jozef dumoulin | this body, this life @ jazzhalo (be)

Met het uitbrengen van ‘A Fender Rhodes Solo’ (2014) trok hij de nodige aandacht. Op ‘This Body, This Life’ gaat hij opnieuw solo maar nu is Jozef Dumoulin wel actief op meer instrumenten.

Naast Fender Rhodes horen we hem op grand piano, synthesizers en gitaar, allemaal aangevuld met veldopnamen en een amalgaam van elektronische ritmen. Werelden die over elkaar schuiven als tektonische platen maar zonder schade aan te richten. Het eindresultaat klinkt als een grote puzzel met uitzondering van echte omkadering. De “shuffle” instelling kan gerust aangewend worden.

Bij elke herbeluistering sluiten sfeerzettingen, beats, electro-effecten, achtergrondgeluiden, stilte (‘Eighteen Chords For An Angel’) en subtiele contrasten (spacy achtergrond versus loungebeats in ‘Social Disdance’!) uiteindelijk toch weer onderling aan.

Een soloplaat maar tevens een soort “family affair” dankzij de medewerking van zoontje Ayaan op ‘Altijd Koko Ziek’. Hij tekende ook mee het hoesontwerp. Welkom in Wonderland Dumoulin.

boris boublil : mù | 93 manifesto @ à découvrir absolument (fr)

Étant donné qu’il y a un accent grave sur le u de Mù, on n’ira pas paresseusement chercher les analogies avec le fameux continent perdu, qui serait une sorte d’Atlantide gisant au fond de l’océan Pacifique, et dont la brillante civilisation aurait, quelques milliers d’années avant les Égyptiens, bâti des pyramides aux quatre coins du globe. Point de relecture de l’histoire à la Maître Gims ou Lilian Thuram, non, nous acceptons de ne pas comprendre l’énigme proposée par Boris Boublil : il en va ainsi de notre compréhension du monde, pour laquelle il convient d’accepter de ne pas tout piger, tout petits humains imparfaits que nous sommes.

Mù pourtant fait phantasmer : orchestre amical accompagnant notre Boris - par ailleurs musicien pour Dominique A et Emily Loizeau, compositeur pour le cinéma (Derniers remords avant l’oubli, de Jean-Marc Cuillersi) et pour le cirque (Extrême night fever - compagnie Inextremiste), également grand amateur du sécateur des relations humaines Raymond Carver -, il est composé notamment de John Parish (guitares et percussions) et de Sacha Toorop (batteries), figures tutélaires d’un underground rock que l’on ne présentera pas, tant leurs auras et apports respectifs méritent admiration et respect. Avec Csaba Palotai (guitares), Théo Girard (basses), Robin Fincker (saxophone, clarinette), Morgane Carnet (clarinette, saxophone), Jesse Vernon (violon) et Antoine Berjeaut (trompette, bugle – un saxhorn), il est évident que Boris Boublil sait s’entourer, à l’instar d’un Shackleton en quête de terres inconnues.

Entre la corde et le mât, il y a quoi, ou qui ? On pense à Ulysse, parfaitement mis en scène par Waterhouse, qui pour échapper aux si tentantes sirènes à la cruauté sans égale s’attacha au mât de sa Calypso en perdition : ainsi commence 93 Manifesto, sur un lit de cuivres et de cordes mélodieuses à la limite de la dissonance. Et c’est tout un voyage qui commence, entre noise et post-rock, convoquant défunts du folklore mexicain (El Dia de los Muertos) et lacérations soniques, mais également piano jazzy sous perfusion lounge (le cinématographique Piano Tapes, pas très loin de ce que proposait l’excellent Rob) ou dissonance arithmétique d’avant-garde (Basement).

Carton Records (Emmanuelle Parrenin, Belvoir, Balladur) est définitivement un label à suivre et ce n’est pas 93 Manifesto qui va nous en dissuader, bien au contraire. Il y a dans cet album de Boris Boublil : Mù un parti-pris résolument aventureux et néanmoins accessible, en témoignent des arpèges pianistiques à la Clayderman et des guitares western, toujours à propos. Le grand écart entre l’accessible et l’exigeant n’est jamais impossible, à l’instar de ce proposait le Sébastien Tellier des débuts. Un morceau comme Penguins, au kitsch romantique assumé, trouverait tout à fait sa place sur la bande sonore d’un Jacques Demy du 21ème siècle.

Et donc, en onze titres au lyrisme décalé assumé et néanmoins hyper moderne, Boris Boublil : Mù déploie des trésors de trouvailles et d’arrangements malins à la saveur persistante. Franchement, qui peut résister aux glissando d’un accord majeur en accord mineur et vice-et-versa ? Et aux guitares lourdes de Pandora ?

Oui, que de questions, après celles posées en introduction, et celles qui ne se posent pas à propos du titre de cet album, hautement ironique ; en octobre 1914, le manifeste des 93 concernait un groupe d’intellectuels allemands hautement favorables à la guerre, les beaux couillons. Il est évident que l’orchestre de Boris Boublil a choisi des armes qui ne tuent pas, mais enchantent, et en ce sens il est là, le continent perdu, sous nos yeux, depuis toujours : il s’agit de nos cœurs.

boris boublil : mù | 93 manifesto @ hopblog (fr)

Boris Boublil et son collectif Mù ont décidé de ne pas choisir entre rock et jazz pour donner vie à 11 titres très beaux.

Boris-Boublil-93-manifesto Boris Boublil & Mù - 93 Manifesto

Au début des années 2010, Boris Boublil (rattaché au collectif jazz Surnatural Orchestra) a collaboré avec John Parish au sein du collectif rock Playing Carver avant de former il y a peu son groupe Mù. Pour cela, il a rassemblé des musiciens venus de divers horizons : John Parish, Csaba Palotaï, Robin Fincker (Aquaserge, Surnatural Orchestra), Jesse Vernon (This is The Kit, Morning Star), Sacha Toorop (Dominique A, Emily Loizeau), Théo Girard (Trans Kabar), Morgane Carnet (Selen Peacock), Antoine Berjeaut (Surnatural Orchestra).

Boris Boublil a d’abord joué ses morceaux avec son collectif, du côté de Brest, avant d’aller enregistrer au studio Rothschild, près de Cardiff, au pays de Galles, là où son ami John Parish a ses habitudes. Des compositions, qui ont mûri durant des années dans la tête de Boris Boublil, et auxquelles il a fini par donner vie.

Au programme de ce 93 Manifesto, on trouve des musiques riches et intenses, sombres ou joyeuses, qui alternent le chaud et le froid, à la frontière du jazz et du rock. Des morceaux aux accents free, Noise, qui grincent, qui couinent, qui grattent, mais aussi qui caressent ou réconfortent.

En tout cas, un disque qui mérite vraiment le détour.

oscar fritsch | a moment of absolute acceptance @ le cargo (fr)

On se repose en France pour terminer la sélection du jour, mais pas question de se poser. Missed Encounter, Snake & Charm est un morceau relativement inclassable musicalement à la croisée des genres et des influences. Mais c’est surtout un morceau ultra prenant, dansant et addictif que l’on a envie d’écouter très fort. La très belle voix d’Oscar légèrement éraillée, qui n’est pas sans nous rappeler celle de Oh Tiger Mountain, étonne sur un morceau électro, pop, rock (oui oui au moins tout cela à la fois), mais se marie parfaitement. Apportant une touche d’émotions à un morceau qui vous donne envie de bouger, de courir, de chanter et de danser (oui oui au moins tout cela à la fois !!)

oscar fritsch | a moment of absolute acceptance @ indie underrated (us)

A rare voice and an innovative arrangement come together on An Ocean to be Conquered. The new release from Oscar Fritsch is a revelation. His passionate emotional delivery embellishes the broken depth of his expressive snarl. Within alternating verses he break boundaries, adding elements of indie rap into his vocal design. The eclectic stylistic soup tastes delicious. We also hear evidence of post rock in the musics dramatic tempo design. An all around a slam dunk release, it will connect with fans of diverse intention, similar to Joji or Car Seat Headrest.

oscar fritsch | a moment of absolute acceptance @ class of sounds (br)

O compositor e multi-instrumentista francês Oscar Fritsch editou recentemente seu álbum de estreia, A Moment of Absolute Acceptance, nas plataformas digitais.

Nada diferente de muitos artistas que preferem denominar seu trabalho como art rock, Fritsch lança mão de experimentalismo sob toques psicodélicos, com fins de traçar um paralelo ao que se passa na esfera pop.

Algumas conexões – influências – se mostram mais visíveis e outras nem tanto, como Black Midi, The Voidz, David Bowie e muito da lisergia sessentista, mas pela “ótica indie”. Nas palavras do artista:

“Se tudo é político, esta obra certamente é. Oscilando entre a desilusão e a luz, em busca de um estado de graça, à aceitação ou à revolta. Estas dez pistas oferecem a oportunidade de construir ou desconstruir para forjar um ideal que, se não for concreto, quase pode ser imaginado. É a resposta irrefutável a todas as perguntas que nunca foram feitas.”

Todas as músicas bem como a parte instrumental são assinadas por Oscar: guitarras, baixo, bateria, sintetizadores, piano, trompete e claro, voz. A gravação e mixagem são de Gabriel Jullieret-Cointet, feitas no Kasanostra Studio em Lyon, França. Já o trabalho de masterização ficou a cargo de Clément Poisson.

tatiana paris | gibbon @ drame (fr)

Objet difficile à ramasser. C'est ainsi que Cocteau voyait son œuvre. Ce sont évidemment celles que je cherche à débusquer au fil de mes pérégrinations. J'ouvre les yeux, je tends les oreilles, je me lèche les babines, je mets mon nez au vent, caresserais-je un vain rêve ? Alors je laisse de côté ce disque pour plus tard, si jamais me vient l'inspiration. Je le reprends, le repose, l'insère. Ce Gibbon m'aurait-il glissé une peau de banane ? J'ai marché trois jours dans la forêt primaire, emprunté des tyroliennes dont la plus longue mesurait un kilomètre à 150 mètres de haut au-dessus de la vallée et n'ai pas vu un seul de ces grands singes. Mais le troisième matin je les ai entendus, là, tout près, dans la brume de l'aube. Qu'y a-t-il de commun avec cette guitare électrique martyrisée, ces voix dans le radio-cassette, ces effets électroacoustiques aussi décapants que fragiles, cette chanson délicate ? Rien et tout à la fois. Le goût de l'aventure. L'observation des autres, ici un rouge-gorge amateur de farine, une murène, un type avec un drôle de blaze, une fille, et le fameux gibbon qui donne son titre au disque de Tatiana Paris. Les cordes de sa guitare sont frappées comme un cymbalum, le filetage des cordes est gratté, frotté, l'électricité offre la distorsion, ça pince. Pourquoi pense-je à Satie ? Peut-être parce que c'est court, faussement simple. 21 minutes 27 secondes. Pourtant tout y est.

Seb Brungibbon, tatiana paris
emmanuelle parrenin @ the guardian (uk)

Cult musician Emmanuelle Parrenin: 'I like to dive into the void and invent something'

Philip Bloomfield

The singer and instrumentalist caused a riot at a Clash gig, cured herself of deafness, and, decades on from her debut LP, is an icon to young French producers. ‘I love to discover,’ she explains

“In terms of my career, I only made bad choices.” Emmanuelle Parrenin is discussing the importance of intuition. “But in terms of what I like, I made good choices.”

Intuition has taken Parrenin, now at an undefined point in her 70s, to some remarkable places: from stages with the Clash to deserts in Morocco, and in and out of deafness. Often narrowly described as a folk musician for her role in the revival of French traditional music in 1970s, her career has been an exercise in pushing boundaries – and, indeed, ignoring them – while becoming one of her country’s most enduring cult musicians.

Born into an elite musical family, she still had to find her own way through music. She began playing the guitar aged 15, and was soon kicked out of her religious boarding school for “writing songs about the nuns”. A couple of years later, in the mid-60s, surrounded by beatniks in Paris’s Latin Quarter, she got her first glimpse of a hurdy-gurdy at a concert. “The sound went straight to my stomach,” she remembers. “It touched me deeply, it shook my insides. I said: I want to play that.”

A medieval stringed instrument resembling a squat violin with a hand-crank, the hurdy-gurdy is capable of everything from reedy tones to throaty drones, and is difficult to master. “You want to do one thing and something else comes out, so you have to play with what you get,” Parrenin says. Yet her instrument’s mercurial character matches her own. “It’s like in life: I like to dive into the void and have to invent something.”

Maison Rose, her debut LP, is a swan dive into the unknown. She’d spent the last years of the 60s crisscrossing France and Quebec, tape recorder in hand, seeking to preserve traditional music. By the mid-70s, she was a renowned traditional musician in her own right, touring and recording as part of multiple ensembles.

The 1977 record is at once the culmination of, and the decisive break with, those years. Fed up with singing traditional lyrics about “women suffering”, she looked for a new direction, and working solely with engineer Bruno Menny – Maison Rose’s only outside songwriting contribution is Plume Blanche, Plume Noire by Jean-Claude Vannier, who famously wrote for Serge Gainsbourg – she crafted a psychedelic, ethereal folk masterpiece that still feels suspended outside time.

It seemed as if Parrenin was on the cusp of real fame. Yet folk and traditional music in France had become “cliquey, cloistered”; following her intuition, she drifted into different circles. In 1981, she opened for the Clash at le Zénith in Paris, with an experimental group she’d formed with Didier Malherbe of prog rockers Gong. Although she “deeply admired” the spirit of punk, she couldn’t have been “further from the aesthetic”, as she found out that night. Her group nearly started a riot. “People started hitting each other, blood everywhere.” They abandoned their planned performance and improvised: “That’s how we saved our skins!”

Emmanuelle Parrenin.

Emmanuelle Parrenin. Photograph: Philippe Taka

There’s no document of the concert, but in 2017 French label Souffle Continu released Pérélandra, a set of previously unheard recordings from this era. Parrenin had begun to compose for dance – “it let me use more space, more tone” – and the pieces are dream-like, spacious and spiritual. She wrote music for American choreographer Carolyn Carlson, and even joined her troupe as a dancer.

But in 1993, she was left almost entirely deaf after a “very violent assault”, which she prefers not to discuss. Doctors told her she would probably never hear again. During her recovery, a friend offered her the use of an Alpine chalet in the Haute-Savoie region near Switzerland. “No water, no electricity, and I went there with my instruments.” She played the harp and sang to herself every day, and little by little, her hearing returned, which she attributes to the effects of resonance. Recovered, she “came down from my mountain” and spent the next 10 years working throughout the region as a musical therapist. She studied in Paris (“a waste of time – I learned everything in the field”) and devised a treatment based on her own experiences, maïeuphonie, which she still practises today.

In her absence, Maison Rose acquired cult status, much to her bemusement: “For me, it was forgotten, it was another era.” She returned to Paris around 2001 to find that a new generation of mostly electronic musicians had become enamoured of her music. Among them was Étienne Jaumet of synth duo Zombie Zombie, who would become a close friend and frequent collaborator. “You don’t feel the age difference at all with Emmanuelle,” he tells me. “There’s something very ageless about her way of being, her way of approaching things.”

“I love to discover,” she says, “and I love when people show me things.” Her passion for collaboration has played a major part in her return to music. In 2011 she teamed up with singer/songwriter Flóp and Jaumet to record Maison Cube, her first record since Maison Rose, and in 2013 she joined outsider musician Jandek – “a very simple, nice man” – in concert in Paris, singing as part of an improvised performance.

Her new record, Jours de Grève (Strike Days), was recorded during the French general strikes of 2019 and 2020 with Detlef Weinreich, AKA producer Tolouse Low Trax. Jaumet’s friend Gilb’R, who runs the label Versatile, paired the two up. “It’s the freedom she has in her approach that makes it work,” Gilb’R says, “and also this certain freshness she has.”

Marrying Weinreich’s brooding, artful dubs with Parrenin’s voice and the hum of the hurdy-gurdy, the album is brighter and lighter than expected. Weinreich reveals that she paid him the ultimate compliment on hearing the final mix: “She said she’d never heard anything like this before.” He neatly defines his own philosophy as “everything is danceable” and that seeped into the collaboration, to the delight of both parties. “That’s something I can’t necessarily do with my music,” adds Parrenin, “and I love that.”

Parrenin herself is releasing another record of her own compositions in March (on fledgling Parisian label Johnkôôl) recorded on the fifth floor of an apartment building with just a microphone. “Not the best one … and yet it sounds good!” she tells me, with all the excitement of an artist about to release her first album.

She has never stopped following her prized intuition, she says, “even when I fall on my face”. She found herself in the Moroccan desert as the Covid-19 quarantines hit, the festival she was supposed to play cancelled. She ended up spending a month stranded in a desert camp. “I was the only European, I didn’t speak Arabic, there was nothing.” In her inimitable manner, being caught in a sandstorm becomes terrifying, memorable and a little funny: “I became a sand woman! I went deaf again because of sand in my ears.”

Her friends and family are at times despairing, but unsurprised. “Emmanuelle, you could write a book about her,” sighs Jaumet. “Things are always happening to her – she’s in a permanent state of adventure.”

Jours de Grève is out now on Versatile.

Seb Brunemmanuelle parrenin
no tongues | ici @ muzzart (fr)

No Tongues, c’est Alan Regardin – trompette et objets, Ronan Courty – contrebasse et objets, Ronan Prual – contrebasse et Matthieu Prual – saxophones et clarinette basse. Leur registre, de mystères sonores en textures vocales éparses mais marquantes, hors-cadre, mérite attention et persévérance. ICI, c’est le cas de le dire, on se fait dessoucher par huit titres d’un jazz aventureux, libre et enveloppant, qui nous régale d’atmosphères à la limite de l’imaginable. Tantôt elles se noircissent (Makam fantôme), des voix fantomatiques s’en extirpent. C’est beau et un peu plus, ça fiche les foies et ma foi, le voyage se prend. Sans retour car avant cela et ensuite, No Tongues aura perpétué une approche nulle part ailleurs audible. Kulning le démontre, ses cuivres font les fous et déjà, l’emprise opère. Le décor est sombre, d’un élégant qui subjugue autant qu’il dérange. Les sens, sans délai, sont mis à contribution. Chien chien, aux chants cinglés/captivants signés LINDA OLAH, non-tenus en laisse, sèmerait presque l’effroi. Le froid aussi, délectable, qui émerge d’une trame à l’étirement sans fin, craquelé, trituré, entièrement passionnant. Ou fatiguant, si de cette caste tu n’es pas.

Alors, on poursuit sans toi. No Tongues signe un Parrandada de entroido de canizo aux vocaux de style -ceux d’Elsa Corre, pour être plus précis-, surlignant un déroulé mystique mais avant toute chose, ne se définissant pas. Si j’écris ces mots, c’est d’abord pour vous persuader de la nécessité de l’écoute, de l’immersion, d’habiter ce disque et de le laisser vous envahir. Notons qu’il sort sur trois labels résolument différents -le mot est d’ailleurs faible-, leur faisant honneur dans une audace pour le moins porteuse. Ses durées poussées, de plus, accroissent la portée d’ICI. LOUP UBERTO, sur Fronni d’Alia, type le rendu. Ailleurs, sur les Kulning et Makam Fantôme cités plus haut, c’est ISABEL SORLING qui s’en sera chargée. Avec autant de prestance, ça va sans dire. On entend, dans les chants, douleur et ferveur. Et bien plus encore. L’expressivité est confondante, l’inventivité sans précédent connu. Coeur de la Montagne, en secousses et grondements, crée à son tour un climat malsain, des vignettes sonores -et soniques- qu’il est bien difficile de rejeter. On ne s’y essaye d’ailleurs pas. Les musiciens, explorateurs invétérés, sont allés dégoter dans le quotidien, des sons pourtant extra-ordinaires quand on leur prête l’oreille.

Il faut suivre certes, mais je t’en prie, ne décroche pas. Si en phase tu restes alors Onze heure trente et une, dans une sorte d’électro de la lune, un peu tribale, te retiendra captif. Il obsède, de ses nappes à l’effet psyché à la dégaine de rengaine réitérée qui d’un seul coup s’interrompt. Imparable. Ce n’est pas fini, Finis Terrae déraisonne une dernière fois. Céleste mais bien entendu déviant, doté de voix songeuses et cinématographiques, il offre une ultime virée dans l’ailleurs, dans une recherche qui pour livrer toute sa sève vous contraindra à de multiples passages. C’est personnellement mon troisième, à l’heure où je boucle cet écrit, et certainement pas le dernier. L’assimilation, en effet, incite fortement à poursuivre l’expérience qu’initie No Tongues, le temps d’une galette bien plus recherchée que nombre d’autres sorties actuelles et passées mais aussi à venir.

reviewSeb Brunno tongues, ici
sathönay | addio al passato @ muzzart (fr)

Lyonnais, « propriété » de Nico Poisson qui gère aussi S.K Records (entre autres), Sathönay saze à souhait, développe de longues pièces hypnotico-fougeuses et sort avec ce Addio al passato son troisième album, après avoir connu différentes configurations. A quatre désormais (ah tiens, François Virot est de la partie! Good news!), les Rhodaniens ont capté ce disque dans l’isolement Vercorisé, allant jusqu’à nous concocter six morceaux étirés où le violoncelle de Léonore Grollemund, lui aussi, concourt à le décaler. C’est alors parti, Une Ligne Droite est justement sinueux malgré ce que son intitulé tend à faire croire. Il voyage, gronde, dépayse, se tribalise. Son chant flotte, incante. Son rythme, idem. L’imaginaire est stimulé, on pressent au bout d’une longue montée, la fissure. Mais non. Le discours s’écorche toutefois, on reste sur le fil du ravin et si la chanson prend vie, ou plutôt s’enfougue, c’est dans une forme de retenue. Intense, et bouillonnante. Electrique, il se tord et sert des sons qui couinent, magiquement. Dès le début Sathönay, dans l’identité, se place au devant. Long Long Walks est griffu, appuyé, tout aussi plaisant -et le mot est faible- que la composition d’ouverture. Le quatuor grince, sent le Turc quand le saz domine mais demeure avant toute chose Sathönay. Lyonnais, mais un peu d’ailleurs aussi.

Plus loin Find Another Use For It, dans un bricolage de début à la Tom Waits, dégage une belle pureté. Une force d’évocation, aussi, conséquente. Moins mordant, Sathönay présente là une autre facette de son riche répertoire. Le morceau, en sa moitié, s’emballe rythmiquement. Nous aussi, enfin en termes d’adhésion. Le Tour Du Jardin, de ses jolies notes, souligne tout à la fois l’éclat du rendu et l’apport du saz. Mélodique, singulier dans le mot, il n’a que faire de nos réticences. Difficile à décrire, difficile à écrire donc, le projet se saisit d’abord par une écoute poussée. Là encore, le titre breake et ensuite, impulse une autre direction sans porter atteinte à la valeur du résultat. Un tantinet psyché, dans la répétition de ses motifs. Et finalement, embarqué dans une belle embardée. Zébrée, lézardée.

On aime « grave », nul ne peut le contester. Extinction Of Extinction se charge alors d’entériner notre approbation, à grand renfort de parties de saz. Et pas seulement car de bout en bout c’est l’unisson de Sathönay, décisif, qu’il importe de noter. Au terme de l’opus High Flame, subtil, valsant, reproduit pour une dernière fois la magie enflammée, la capacité à évader l’auditoire via des sentiers Sathönay -parfois satinés- sans égal directement nommable. Lesquels, en dépit de leur durée fréquemment poussée, maintiennent une attention optimisée par leurs contours inédits.

sathönay | addio al passato @ les oreilles curieuses (fr)

En l’espace de deux albums, Sathönay trace sa route sereinement. La formation underground menée par Nico Poisson a réussi à s’imposer avec un Hello Sunny mémorable qui est paru l’an dernier. Et il est hors de question pour eux de se reposer sur leurs lauriers car voici venir leur troisième album intitulé Addio Al Passato.

Sathönay a également vu sa line-up quelque peu changer car il compte dans leurs rangs François Virot que vous connaissez très bien. Maintenant devenu un quatuor, le groupe continue de transporter au lointain dès le départ avec «Une ligne droite » où ils réussissent à établir un lien entre rock psychédélique, influences anatoliennes et krautrock hypnotique tout comme sur les ensorcelants « Long Long Walks » et « Find Another Use For It ».

S’inspirant aussi bien de King Gizzard & The Lizard Wizard qu’Altin Gün, le groupe lyonnais nous offre un trio acide aussi bien enivrant qu’inquiétant. Addio Al Passato pousse le vice encore plus loin avec les ritournelles psychédéliques entêtantes que sont « Le tour du jardin » et « High Flame » en guise de clôture endiablée. Sathönay marque au fer rouge leur identité sonore insaisissable et ô combien marquant.