oses des expérimentations (rythmiques et sonores) qu’on ne retrouve pas nécessairement dans ce sous-genre. Dis nous-en plus sur la période de la production de cet album ? Comment cela s’est fait ?

S : Ca me fait plaisir que vous ayez remarqué cela parce qu’en fait au moment de la composition de l’album, j’étais très en lien avec In Paradisum donc j’écoutais effectivement des artistes des labels dont tu parlais ou encore Ancient Methods ou AnD. Je trouvais ça génial mais je me disais parfois à l’écoute que j’aimerais que ça aille un peu plus loin et puis je voulais aussi et surtout utiliser mon background musical pour cet album. Notamment pour tout ce qui est de la musique contemporaine, musique concrète ou électroacoustique. A cette époque, j’allais de plus en plus souvent dans des squats de musique Noise, des endroits improbables avec des artistes complètement barrés qui se mettent à poil et se jettent contre des murs. Je trouvais toutes ces expérimentations sonores très intéressantes. J’écoutais aussi beaucoup de musique improvisée où les artistes construisent eux-mêmes leurs instruments et se lancent dans des improvisations totales, parfois même simplement a capella. Donc j’avais vraiment le besoin aussi de m’inspirer de tout ça, la volonté d’essayer de faire un peu différemment de la vague 2.0 (résurgence Indus Techno) et puis j’aimais beaucoup la Techno des 90’s qui était aussi en plein retour avec des mecs comme Regis ou Shifted et enfin toutes mes influences Breakcore \ IDM qui reviennent finalement assez souvent lorsque je compose. Donc en fait, je voulais faire des ponts entre toutes ces musiques qui ont un point commun, qui est de bousculer l’auditeur, de le surprendre, de l’effrayer, en tout cas de le faire sortir de ses habitudes. Ce qui m’intéressait et m’intéresse, c’est l’hybridation musicale. Ca s’explique aussi parce que j’ai passé beaucoup de temps à essayer de coller à des genres, on parlait tout à l’heure de l’Electronica, Braindance, il y aussi eu l’Electro Funk, Drexcyia, etc. Donc, après tout ce temps, j’avais envie de créer mon propre univers sonore fait de tout cela sans vraiment être affilié à un de ces genres en particulier.

CV : Oui et on le ressent aussi beaucoup dans le choix de la tracklist pour ton podcast…

S : Oui, c’est aussi pour cela que mon podcast comprend aussi bien de la musique traditionnelle indonésienne que de la musique industrielle. Comme la track de Cut Hands, que j’ai mise, je trouve ça fascinant, un mec qui vient de l’Indus \ Noise qui se rapproche de la musique tribale. Personnellement, c’est un truc que je trouve passionnant.

CV : Effectivement, lorsque tu évoques ces hybridations Noise \ Indus \ Tribales, on note un intérêt récemment accru pour tout cela. Je pense notamment sur un plan tant sonore que graphique aux artworks d’Andy Stott avec Passed Me By ou We Stay Together ou Rainforest Spiritual Enslavement qui tournent autour de ces cultures ancestrales avec des masques tribaux. Et très clairement, à l’écoute de ton podcast, on ressent vraiment à la fois ce mélange, cette hybridation mais aussi la volonté de bousculer l’auditeur parce que personnellement ton podcast m’a vraiment touché et bousculé pour le coup. Peux-tu donc nous en dire un peu plus sur l’idée de fond, la réflexion qui a guidé le choix de tes tracks ?

S : Oui en effet, l’idée de fond, c’est que ce sont des musiques finalement exigeantes issues des milieux différents que je fréquente pourtant. Tu vois, par exemple au début, je mets des sons Noise qui sont assez dures comme avec cette impro vocale de la meuf, Junko qui appartient au groupe Hijokaidan. Après, je mets un morceau d’un mec issu du Free Jazz mais qui est parti bien plus loin que ça dans l’improvisation libre à la guitare. C’est Henry Kaiser, un mec qui improvise à la guitare des sons qui sont parfois assez pourris mais parfois complètement fous et pour moi ce sont des ponts vers les musiques industrielles actuelles et passées. Elles ont toutes en commun le fait de prendre aux tripes et au fond, c’est en cela qu’on retrouve cette idée de Catharsis.

CV : Titre de ton LP également, peux-tu nous parler de cette Catharsis ? Etait-elle liée à un événement particulier dans ta vie ou était-ce une notion plus générale de portée cathartique de faire du son de façon complètement libre en s’affranchissant d’un certains nombre de contraintes ? Parce que c’est aussi ce qu’on a beaucoup aimé dans ton album, c’est le fait que tu t’y foutes un peu de tout et que tu files un grand coup de pied dans la table…

S : Oui, exactement, il y a ce côté rentre dedans qui est clairement voulu. En fait, si je peux me permettre une digression, ce qui m’énerve en règle générale, c’est que dans tous les milieux que je fréquente, les milieux de la scène Noise ou de la Dark Techno, c’est un truc récurrent. Il y a toujours un moment où des règles plus ou moins tacites s’imposent : « Ca tu peux le faire. Ca tu ne peux pas le faire sinon c’est trop si, trop ça ». Et justement personnellement ce qui m’intéresse, c’est de ne pas me cantonner à une niche mais de voir plus large. Donc pour en revenir au titre de l’album, il est vrai que quand je l’ai composé, c’était une période difficile pour moi et il y avait pas mal d’idées qui germaient depuis un certain temps dans ma tête. Puis, d’un autre côté, il y avait un aspect très Punk dans la démarche au sens où j’ai jeté ça comme en enregistrant les morceaux très vite, à l’instinct. Contrairement à ce que j’avais pu faire avant où je produisais des morceaux beaucoup plus léchés, plutôt dans la veine Rephlex. Là, j’ai plutôt fait un truc finalement assez cru, avec beaucoup de saturation parce que moi–même je ne voulais pas que ça sonne trop propre. Donc voilà, il y a eu cette collision d’idées confuses qui tournaient autour du fait que nos vies, on les axe autour de beaucoup de notions abstraites, de croyances, d’espoirs alors que quand on y réfléchit, avec un peu de recul, ça n’a que peu d’importance. C’est d’ailleurs la thématique du titre Pointless.

CV : Il y a un nihilisme lancinant inhérent à cette track, celle avec laquelle je t’ai découvert d’ailleurs. « What you say, what you do is pointless »…

S : Ouais, tout à fait. L’idée derrière tout ça, c’est que nous sommes dans une société hyper connectée et pourtant de plus en plus froide, au fond de plus en plus nihiliste. Ce sont des réflexions assez naïves mais finalement, ne nous sommes-nous pas de plus en plus seuls, tous enfermés dans notre ego ? Avec tous plus ou moins des difficultés à créer du lien. Il y a aussi cette idée que nous passons notre temps à poser des questions, attendre des réponses sans vraiment pouvoir admettre que parfois il n’y en a pas ou plus simplement qu’il y en a une infinité. Et c’est au final cette quête de sens ou plutôt, pour ma part, l’affirmation de la chose vide de sens dont je parle dans mon album. L’idée de fond en fait, c’est que le seul sens qu’il y ait, c’est qu’il n’y en a pas. Donc au milieu de ce néant, mon but ça a été de créer une échappatoire à tout ça, permettre à l’auditeur d’accéder à une certaine transcendance, expier une sorte de douleur insidieuse, ce qui a été le cas pour moi lorsque j’ai composé ces morceaux. C’est quelque chose de très personnel, d’intime et je souhaite, du moins, j’espère que c’est que ressentent mes auditeurs.

rzwd | gaps @ muzzart (fr)

Polonais, RZWD se plait à dévier. Avec GAPS les trois hommes, déboulonnés, servent une électro que Diesel feat. Danielius Pancerovas fait grincer, frétiller, breaker et syncoper bruitistement. La « DANCE NOISE CLUB MUSIC » du groupe le décale à n’en pas douter, LED House en renvoyant une version techno obsédante aux motifs lunaires. Là encore on coupe la dynamique, à plusieurs reprises, pour une issue prenante aux recoins triturés. Euro Track V2 [feat. K. Freeze O.], aérien puis en secousses plombées, s’inscrit dans la même qualité insoumise. Outskirt Dub…vire dub, spatial, apaisé. La palette de RZWD s’étend, concluante. On plane, pour le coup, avant de se livrer à d’autres tumultes. Hantel V3, d’ailleurs, castagne avec force noise et vrilles soniques vertigineuses.

Sur la suite Trigger Fitt V2, dub dépaysant, perché et strié lui aussi de séquences lacérées, poste un vacarme indus-noise et j’en passe à décorner un cerf. RZWD, dont l’ouvrage voit le jour chez Carton Records, truelle ensuite un Muttercoke drone aux atours presque orchestraux mais éloignés, personne n’y verra d’objection, de toute normalité. Sa fin retombe, après cette embardée arrive Footwalk qui en ruades psychiatriques sonne la fin des débats, sacrément attrayants, à s’envoyer maintes et maintes fois avant d’en faire le tour et d’en capter toute la riche matière.

reviewSeb Brunrzwd, gaps
rzwd @ the quietus (uk)

Rozwód, a band based on the outskirts of Poland’s metropolises Wrocław and Toruń, create music that sounds recycled, juxtaposing elements of the rock tradition with electronics recalling the likes of My Disco or Radian. Trance motifs, monotonous ambient passages, and sonic interventions in the background are balanced by a dense ‘rock’ sound albeit one achieved with a set of instruments unusual for the genre.

reviewSeb Brunrzwd
plein soleil | U.V @ lyl radio (fr)

Jonathan Grandcollot aka Plein Soleil fête la sortie de son premier EP solo chez Zèbres avec une heure de musique ayant accompagné la production cet album "U.V.", balançant entre dub, fourth word, free jazz et plus.

Seb Brunplein soleil
abacaxi | quetzal @ jazzwise (uk)

enowned as a festival that embraces jazz and electronic progressives, PUNKT's 20th jubilee gave its founders, Erik Honoré and Jan Bang, the clear purpose of acknowledging the PUNKT 'family'. Many who've been integral to the festival's ethos were here including musicians Nils Petter Molvær and Arve Henriksen, sound engineer Sven Persson, administrator Tonje Bjørheim and gracious festival host, Fiona Talkington.

As Artist in Residence Molvær played in several combinations, often perched on a high stool his back in an arc with trumpet pointed down, the tone never shrill or gruff as if the brass was lined with plush velvet. He seemed locked in a private conversation with his instrument, asking pressing questions about the meaning of it all; life, the universe and everything in between. This introspection was most potent in his duo with Alva Noto a.k.a. Carsten Nicolai.

An electronic artist of rigorous talent whose detailed audio passion and collaborative friendship with Ryuichi Sakamoto (they co-produced The Revenant soundtrack) was discussed in one of the seminars curated by David Toop; a freethinking element of the PUNKT programme. Here, with Molvær, he ushered the festival in with majesty. His sound was enormous yet elegant, drawing curtains of imperceptible stars from ceiling to floor with bell-like tinkles and sweet synth notes, and could summon a bass vibration that ran through the auditorium as if all that was solid had become smoke.

A piano trio led by Eyolf Dale and the art-noise band Abacaxi, may seem oppositional but their impact was identical; energising and life-affirming. Julien Desprez lobbed guitar strums and shot out rhythmic pellets like firecrackers, all the while tap dancing on an orchestra of effects pedals. Jean-François Riffaud pointed the neck of his electric bass at Desprez as if to lock horns with him, his basslines flashing fast whilst drummer Francesco Pastacaldi ran through an abandoned tunnel of punk rock; smashing the snare or clashing with drum rims. Abacaxi were fire starters with an infectious zest underpinned by incredible technique; they made sudden stops an art form.

Seb Brunabacaxi
parquet | sparkles @ goûte mes disques (fr)

Laissez le chaos pénétrer vos vies avec le dernier EP de Parquet

C’est un son mutant qui va nous accompagner longtemps, on le sait. Les lyonnais de Parquet viennent tout juste de dévoiler leur nouvel EP, quelque part entre kraut et pop, ici mélodieux, là franchement déviant. Un EP qui vient clore le cycle entamé avec l’EP Mud et l’album Sparkles & Mud. Une conclusion parfaite.

Seb Brunparquet, sparkles
parquet | sparkles @ muzzart (fr)

Attention Parquet revient, il a les dents qui le rayent. Après son Sparkles & Mud qui dans ma bagnole résonne encore à ce jour, il signe deux longues plages en phase avec ses aspirations, à savoir prendre son temps, ne pas forcer, savoir accepter, se laisser porter pour expérimenter, chercher un état. Résultat, il nous dégivre un Samantha dans un premier temps cosmique, ensuite répétitivement dansant, dans sa niche quelque part entre techno, kraut, psyché perché et saccadé avant de complètement lâcher la bride. On se retrouve gigotant, opinant du chef, mis en branle par l’approche unique des lyonnais. Leurs nappes enlevées, bien à eux, leurs sons dont on ne sait pus d’où ils proviennent font sensation. Ici, c’est sur plus de treize minutes que le morceau amorce le décollage, sans qu’on puisse en revenir.

Parquet, c’est acquis, dépose sa griffe. Avec lui il emmène, dans le sillage de créations trippantes. La seconde et dernière, Esperanza, prend un chemin plus modéré, s’englobe de sons à nouveau inédits. Des phases bien célestes l’ornent, en faisant le parfait complément à l’ouverture d’EP. Les instruments brodent, à la manière de Parquet, des entrelacs novateurs. Parquet ne chante pas, s’acidule, fait délirer ses synthés. Il tient la recette, parfaite, pour rallier son public. Ce Sparkles EP le crédite grandement, au gré de deux compositions qui sur les lives des Rhodaniens ne manqueront pas de faire suer la foule.

Seb Brunparquet, sparkles
choolers division

«Moi, c'est Philippe Marien, moi, J'aime bien les grosses fesses.» Philippe alias Fifi a beaucoup de points communs avec le commun des rappeurs, si ce n'est qu'il a un chromosome en plus au niveau de la 21e paire. Avec Kostia Botkine, il est l'un des deux MC trisomiques du groupe Choolers Division qui déchaîne les foules en concert depuis dix ans. Sur leur nouvelle mixtape, ces deux slowmen au flow semi-automatique se sont associés au Belge Carl Roosens (les Hommes-boîtes) et au Québécois Frédérick Galbraith (ex-Atacl1 Tatuq), rappeurs qui, eux, n'ont a priori aucune déficience congénitale et rivalisent d'inventivité textuelle, capables de couplets endiablés sur le tricot ou le revêtement antiadhésif des poêles Tefal. Le miraculeux bordel de cette collaboration née au fin fond des Ardennes belges fera assurément twerker dans les chaumières. M.K.

choolers division @ bandcamp

En novembre, les deux intenables MC's trisomiques de Choolers Division, Kos­tia et Philippe, se sont retrouvés aux côtés de guests au fin fond,des Ar­dennes d'où ils sont ressortis avec cette « méga mixtape » complètement déjan­tée et bourrée d'atmosphère. Une « digital mixtape » précisément, truffée d'expériences, en guise d'entraînement, mais aussi d'avant-goût d'un futur album. Parmi ces guests, aux voix égaIement, le Belge Carl Rosen (de Carl et les Hommes-Boîtes) et le Québécois Frédérick Galbrun. Au menu: du rap • qui explose les tympans comme les compteurs de vitesse (« Oldschool », ou ce « Detective Kostia » qui ressemble à du Cypress Hill sous acide), et puis dans la joie et la bonne humeur, des histoires de tricotage d'écharpe multicolore (« Reblowshsong »), de dévalisage nocturne de frigo(« Trisofatigue ») et d'autres invraisemblables aventures - encore. Sont forts ! En concert le 20/1 au VK. DIDIER STIERS

omertà | collection particulière

Depuis quand existe Omertà et comment le groupe a commencé/ s'est formé?.

FG : L'histoire commence dans la région des grands lacs et les premières répétitions en 2013, réunissant cinq musiciens dans l'idée d'écrire un album représentant le troisième acte de l'opéra sur lequel je travaillais. Le terme Opéra, mêlant autant de sculptures, d'installations, de performances que de concerts, rend compte d'un investissement rituel, il s'agit de l'aborder sous une forme très libre, influencée par le cutup et le fragment. Au départ tout se trouve dans une zone de flottaison, dans l'irréel, ce sont des bribes, des visions. Vient le cours de la transformation, le texte, les images, la musique, les voix, les objets, en train de se perdre, d'être raconté, à la recherche d'un langage. Mes sculptures se nourrissent des histoires et soufflent leurs enchaînements, elles inspirent la musique, n'ont pas de devenir fixe, l'essentiel étant de laisser chaque forme en mouvement. Par sa force instinctive, la musique a le pouvoir de fixer l'attention sur une perspective. J'ai rencontré Romain Hervault en 2005 aux Beaux Arts de Lyon, Jérémie Sauvage et Mathieu Tilly en 2007 aux Beaux-Arts 'd e Valence alors que je participais à un atelier avec Rhys Chatham. Peu de temps après Jérémie m'a invitée à interpréter un de ses Accordages avec d'autres musiciens. Le soir de nos diplômes, on a fait une grande fête dans un ancien tunnel de chemin de fer avec des concerts de groupes bien excités, on était cinquante et c'était d'une intensité folle. On peut dire que j'ai senti naître une famille à ce moment-là, on se retrouvait souvent pour des soirées et des concerts en RhôneAlpes où j'ai rencontré par la suite Pierre Bujeau, Romain de Ferron et Jonathan Grandcollot. Je me suis naturellement tournée vers eux, on écoutait les mêmes choses, c'était les personnes dont je me sentais le plus proche et en qui j'avais le plus confiance pour faire de la musique. Il y a un vrai lien entre nous tous, pas seulement la musique ou l'art, on vit de la même façon, on partage des idées essentielles. Omertà a toujours été beaucoup plus qu'un groupe pour moi, c'est une histoire d'amour à travers nos «plus belles années».

Pourquoi la nudité féminine est-elle au centre de votre esthétique graphique? Pouvez-vous nous raconter l'histoire de cette image mystérieuse sur Collection Particulière ?

FG : Omertà est un univers onirique, avec des humeurs et des sensations qui tournent, s'en vont et reviennent, comme des ritournelles. Un extrait du texte qui accompagnait la première représentation d'Omertà: Après un naufrage adolescent, les survivants du MSS se heurtent à une ne de beauté peuplée de mirages. Ayant fumé son poids en opium, l'équipage n'a plus rien de commun avec l'espèce humaine. Entre les disparitions, les légendes chronophages et les transformations animales, Tous contre tous attendent le rayon vert pour aller au bout du monde, mais le bout du monde est décoloré par le soleil. Omertà c'est vous qui le vivez, c'est moi. C'est vous violer dans des positions rares Le pouvoir est souvent calme, très calme. À l'époque où nous travaillions sur le premier disque, Jérémie nous avait fait découvrir l'album Certitude de Sophie Marceau (une perle de notre patrimoine), suggérant d'utiliser un portrait de moi pour la pochette. De mon point de vue ce n'était pas possible mais j'évoquais l'existence de photos d'un artiste peintre pour qui j'avais posé, à tout juste vingt ans. On avait fait une séance photos de nus en noir et blanc à l'Hasselblad où je tiens l'As de pique et l'As de coeur, Eros et Thanatos, l'image était cadrée sur mon buste, écartant mon visage, de format carré, déjà une pochette d'album en soi. Je n'ai jamais récupéré les tirages qui devaient me revenir, quand j'y repensais j'avais envie de revoir ces images, de les retrouver, avec cette sensation qu'on m'avait pris quelque chose de précieux et que l'auteur n'avait pas tenu sa parole. Je n'avais plus aucun contact mais luïécrivis via les réseaux sociaux avec l'idée d'enfin récupérer la photo et d'en faire une pochette. Il m'a répondu, un incendie venait de ravager son atelier, il avait perdu les tirages dans les flammes et son disque dur contenant les négatifs numérisés était endommagé. Pour autant, il avait promis de m'envoyer les images dès qu'il aurait récupéré ses données. Ça prenait un peu de temps et quand je suis revenue vers lui pour le relancer j'ai appris sa mort soudaine. L'image était perdue et je me suis mise à penser au visuel que nous connaissons, à savoir un montage fusionnel d'une photo de feuilles d'agaves bleues éclairées artificiellement (un assemblage de mon installation Omertà gave blue où s'est tenu le premier concert d'Omertà) et cette photo noir et blanc d'un buste nu féminin atteint d'une maladie de peau, prise par un artiste dermatographe à la fin du 19e, une illustration qui me hantait depuis longtemps. J'imagine que l'idée du nu avait fait son chemin lors de mes premières recherches. Puis, il y a deux ans environs j'ai vu passer un tableau issu de cette série de photos sur les réseaux sociaux, sa fille avait repris l'oeuvre de son père en main, principalement dans l'optique de clore ses comptes et geler ses oeuvres. Nous venions d'enregistrer le second album et les espoirs de faire une pochette d'après un de ces tableaux ont rejailli. Il s'agissait d'une version de la photo agrandie, marouflée sur toile où étaient peintes de fines couches de cire colorée laissant apparaître l'image par transparence à travers de subtil reflets de couleurs variant en fonction de la lumière. J'ai alors contacté sa fille lui exposant la situation, elle m'a envoyé une photo de son téléphone du seul tableau de cette série qui restait en sa possession, les autres ayant été vendus, celui là faisant dorénavant partie d'une « collection particulière » . La cire, elle aussi endommagée par l'incendie a fondu, cloqué, sous elle la photo refait surface ... c'est ce que l'on voit sur la pochette. À la suite d'une communication laborieuse, nous ne sommes pas parvenus à récupérer une meilleure qualité d'image. Il a fallu pas mal de travail et de patience pour lui donner l'air qu'elle a aujourd'hui.. merci beaucoup Corentin Perrichot, Samuel Antonin et Lionel Catelan !

Comment composez-vous les morceaux, d'où viennent les idées, qui les amène?

PB : Quand la musique est associée à la parole, on peut se demander laquelle est à l'origine de l'autre. Dans Omertà, certains textes écrits en amont ont influencé l'univers musical du projet, puis rapidement des mélodies sont proposées, sans référence directe aux textes. Les liens se tissent entre les deux corpus, des rapprochements semblent dès lors évidents. Musicalement, une majorité de morceaux est échafaudée sur des lignes de basse, des ritournelles qui s'étoffent au fur et à mesure des arrangements proposés par tous les membres du groupe. Nous sommes nombreux et pour atteindre une certaine clarté, les mélodies et les rythmes se répartissent entre tous les instruments, une igne de basse se creuse pour accueillir la note de l'autre, les synthétiseurs finissent la phrase de la guitare etc ... Afin de nous rappeler ces imbriquements fragiles, nous les inscrivons sur des partitions. Tout en sachant que les nôtres ressemblent plus à une ligne de vie spécifiant chaque intervention, détectables par des signes, des couleurs ou des motifs, parfois des symboles incompréhensibles le lendemain midi ... Un morceau est une construction mentale très compliquée.

FG: Les textes d'Omertà sont issus d'une intime collaboration entre Raphaël Defour et moi: Raphaël a été la première personne avec qui j'ai partagé ma vie, on a beaucoup échangé d'idées sur la musique et l'écriture, la poésie en parti: culier. Il était à l'époque comédien, metteur en scène, chanteur et écrivait tout le temps, dans des petits carnets, des chansons, des pensées, des mots d'amour qui m'étaient destinés. li laissait ses notes à vue et je prenais un subtil plaisir à les chercher, les lire, les raccorder entre elles dans l'idée de comprendre enfin l'être aime. Mais le mystère demeura entier et ce premier amour ma première désillusion amoureuse dont le spectre illumine toujours ma vie. Un projet d'édition contenant ses textes et mes images resta inachevé, ne parvenant pas à les oublier, ils sont devenus l'objet d'une première performance en 2010 Arcanum (wit/:1L ove) comprenant installations, musique et voix qui détermina la suite de ma pratique. Cette appropriation m'a permis d'accepter la douloureuse séparation, le manque, l'amour n'était pas mort et continuait à exister ailleurs et autrement. Sans n'avoir jamais perdu contact, on a commencé à correspondre à travers le filtre d'une écriture indirecte, à s'inventer des histoires, permettant de continuer à nous aimer, à échanger librement et légèrement à travers la chose la plus importante pour nous, la poésie. Dans cette vibration là, Raphaël Defour a écrit l'ensemble des textes du premier LP, autour d'histoires de mythes et de disparitions que nous nous racontions sur l'île que je lui ai fait découvrir, la Corse. A cet endroit précis, Omertà fonctionne comme une sorte de thérapie et les pochettes des deux disques l'illustrent inconsciemment, le corps comme l'agave porte des stigmates soignés par la lumière du soleil, malgré le temps le corps est toujours nu mais porte une protection, l'As de coeur et l'As de Pique, les cartes les plus fortes du jeu.

Quel lien avez vous avec la musique pop et la "chanson française"?

PB : Une grande partie d'entre nous n'a jamais joué ce type de musique, nous avons plutôt des accointances avec la musique instrumentale. Seul Romain de Ferron à vraiment cette expérience de musique pop, néanmoins nous en écoutons tous énormément, française ou étrangère. C'était donc une proposition assez intrigante de se frotter à cet exercice. Notre point de vue externe en temps que musicien nous a guidé vers une musique sans référence particulière, comme si nous en découvrions une nouvelle dans laquelle la dissonance, l'imprévu et la surprise avec lesquels nous sommes familiers peuvent côtoyer sans drame l'harmonie, l'évidence et la composition. Dans la pop, la langue choisie pour le chant est souvent l'anglais car c'est dur d'accepter une variation de la langue dans cette musique tellement modélisée. Faire résonner la poésie est plus aisé dans sa propre langue, mais il faut pour cela mettre de côté les modèles.

FG : J'ai grandi avec les deux et j'en ai toujours entendu/écouté, un lien affectif fort donc pour ma part et peut être ceux de ma génération. Aussi il y a quelque chose qui m'a toujours fasciné dans le format, la construction d'une chanson, c'est comment en trois minutes elle peut nous marquer à vie, nous transporter dans un état auquel vous n'auriez jamais songé auparavant, c'est un pouvoir immense ... Les textes d'Omertà sont profondément intimes et évoquent souvent des histoires, des sensations, des émotions vécues, ça n'aurait pas de. sens de les interpréter autrement que dans ma langue maternelle. Je ne suis ni chanteuse, ni comédienne, ce qui m'intéresse c'est de bâtir un pont, me laisser happer par la musique et poser un texte dessus par la voix, au même titre qu'un accord de guitare, en accueillant ce qui vient. L'idée est simple mais c'est très difficile, il faut accepter la fragilité, la mise à nue, la maladresse. Le rapport à la nudité, la voix et la fragilité me touchent énormément, cela fait de nous des individus rares et complexes, c'est par là qu'on s'approche au plus près d'une vérité qu'on sait inaccessible, mais dont on capte un reflet.

Comparé au disque précédent, sorti en 2017, qu'est-ce qui a changé?

FG: Lorsque nous avons recommencé •à travailler en 2018, nous avons repris d'anciennes compositions instrumentales avec d'autres textes de Raphaël un peu inclassables. Entre temps une amie artiste, Julia Kremer, avait écrit des poésies en vue d'un autre projet et une d'entre elles a été interprétée sur la chanson Kremer & Bergeret. Quand Raphaël a appris qu'Omertà se remettait à travailler sur un nouveau répertoire il m'a envoyé trois textes qu'il avait écrits à l'époque où nous vivions ensemble et un nouveau texte spécialement pour le disque (Au commencemen0. Collection Particulière est une sorte de collage de ces horizons qui ne forme pas une totalité organique mais une poétique fragmentaire. Le premier disque constituait un objet autonome, un monde en soi sur lequel nous ne pouvions pas revenir, nous avons juste laissé venir la suite sans savoir vraiment où ça allait, un désir de «variété» flottait, je pense que nous étions simplement en recherche et dans un certain plaisir à vivre la surprise, l'inattendu et l'imprévu. Le recours aux fragments permet de perturber les horizons d'attente.

PB : L'intention de jouer de la pop s'est avouéeet donc précisée dans Collection Particulière. Les techniques d'enregistrement et les sonorités recherchées ont permis d'atteindre cette précision, mais c'est le traitement de la voix qui est un vrai changement: enfin seule, forte, reposant sur l'ensemble musical qui la soutient. Jonathan nous a rejoint en 2018. Son jeu de batterie est fondamentalement différent de celui de Mathieu, qui lui, développe des variations dans un temps long et rejette les contraintes quand Jonathan s'exerce à un jeu métronomique, le forgeron et l'horloger. Sur le premier disque Mathieu joue des percussions de sa fabrication alors que sur le second album Jonathan s'est appliqué à jouer de la batterie de façon épurée. Le premier disque est de ce fait beaucoup plus organique que le second qui est plus ossaturé. •

Projets et rêves pour le futur?

FG : C'est étrange je ne crois plus du tout en ce mot «futur» il semble complètement vide de sens et çte vie, comme si on l'avait bafoué, violé et traîné dans la boue. J'ai l'impression qu'on s'est un peu foutu de nous avec cette histoire. Le futur, comme le passé et le présent, n'existent pas vraiment, que l'important est de taire ce qu'on a à faire avec qui on aime tant qu'on est là. Nous sommes six, ce n'est pas simple de se retrouver et avoir les mêmes envies, pour cela on ne s'est jamais vraiment projeté, cela permet de nous préserver et de ne pas perdre si ce n'est la pureté, une certaine vérité.

Seb Brunomertà
omertà | collection particulière @ aquarium drunkard

Omertà is comprised of five musicians from a handful of projects that line the interior of France’s experimental underground, notably La Société Étrange, releasing limited edition pressings on labels like Standard In-Fi, Desastre, and La Novià. Each of the members, and their associated groups, possess krautrock’s stealthy octave climbing and open feel, dub’s intimate incorporation of analog electronics and generally hazy air, and a bit of post-punk’s willingness to try anything out.

While Collection Particulière is a record from a cohesive collective, this is no doubt Florence Giroud’s band. She wrangled the cast together and played the lead as the sole singer on their self-titled debut, and now on their second album, Collection Particulière. On the brambly eponymous effort from 2017, Giroud and Omertà entertained their more avant-garde curiosities, whereas Collection captures the band figuring out what worked best from those experiments, piecing it all together with loose grooves to create attractive and kinetic songs.

Giroud’s vocal delivery is collected, slipping from spoken passages to articulate, soft melodies with a conversational ease that recalls Histoire de Melody Nelson. Even with a bare knowledge of French, Giroud’s variation in affectation, attitude, and emphasis is captivating. Jonathan Grandcollot replaces Mathieu Tillyon drums for Collection Particulière, adding a light and consistent backbone, while Romain Hervault and Jérémie Sauvage’s bass is prominent in the mix, driving everything with firm, repetitive but active basslines. Tactile synths from Romain de Ferron provide melodic volleys and lead-ins, filling in with atmospheric swells. Taken as a whole, each track is an exercise that sees all parts settling into a groove, gaining the elastic energy of Ege Bamyasi or some of the less proggy albums on Silence Records.

omertà | collection particulière @ the quietus (uk)

Part of the Standard In-Fi/France/La Nóvia extended family, Omertà have traded in the small-hours murk of their debut for a chunky backbeat, mesmerising, acid-tinged grooves and a greater urgency in Florence Giroud’s sung-spoken delivery. ‘Moments In Love’, which even has a chorus of sorts, is their loveliest song to date and Collection Particulière is perfectly formed.

omertà | collection particulière @ musique journal

En ce moment c’est difficile d’écouter autre chose que le nouveau disque d’Omertà

Omertà est un projet initié en 2013 par l’artiste Florence Giroud avec plusieurs amis à elle, qui se trouvent (ou se trouveront) être des membres des groupes Tanz Mein Herz, Société Étrange et France : Pierre Bujeau (guitare et basse), Jérémie Sauvage (pareil), Romain Hervault (basse), Romain de Ferron (claviers et synthés) et Mathieu Tilly, depuis remplacé à la batterie par Jonathan Grandcollot. Un premier disque intitulé Omertà est sorti en 2017, il est formidable mais c’est le deuxième, coédité début juin chez Zam Zam Rec et Standard In-Fi, que je vous recommande aujourd’hui. Je n’arrive pas bien à m’expliquer la beauté bouleversante de Collection Particulière et j’ai eu du mal à me frayer un chemin pour en parler. En fait j’essaie d’écrire dessus depuis plusieurs jours en l’écoutant en boucle, et je ne sais toujours pas trop comment bien le décrire pour vous donner envie de cliquer sur play chez vous, si ce n’est en vous disant que c’est de la musique dont la puissance poétique et tragique me terrasse, tout en me donnant un immense espoir : c’est comme si j’étais enseveli de pétales et de flocons, accablé mais béat, béni.

Dans le package mp3 en vente sur le Bandcamp, on trouve un pdf où Florence Giroud et Pierre Bujeau expliquent l’histoire du projet et de ce disque, qu’ils présentent comme beaucoup plus “pop” que son prédécesseur, qui bouillonnait de possibles et saturait l’air, là où celui-ci semble cultiver une sobriété volontairement contrainte, et dont se dégage une espèce de justesse qu’on ne voit pas venir tout de suite. Par justesse, je ne veux pas dire perfection de la forme ou virtuosité pop, car ce qu’on entend sonne plutôt comme des fragments cousus ensemble, rapiécés à la manière d’une rapsodie grecque – Florence Giroud parle d’ailleurs de “bribes” et de “visions”. Cette justesse serait plutôt de l’honnêteté, de la sincérité, une nudité des émotions et de l’expression : y a que ça, rien d’autre à voir, mais c’est déjà tout, si je puis dire. Ces musiciens habitués à la densité et au débordement réussissent ici à fabriquer une ossature plutôt sèche, qui tient la route malgré les privations, ou disons l’étroitesse du cadre. Bujeau explique que la conception des morceaux commence en général par la basse, mais que les phrases se distribuent ensuite entre les différents instruments, et que pour “atteindre une certaine clarté”, les membres doivent se mettre d’accord sur ces relais en élaborant des partitions – pas des partitions classiques, certes, mais des feuilles de route censées mener vers cette clarté.

Et en effet la clarté advient, mais c’est pas du tout une clarté chiante à la Heidegger, elle est en fait peu lumineuse, comme la clarté d’un pavillon de chasse vide ou d’un appartement de proche-banlieue sans vis-à-vis, l’été. Une clarté avec du dépit, un sentiment de passé mais un passé très vif, un souvenir actif, net et neuf d’une sensation oubliée ou plutôt qui n’aurait pas eu le temps d’être bien éprouvée jadis, et qui retrouve sa chaleur et ses couleurs aujourd’hui. Des couleurs passées intenses dont émane une vie, un groove sans pareil, qui râle et rechigne un peu tout en prenant tout le monde par la main. Une “musique sans référence particulière”, dit Pierre Bujeau, mais ça m’a quand même rappelé pas mal de choses que j’adore, mais plus à l’état d’ombres, voire de coïncidences, comme si elle partageait avec Can, Melody Nelson, Catherine Ribeiro/Alpes ou Tortoise la même “zone de flottaison”, un terme que je mets entre guillemets car c’est Florence Giroud qui l’emploie dans le pdf. L’incroyable force de ces compositions, c’est qu’elles ne citent jamais bassement leurs influences, on dirait presque que c’est un hasard si elles y ressemblent, si elles arrivent dans cette zone : c’est un chemin pris à l’envers par des voyageurs venus de contrées lointaines et plus bruyantes.

Il y a ces musiciens qui jouent avec génie, nuances et amitié, mais c’est Florence Giroud qui de toute évidence fait basculer le disque du statut de “super album” à celui de chef-d’œuvre, de splendeur, de créature si singulière qu’il devient difficile d’écouter autre chose une fois qu’on a plongé dedans. Cette jeune femme est artiste plasticienne, elle fait des sculptures, des installations, et ce qu’elle appelle des opéras qui mêlent éléments visuels, mise en scène, voix et musique : le Omertà de 2017 était justement un volet de ses opéras. Elle a beau dire qu’elle n’est ni comédienne ni chanteuse, sa présence donne l’impression qu’elle est totalement faite pour ça, élue par les dieux de la voix pour parler-chanter sur les instrumentaux de ses camarades. Je ne sais pas comment dire : a priori je ne suis pas très amateur des flows déclamés plus ou moins spoken-word, interprétés voire scandés de façon plus théâtrale que musicale. D’ailleurs Giroud ne fait pas tout à fait ça, disons qu’au début ça peut y ressembler, mais très vite ça devient autre chose, elle sort d’elle-même et du triste spectacle de la performance expressive-subjective pour atteindre en quelques mots un total état de grâce. Dès le premier morceau (le deuxième en fait, puisqu’il y a une intro instrumentale), dès ses premières lignes, j’ai eu en tête les mots qui forment le titre de ce track qui pourtant n’a rien à voir, signé du rappeur français west-coast Alpéacha : “J’arrive classique”. Florence arrive classique, sans doute plus du côté de la Grèce classique, façon oracle de la Pythie de Delphes, mais elle est déplacée au début du XXIe siècle dans une maison du Forez ou un atelier d’école d’art.

Elle se pose très précisément, se place à la hauteur de ses moyens, ne va pas tenter des prouesses vocales de professionnelle mais sait en même temps faire des trucs qu’une pro ne saurait peut-être pas exécuter et elle parvient à faire chanter, faire sonner la voix parlée, sérieusement c’est trop beau de réussir ça. Son flow humble se nourrit pourtant d’impudeur, à la fois dans le propos des textes et dans son rapport au micro, la vulnérabilité qu’elle y engage, et là j’en suis devenu quasiment addict. L’avant-dernier morceau, avant la brève outro, clôt le disque en apportant un tout petit peu plus d’intensité sonore que ce qui précède, avec de la guitare saturée, et sur la rythmique chaloupée en pleine gloire Florence en vient presque à “kicker” sans que ça fasse ridicule et sans même d’ailleurs qu’elle prétende réellement rapper, même si elle place des phases qui à leur manière sont des punchlines : “rien à foutre du bien, j’ai tourné le dos à à mon cul coupable, parfois ça tombe bien”. Sur le morceau d’avant, une reprise très sourde de “Moments In Love”, elle dit aussi (en empruntant ses mots aux Proverbes de l’enfer de William Blake) “la prudence est une vieille fille riche, et moche”, en marquant une pause qui me fume complètement entre “riche” et “moche”.

Je m’arrête là, je voulais parler du disque de Sophie Marceau qui a été une lointaine inspiration de Collection particulière, mais je crois que c’est pas utile. Allez écouter ce disque qui ne plaira pas à tout le monde, qui clivera sans doute une partie des lecteurs et lectrices de Musique Journal, mais qui pour moi est une de choses les plus dingues sorties ces dernières années en France, et qui me rend fier des musiciens de mon pays. Bravo Florence, Pierre, Jérémie, Romain, Romain, Jonathan, Mathieu, je vous connais pas mais vous entendre faire cette musique me fait déjà vous aimer.

omertà | collection particulière @ freq

What an arresting cover, the naked singer holding up the ace of hearts and the inevitable ace of spades, “the most powerful cards in the deck”, as weathered metaphors for the prismed verve contained therein, compass points for the emotional minefield of first love, first heartbreak and the limbo between.

That metered percussive of “Amour Fou” scaffolding those Theseus-threading guitars, that curling theremin-like mirage that glows around Florence Giroud’s vocals. Sung in her native language, lyrically my schoolboy French is missing a lot of the finer details; but boy her voice is lovely, skips effortlessly on through. Kind of half intoned / fluidly spoken, her words indelibly burn, cling loosely to the projected mood, suddenly find themselves pleasantly swept up by those melodic thermals.

A sunny dispersion that sparks in ambering accents and folding contours, throws accelerate on the stippled slap of “Mortel” that sees Giroud’s vocals possessively tumble to glints of “Histoire De Melody” hypnotically caught then bayoneted in sizzling synthetics.

Skulks a hushed seduction on ‘La Chambre De La Fumée Et Des Fleurs’ as that hazy halo of instrumentation licks the word fall, sways smokily to that cellar-stepped bass. A dark delight that leads to “Moments In Love,” a surprise homage to the Art Of Noise original re-constituted with a William Blake twist. Its origins are uprooted to flow more dub-like in a brushed reggae-like elegance spiked in a loose concussive unwind.

Sunflowers a diffusing light that “Kremer & Bergeret” spectrally feasts on in lush spiralling harmonies and elasticated funk, all ending on a Durutti Column-esque high of “Le Magnifique”.

Another priceless ZamZam find for sure.

omertà | collection particulière @ it's psychedelic magazine

Omertà | Interview | New Album, ‘Collection Particulière’

The French sextet is coming back with a second LP entitled ‘Collection Particulière’, with Florence Giroud on vocals, Jérémie Sauvage & Romain Hervault on bass, Pierre Bujeau on the guitar, Romain De Ferron playing synths, joined by Jonathan Grandcollot on drums, recorded by Manu Laffeach at Chaudelande studio in Normandy in 2019 and mixed by Ernest Bergez.

The record is co-released between Zamzamrec and Standard In-Fi, Florence Giroud and Zamzamrec. Newcomers, Héloïse & Olmo talk with Florence and Pierre.

Omertà

“Omertà is a dream world, with moods and feelings swinging, coming and going, like a refrain or ritornella”

When and how did Omertà start?

Florence Giroud: The story begins in the Great lakes area with early rehearsals in 2013, bringing together five musicians to write a full-length album to stand in for the third act of an opera I was working on at the time. The word opera, melding together equal parts sculpture, installation art, performance as well as concerts, delves into a kind of ritual endeavour, meant to be a free-form experience influenced by cut-up and fragmentary composition. From the onset it all comes from a floating world, the unreal, its scraps, visions. Then comes the transformation into written word, images, music, voices, artefacts, becoming lost, becoming tales, in search of a specific language. My sculptures feed on stories and prompt their own sequences, they bring about music, while having no set future, in their essence remaining shape-shifting. Through its instinctive nature, music can focus attention on a certain framework.

I met Romain Hervault in 2005 at the Lyon school of fine arts, then Jérémie Sauvage and Mathieu Tilly in 2007 at the Valence school of fine arts while participating in a workshop with Rhys Chatham. Soon after that, Jérémie asked me to join one of his Accordages among other musicians. On graduation night we had a big party in an old disused railroad tunnel with a bunch of wild bands playing live, there were about fifty of us and it was insanely intense. It’s safe to say I felt that was the start of a family at that point, we often got together for parties and gigs in the Rhônes-Alps area, where I eventually met Pierre Bujeau, Romain de Ferron and Jonathan Grandcollot. I felt naturally drawn to them, we listened to the same things, they felt like kindred spirits whom I could trust to make music with. There is a deep bond between us, not only music and art, we lead similar lives, share essential ideas. Omertà has always been more than a band for me, it’s a love story throughout our best years.

Why is female nudity at the core of your graphic aesthetics? Can you tell us about the artwork for Collection Particulière?

Florence Giroud: Omertà is a dream world, with moods and feelings swinging, coming and going, like a refrain or ritornella.

Excerpt from the text accompanying the first Omertà show:

Following their teenage shipwreck, the survivors of the MSS collide with a beautiful island full of mirages. Having smoked their weight in opium, the crew has nothing left in common with the human species. Among vanishings, time-consuming legends and shape-shifting animals, all against all await the green ray to reach the world’s end, only the world’s end is sun-bleached. You are the ones living Omertà, I am Omertà. Being violated in unusual positions Power is often quiet, very quiet.

At the time we were working on the first record, Jérémie had introduced us to the Sophie Marceau album ‘Certitude’ (one of our culture’s true hidden gems), suggesting we should use a portrait of me for the album cover. From my standpoint that was not an option so I mentioned the existence of photographs I had done, posing for an artist when I was just twenty years old. We had done a series of nudes, shooting in black and white on Hasselblad cameras where I was holding the ace of spades and the ace of hearts, Eros and Thanatos, the picture was framed around my chest, away from my face, square format, basically already an album cover.

I never got these photos like I was meant to, and thinking about it made me want to see them again, get back to them, making me feel like something precious had been taken away from me and that the artist hadn’t been true to his word. We were no longer in touch but I managed to reach him through social networks, with the aim to retrieve the picture and turn it into an album cover. He replied that a fire had destroyed his workshop, he had lost the physical photos and the hard drive containing the digital copies had been damaged. Nevertheless, he promised to send the pictures as soon as he managed to retrieve the data. Some time passed and when I got in touch again I learned of his sudden passing.

The picture was lost and I started thinking about the current artwork, which is a superimposition of a picture of blue agave with artificial lighting (an assemblage from my installation Omertà gave blue where the first Omertà concert took place) and this black and white picture of a nude female chest afflicted with a skin disease, taken by a skin writing artist at the end of the 19th century, an image that had been haunting me for a long time.

I guess the idea of the nude had carried on from my initial research.

Then, about two years ago, I saw on social networks a painting stemming from this photo series, the artist’s daughter had restarted her father’s work, mainly with the aim to settle his accounts and freeze his works. We had just recorded the second album and that revived the hope of doing the album cover from one of these paintings. It was a blown-out version of the photo, marouflage on canvas upon which layers of coloured wax let the image show through through subtle hues shifting with the light. I contacted her explaining the situation to her, she sent me a photo taken from her phone of the only painting in her possession, the others having already been sold, this one being from that point on part of a “collection particulière” (private collection). The wax, damaged by the fire, had melted and blistered, the photo underneath thus re-emerging… that is what appears on the album cover. After laborious communication, we couldn’t acquire a better quality picture.

It took a lot of work and patience to give it its current appearance… thanks to Corentin Perrichot, Samuel Antonin and Lionel Catelan!

How do you write the songs, where and whom do the ideas originate from?

Pierre Bujeau: When music meets lyrics, one can wonder which spawned the other. In Omertà, some of the texts written beforehand shaped the project’s musical environment, then quickly melodies were suggested, without direct relation to the words. Links appear between the two bodies, bringing about seemingly obvious connections. Musically, most tracks were built around basslines, themes that expand as all the band members bring forth their arrangements. There’s a bunch of us and in order to achieve a certain clarity, melodies and rhythms split between the various instruments, a bassline will fade out and make space for someone’s note, synths will complete the guitar line et cetera. In order to remember these fragile constructions, we write them down on music sheets, although ours look more like lifelines specifying each intervention, notated with signs, colours and patterns, sometimes incomprehensible the very next day… Each piece is a rather complicated mental construct.

Florence Giroud: Omertà’s words stem from an intimate collaboration between Raphaël Defour and myself.

Raphaël was the first person I shared my life with, we have shared a lot of ideas on music and writing, poetry in particular. He was a stage actor at the time, stage director, singer too, and wrote all the time inside little notebooks, songs, thoughts, love letters to me. He left his notes out in plain sight and I took subtle pleasure looking for them, reading them, linking them together in order to finally understand a loved one. The mystery remained however, and the ghost of this first love and first heartbreak still lights up my life. A planned edition of his texts and my visuals remains unfinished; though unable to let them go, they became the focus of a first performance in 2010, ‘Arcanum (with love)’ consisting of installations, music and voice, which lead my subsequent endeavours. This appropriation allowed me to accept the pain of separation and yearning, love was not death and kept on existing elsewhere in different ways. Without ever losing touch, we began to communicate through the filter of indirect correspondence, making up stories, allowing us to keep loving each other, exchanging freely and lightly through the most important thing for us, poetry.

Within that vibe, Raphaël Defour wrote the bulk of the lyrics on the first album, around stories of myths and disappearances that we told each other on the island I introduced him to; Corsica. In that specific place, Omertà acts like a form of therapy, unconsciously illustrated by the artwork on the two albums, both the body and the agave bear scars healed by sunlight, despite the passing of time the body is still naked yet protected, the Ace of hearts and the Ace of Spades, the strongest cards in the game.

What kind of ties do you have with pop music and French chanson?

Pierre Bujeau: Most of us have never played that type of music, we mostly come from instrumental music genres. Only Romain de Ferron actually has had experience with pop music, although all of us listen to it a great deal, whether French or international. It was therefore an interesting idea to have a go at this endeavour. Our external viewpoint as musicians lead us toward a music without specific reference, as if we were discovering a new one in which dissonance, chance and amazement, all of which are familiar to us, can as well get along unceremoniously with harmony, obviousness and composition.

In pop music, the language of choice for singing is often English as it is hard to accept other languages in such a standardized genre. Poetry resonates more readily in one’s own language, although one must discard standards.

Florence Giroud: I grew up around both and always listened to, or was exposed to both, a deep emotional bond in my case, as it might be for my generation. There is also something that has always fascinated me about the format, the way songs are built, the way they can make their mark on you within three minutes, put us into previously unimaginable states, such immense power…

The lyrics of Omertà are deeply intimate and often bring forth stories, feelings, experienced emotions, it wouldn’t make any sense to perform them in any other than my mother tongue.

I am neither a singer nor an actress, I am interested in building bridges, letting myself be caught by the music and adding words through my voice the same as a guitar chord, welcoming whatever comes. It’s a simple but very difficult idea, one must be able to accept vulnerability, exposure, awkwardness. The relation to nudity, the voice, and vulnerability touch me a great deal, they are what make us rare and complex as individuals, and through them we get as close as we can to a truth we know to be inaccessible but for a single reflection.

Compared to the previous record that came out in 2014, what has changed?

Florence Giroud: When we resumed working together in 2018, we brought back some old instrumentals with different words by Raphaël, rather unclassifiable stuff. In the meantime, an artist friend, Julia Kremer, had been writing poetry for another project and one of them was interpreted on the song Kremer & Bergeret.

Raphaël heard that we had reformed and sent me three songs he had written back when we lived together and a new one specifically for the record (‘Au Commencement’). ‘Collection Particulière’ is a kind of collage of these different vistas that do not make an organic whole but rather poetic fragments.

The first record was a stand-alone artefact, a world in itself upon which we no longer had control, we just let its follow-up come to us without knowing where it would lead to; a certain desire for “variety” was in the air, I think that we were simply in search of something, taking pleasure in experiencing chance, the unexpected and the unforeseen. The use of fragments allows this disruption of expectations.

Pierre Bujeau: On ‘Collection Particulière’, we accepted and therefore focused on the fact that we were intentionally playing pop music. The recording techniques and the sounds we were after made it possible to reach a certain precision, but the real change came with how we treated the vocals: finally taking lead, powerful, building upon the strength of its instrumental backing.

Jonathan joined us in 2018. His drumming style is fundamentally different from Mathieu’s, who works on variations over long sequences and rejects constraints, whereas Jonathan works in a metronomic style, the blacksmith and the watchmaker.

On the first album, Mathieu played his own home-made percussion whereas the second album sees Jonathan applying himself to a streamlined drumming style. The first album is thus a lot more organic than the second which is more structured.

Omertà | Photo by V. Mare, Paris April 2017

Plans and dreams for the future?

Florence Giroud: Strange but I have stopped believing in the word “Future”, which now seems totally devoid of meaning and life, as if it had been flouted, violated and trampled in the mud. I feel like we have been cheated on this one. The future, just like the past and the present, doesn’t really exist, what matters is to do what we have to do with whomever we like as long as we’re around. There’s six of us and it’s not simple to get together and feel the same desire, which is something we have never plotted, allowing us to keep ourselves and avoid losing a certain truth, if not a certain purity.

parquet | sparkles & mud @ rumore (it)

85/100

Fondato nel 2014 dal batterista Seb Brun, il settetto lionese Parquet arriva all'album di debutto molti anni dopo i primi passi, avendo alle spalle due EP e un album abortito nel 2019, dal cui materiale ha germinato questo strepitoso lavoro pubblicato dalla label francese Carton, Sparkles & Mud, sintesi di più argomentazioni. Elementi electro, techno, noise rock, kraut perfettamente assemblati convergono in questi nove brani strumentali irresistibilmente ritmici, costruiti su intricati moduli percussivi che vanno stratificandosi. Se ci fosse la possibilità di creare in laboratorio un golem interspecie tra Battles, Liars, LCD Soundsystem e El Guapo ci troveremmo davanti qualcosa di molto simile ai Parquet. Pochi album rock hanno saputo coniugare dancefloor e sperimentazione. Questo è uno.

Andrea Prevignano